‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 109 sur 143 · JÉSUS ET LA SAMARITAINE · texte numérisé non relu

JÉSUS ET LA SAMARITAINE

le peintre nous représente en quelque sorte ces paroles dans l’expression de Jésus qui les prononce, et de la Samaritaine à qui elles s’adressent : de là dépend tout l’intérêt; car c’est là le seul nœud qui unisse les deux personnages; ce n’est pas une action à faire voir, c’est une conversation à faire entendre, conversation touchante et auguste, mais où rien de vif, d’énergique ne peut amener ces mouvemens forts et prononcés qui attirent promptement nos regards en nous annonçant une situation extraordinaire.

Le Guide avoit trop d’esprit et de sensibilité pour rester au-dessous d’un sujet qui en exigeoit tant; la seène étoit rigoureusement donnée; il n’j a rien ajouté, mais il y a mis tout ce qui pouvoit y entrer. La pose de Jésus est simple et naturelle; sa tête, pleine de douceur, de calme, de conviction et de noblesse, se tourne vers la Samaritaine, qui écoute avec l’incertitude d’un étonnement où percent déjà son plaisir à entendre et sa disposition à croire: malgré le seau qu’elle tient, on voit clairement que c’est à elle qu’on va donner, et que Jésus ne demande point, mais qu’il offre. Les regards de celui-ci sont animés de cette compassion sérieuse et tendre, caractère de sa mission et de sa doctrine. L’artiste semble avoir choisi le moment où Jésus cesse de parler et où la femme le prie de lui indiquer cette source de vie qui doit couler éternellement : c’est en effet celui où les deux ligures sont dans le rapport le plus intime et le plus immédiat. Il n’a pas cherché à élever la tête de la Samaritaine à une beauté, à une noblesse peu communes; elle est belle sans être remarquable, et je crois que cela couvenoit au sujet.

Les draperies sont du plus bel effet, les plis en sont larges, souples, disposés avec une facilité pleine d’art. Le paysage qui remplit le fond est riche. Enfin, quoique ce charmant petit tableau ait noirci, et qu’il faille l’examiner avec soin pour en reconnoître tout le mérite, il offre, ce me semble, une preuve sensible de ce qu’un homme de génie peut faire de la scène la plus simple, quand il s’est bien pénétré de toutes les idées, de tous les sentiinens qui se rattachent au souvenir de cette scène, et que son ouvrage doit réveilller.

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