‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 110 sur 143 · D’APRÈS JEAN DE SAINT-JEAN · texte numérisé non relu

D’APRÈS JEAN DE SAINT-JEAN

On a rarement à examiner la vérité historique d’un tableau de genre : les scènes de fantaisie qui en font ordinairement le sujet , laissent au peintre une grande latitude pour la composition, l’expression des figures et le choix des accessoires. Mais il s’agit ici, à ce qu’il paroît, d’un trait réel ou supposé de la vie d’un personnage connu, le curé Arlotto, prêtre florentin , et célèbre comme notre Rabelais qu’il a précédé d’environ cent ans, par l’originalité de son caractère, la gaieté de son esprit, ses bons mots et ses facéties. Honoré, comme Rabelais, de l’accueil et des faveurs de plusieurs souverains, Arlotto le fut aussi, et souvent jusqu’à l’importunité, du concours de ses eompatriotes, qu’attiroient chez lui sa bonne humeur et son hospitalité. Ses Facéties, qu’on a recueillies en un petit volume environ un siècle après sa mort, ont eu assez souvent pour objet de se délivrer de quelques-uns de ces hôtes incommodes et indiscrets. Voici une de celles qu’on lui attribue. Quatre chasseurs, après avoir passé chez lui plusieurs jours, eux, leurs chiens, leurs valets et leurs éperviers, le quittent sans lui faire part au moins des produits de leur chasse; et, lui laissant encore leurs chiens, dont ils le prient d’avoir grand soin, ils annoncent qu’ils reviendront dans deux jours. Arlotto, qui veut à la fois les punir et se déltarrasser d’eux, ne manque pas, lorsqu’ils sont partis, de porter du pain à leurs chiens; mais, aussitôt que ces animaux veulent eu approcher, tombant sur eux à grands coups de bâton, il les force à se disperser : il renouvelle le même manège plusieurs fois pendant deux jours. Lorsque les chasseurs reviennent, surpris de voir leurs chiens à demi-morts de faim, ils demandent la cause du pitoyable état où ils les trouvent : «Je ne sais ee qu’ils ont, dit Arlotto; ils ne veulent pas de « pain. » En effet, dès cp’il leur en présente, les chiens se cachent de tous les côtés; et, voyant la porte ouverte, se sauvent, sans qu’il soit

Page 1