LES QUATRE CHASSEURS
possible de les rappeler; en sorte que les chasseurs sont obligés de les suivre.
Telle est l’anecdote où l’on a cru trouver le sujet du tableau dit des Quati-e Chasseurs; mais cette supposition semble dénuée de fondement : les chiens, personnages importans dans cette aventure, n’y paroissent seulement pas ; l’expression de la figure d’Arlotto est bien celle d’un homme qui dit sérieusement une malice , mais non celle d’un homme qui médite en riant une vengeance ; loin de montrer la négligence brutale qu’on attribue aux quatre chasseurs, ceux qui entourent Arlotto paroissent tous au contraire réjouis ou occupés de sa seule présence; et le gibier dont il est environné ne permet pas de croire qu’il ait lieu de se plaindre de la munificence de ses commensaux. C’est probablement dans quelque autre aventure d’Arlotto , connue encore à Florence près de cent cinquante ans après sa mort, mais perdue aujourd’hui pour nous, qu’il faut chercher le sujet de ce joli tableau.
Son auteur, Giovanni Mannozzi, connu sous le nom de Jean de Saint- Jean, étoit élève de Roselli, peintre moins célèbre par lui-même que par le nombre et les talens de ses élèves. Mannozzi commença à peindre à dixhuit ans, et mourut à quarante-huit; le nombre des fresques qu’il a peintes durant ce court intervalle, tant à Rome qu’à Florence, ne peut s’expliquer que par l’extrême rapidité de son exécution, égale à la fécondité de son génie : ce génie ardent et capricieux l’entraîna quelquefois dans des bizarreries qui auroient fait tort à un talent moins rare. C’est à lui, par exemple, qu’on attribue l’invention malheureuse des anges femelles. Ses fresques du palais Pitti, composées, selon toute apparence, dans un temps où, occupé d’établir sa réputation, Mannozzi se livroit peu encore aux écarts de son imagination, sont ce qu’il a laissé de plus remarquable. Pierre de Cortone disoit, en voyant un de ses ouvrages peu digne de lui: «Lorsque « Jean a fait cela, il s’étoit déjà aperçu qu’il étoit un grand homme. » En général on estime moins ses tableaux à l’huile que ses fresques. Celui que nous décrivons est cependant très-remarquable par la vérité et la vivacité des expressions, et par une manière large et facile qui rappelle le peintre d’histoire. La tète d’Arlotto joint à la beauté des traits une finesse singulière dans le jeu de la physionomie.
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