D’APRÈS BERGHEM
WicoLAS Van PIarlem, dit Berghem, naquit dans la ville de Harlem en 1634* Bis d un peintre, il n’éprouva, pour se livrer à son génie, aucun des obstacles qu ont eus souvent a surmonter les talens célèbres. Bergliem trouva d abord cliez son père tous les secours que lui pouvoit fournir un artiste d ailleurs assez médiocre dans un fort petit genre; il dut ensuite tout ce qu il ne tint pas de lui-même à différens maîtres, tels que Van Goyen, Weeninx, etc., dont aujourd’hui un des titres est d’avoir été quelquefois associés à ses travaux; un autre de ses maîtres, Jean Willis, lui donna sa fille en mariage; et ce présent, si c’en fut un, eut du moins 1 avantage de confirmer Bergliem dans ces habitudes de travail qui nous ont valu un si grand nombre de charmans tableaux : l’excessive avarice de sa femme ne lui permettoit pas de donner un moment de relâche à un talent dont les productions s’estiraoient à un très-haut prix; établie au-dessous de son atelier, dès qu’elle ne l’entendoit plus remuer ou chanter, ce qui lui étoit assez ordinaire en travaillant, craignant qu’il ne se fut endormi, elle frappoit au plancher pour le réveiller; ensuite, par une précaution doublement avantageuse, elle s’emparoit de tout ce qu’il gagnoit, et lui ôtoit ainsi les moyens de songer à s’aller distraire hors de chez lui. Bergliem n’en avoit pas besoin; une humeur douce et rangée, et l’amour du travail lui rendoient cette contrainte moins pénible qu’à tout autre ; un seul de ses goûts en souffroit, c’étoit celui qu’il avoit pour les belles estampes , goût porté chez lui jusqu’à la passion : afin de le satisfaire sans troubler la paix de son ménage, il avoit trouvé moyen de voler sa femme sur le prix qu’il recevoit de ses tableaux; et nous voyons avec satisfaction qu’il a pu goûter assez souvent ce plaisir défendu pour se composer une collection très-considérable, et qui s’est vendue fort cher à sa mort, arrivée en i683.
Quoique Bergliem ne soit jamais sorti de son pays, quoiqu’il ait été privé par-là de cette variété de sites, de ciels et de végétations que fournit
L’ABREUVOm.
la diversité des climats, le parti qu’il a su tirer de la nature telle qu’il la connoissoit, ne permet pas de laisser tomber sur ses nombreux ouvrages le reproche de monotonie; il a su, par l’entente de la lumière, y produire les effets les plus variés; la transparence des eaux et d’autres incidens lui ont servi à y introduire la clarté et la légèreté qui pourroient quelquefois manquer aux aspects des pays du nord; il les a peuplés de figures et particulièrement d’animaux dessinés avec une perfection remarquable ; sa couleur est toujours forte et harmonieuse, et son assiduité peut seule expliquer le soin et le fini qu’il a portés dans un si grand nombre de productions.
La vérité est aussi un des caractères du talent de Bergbem ; moins naïf cependant que Paul Potier, il met un peu trop les souvenirs et l’imagination de l’artiste, haltiluellement renfermé dans son cabinet, à la place de ces traits vivans, individuels, que l’artiste doit aller chaque jour demander à la nature, et qui, transportés dans sa composition, font des objets qu’il représente comme autant de portraits dont l’originalité nous révèle la ressemblance. On sent que les animaux sont tels que nous les a peints Berghem; mais on croit reconnoître ceux de Paul Potter.
Le tableau que nous décrivons est un des plus simples et des plus estimés de son habile auteur; dans un espace étroit, fermé par un pont placé entre deux rochers, une bergère file, tandis que, vers le coucher du soleil , son troupeau se désaltère dans un abreuvoir : un repos parfaitement en accord avec cette heure de la journée règne dans toute la composition, et attache l’attention sur la scène du devant, animée et variée par les différentes attitudes des animaux qui la composent; en même temps on découvre par-dessus le pont et entre les rochers un grand espace mesuré seulement par quelques cimes de montagnes dans l’éloignement; ainsi l’air et l’idée d’une vaste étendue arrivent dans cette solitude, et donnent plus de prix à l’asile qu’elle semble offrir.
Ce tableau est peint sur bois.
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