LIVIE EN GÉRÉS
STATUE (*)
Les antiquaires qui m’ont précédé n’avoient pas été heureux dans la recherche des portraits de Livie. Plusieurs d’entre eux s’étoient accoutumés à décider des ressemblances plutôt par les coiffures que- par les traits caractéristiques du visage ; et cette mauvaise méthode fut généralement suivie. Quant au portrait de l’épouse d’Auguste, comme sur plusieurs médailles romaines, frappées sous Tibère, on voit empreinte la tète en profil d’une femme, tantôt sous les devises de la Piété, tantôt sous celles de la Santé ou de la Justice, on avoit conclu, avec quelque vraisemblance, que ces tètes étoient des effigies de Livie. Et, comme l’ajustement de la Piété qui, sur ces médailles, est coiffée d’un voile, sembloit convenir ]iarfailement au costume d’une matrone romaine, on s’avisa de regarder cette coiffure comme un caractère qui signaloit les images de la première des impératrices, et on retrouva dans les monumens de l’art presque autant de tètes de Livie qu’il restoit de têtes de femme d’un air noble et avec une pareille coiffure ; sans se soucier d’ailleurs si ces portraits se ressembloient entre eux, ou si des accessoires ou des circonstances particulières ne dévoient pas les faire attribuer à d’autres personnages, soit réels, soit imaginaires.
Pour parvenir à la connoissance de ce portrait célèbre, j’ai dû suivre une route bien différente. Les médailles n’ont pu me fournir assez de secours. Celles qui ne sont pas de fabrique romaine, la plupart mal conservées et toujours d’un travail négligé, sont peu propres à donner des formes assez précises; et, s’il est probable cju’on a voulu honorer Livie sur les monnoies romaines que je viens d’indiquer, il est certain aussi que les tètes qu’on j voit empreintes, fort souvent n’ont pas l’air d’un portrait, et semblent rentrer dans la catégorie des têtes idéales. Il est eu effet jtrobable qu’on a gravé d’abord sur la monnoie des tètes purement imaginaires de la Piété, de la Justice, et de la Santé, pour faire allusion aux vertus ou aux circonstances de la vie du prince; et que, peuà-peu , la flatterie chercha aussi dans les images de ces divinités allégo-
(•) Cette ■t.ituB app.irtenoit à la collection Bor- 1] portée est (Je marbre de Paros. Les avant-bras avec ghese. Elle est hante de 6 pieds 4 pouces (a mètres les attributs, le con, et quelques parties de la draperie,
5 cent.). Le corps est de marbre de Luni: la tête rap- |l sont modernes.