‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 114 sur 143 · LIVIE EN CÉRÈS · texte numérisé non relu

LIVIE EN CÉRÈS

riqiies une allusion à Livie, et j introduisit une imitation marquée de ses traits. C’est ainsi que, sous Alexandre-le-Grand, la tête d’Hercule, tjpe liabiluel de ses monnoies , étoit devenue , sur un petit nombre de coins , un portrait de ce conquérant.

Ce qui me fit connoître avec certitude celui de Livie fut le camée de la collection de Florence, sur lequel on voit son profil accouplé avec celui de Tibère son üls (i). Les linéamens des figures se distinguent bien sur ce clief-d’œuvre ; et l’œil le moins exercé y découvre au premier regard ce rapport qui se trouve presque toujours entre la physionomie de la mère et celle des enfans. Cette découverte ne tarda pas à me faire reconnoître la même image sur plusieurs ouvrages de sculpture antique ; et cette multiplicité de répétitions convenoit parfaitement au portrait d’une princesse qui, vivante et morte, obtint, pendant un siècle presque tout entier, les hommages du monde romain (2). Je fus convaincu aussi que la boucle énorme de cheveux qui surmonte le front étoit un des caractères des images de Livie, ainsi que de celles de quelques princesses contemporaines (3).

La tête de la statue que nous examinons offre avec la physionomie de Tibère ce rapport qui caractérise les images de sa mère. Le voile qui la coiffe, et les bandelettes d’une forme particulière [yittœ') qui s’attachent à sa couronne, font croire que l’ancien artiste avoit voulu la représenter en Cérès (4). C’étoit un usage assez général que de donner aux statues des impératrices les attributs des déesses; et des preuves irrécusables démontrent que le nom et les symboles de la divinité qui présidoit aux mystères les plus saints du paganisme, ont été plusieurs fois attribués à l’épouse d’Auguste, peut-être pour fiure allusion à la sévérité reconnue de ses mœurs (5).

Quoique la tête de Livie n’ait pas appartenu originairement à la statue, on ne peut douter qu’elle ne soit d’une convenance complète. On voit par le jet des plis que le manteau montoit sur la tête pour la coiffer. La seule différence remarquable est dans l’excellence d’exécution qui se montre dans les draperies; celle du portrait n’est pas d’un égal mérite.

(1) Gori, Muséum Florentinum , gemmœ, t. II, pl. IV, U. I . Le camée de la S" Chapelle , sur lequel Livie est représentée assise à la droite de son tils , olfre les mêmes analogies.

(2) Claude, son petit-fils, célébra son apothéose environ douze ans après sa mort. ( Dion, 1. lx, §. 5.)

(3) On verra, dans \ Iconographie romaine, Octavie sœur d'Auguste, et Julie sa fille, coiffées de la même manière.

(4) Cereris vittas, dit Juvénol, Vfli. iv,v. 5o. Quant à la forme de ces ornemensdes choses et des personnes

sacrées, je l’ai donnée et développée dans le IV' vol. du Mus. Pio-Clem. , p. a et 98. Le tissu des vittee répondoit parfaitement à celui des jarretières de laine, communément usitées. 11 faut remarquer aussi que, dans la couronne de Heurs, on distingue des pavots, cereale papaver. (Virgile, Georg., i, v. 212.)

(5) Voyez Eckhel, i?. N., t. VI, p. 157. Je suis bien aise de réparer ici une omission qui a eu lieu dans l'explication de la statue de Livie en Muse. On voit sur la tête rapportée de cette figure les vestiges d’une couronne d’épis qui lui donnoit le caractère de Cérès.

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