ANTINOÜS EN BON GÉNIE
STATUE (*)
L V plupart des statues d’Antinoüs sont des cliefs-d’œuvres de Fart. S’il en est de préférables , pour la jterfection du travail , à celle que nous examinons , il n’en est peut-être aucune qui la surpasse par la noblesse de la composition et par la largeur du stjle. Ce monument est remarquable aussi à cause de la singularité des accessoires qui donnent à l’apothéose du favori d’Adrien un caractère particulier (i). Les symboles qui distinguent ses autres images sont ordinairement ceux de Mercure , d’Apollon, de Bacclms (2). Quelquefois le jeune Bitbynien n’emprunte les emblèmes d’aucun autre dieu : c’est lui-même, c’est la nouvelle divinité des Antinoïtes (5) , qui partage le culte accordé aux idoles les plus révérées de l’Egjpte. Quelquefois les artistes ont été plus modérés dans leur flatterie : plutôt que d’élever Antinoüs jusqu’aux dieux , ils se sont contentés de le placer au rang des héros. C’est ainsi qu’il a paru sous les attributs de Ganymède (4) et ceux d’Aristée (5) : c’est ainsi qu’il est devenu le héros propice qui préside aux bois et aux pâturages , et qu’invoquent les bergers et les chasseurs d’Adrianoilières (6).
C’est avec les emblèmes d’un héros favorable et tutélaire , ou , ce qui revient au même , avec le caractère d’un bon génie , qne le statuaire l’a représenté dans la figure placée sous nos jeux. Antinoüs est debout :
(*) Cetle statue est de marbre de Paros, haute de 1 mètres 5o centimètres (7 pieds 8 pouces et demi). La tête, quoiqu’elle ait été cas.çéc et détachée, a toujours appartenu à la statue. Ce fait est certain, malgré l’opinion contraire que Winckelmann semble avoir adoptée. {Hist. de VArl^ 1. xii, c. i, § ao, trad. ital. , édit, de Rome.) Les bras de la figure et t^uelques parties du serpent et de la draperie sont modernes et restaurés par B. Cavaceppi, qui a juiblié cet Anliooüs dans le recueil des statues restaurées par lui. {Raccolta, t. I, n“ 24. ) Ce monument étoit à Sans-Souci ; il a été transporté à Paris en 1807.
(ï) J’ai parlé de la personne d’Anünoüs, de sa mort et de son apothéose, dans l’explication de la statue à’ Antinoüsendivinîté égyptienne que l’on trouve dans la première série de cet ouvrage à la 3g™ livraison.
(2) M. Levezow, dans un ouvrage écrit en allemand, <‘t intitulé : Mémoirè archéographique sur les monu-
mens qui représentent Antinoüs (Berlin, 1808, in-.'j"), fait un recensement de ces monumens, où la statue que nous décrivons n’est pas oubliée.
(3) On sait qu’Adrien donna le nom d’Antinous à une ville et à un Nome ou département de l’Égypte.
(4) Outre la statue d’Antinoüs en Ganymède, dont M. Levezow a fait mention, il existe au cabinet de la Bibliothèque impériale une tête inédite d’Anlinoüs, à laquelle le bonnet phrygien donne le caractère de Ganymède.
(5) La statue qui le représente dans ce caractère , malgré les doutes de M. Levezow, est de la plus grande intégrité : la tétc n’en a jamais été détachée j le bout de la houe et la chaussure sont antiques.
(6) Ces attributions et ce caractère sont donnés à Antinoüs sur les médailles frappées dans la ville de Bithynie qui portoit ce nom. Il y prend le litre de HPns ArAOOs, héros favorable. V. Spanheim, de U et P.