‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 139 sur 143 · NÉMÉSIS · texte numérisé non relu

NÉMÉSIS

Pline, on voyoit dans le même endroit une statue d’Agoracrite de Paros, élève et ami de Phidias. Indigné de ce que les Athéniens avoient préféré à sa Vénus celle d’Alcamènes, leur compatriote, Agoracrite la vendit aux habitans de Rhamnus, et lui donna le nom de Némésis. Il est singulier que Pline et Pausanias ne parlent chacun que d’une seule statue, et cependant il faut qu’il y en ait eu deux (i) ; car, ainsi que le remarque M. Quatremère de Quincy, outre que les bas-reliefs de la base de la statue de Phidias ne convenoient point à Vénus , il n’est pas probable qu’on ait pu changer une Vénus en Némésis, dont les attributs, la pose et le caractère étoient différens de ceux de la déesse de la beauté; et Agoracrite aura consacré une Vénus-Némésis ou Vengeresse. Si l’on n’admettoit qu’une statue, on pourroit croire que Agoracrite, en réunissant le nom de Némésis à celui de Vénus, et en se mettant sous la protection des deux déesses, ne voulut et ne put pas faire de changemens à son ouvrage terminé, et qu’il se contenta de représenter sur la base l’histoire de Némésis, pour adapter sa statue à sa nouvelle dénomination. Pausanias aura pu croire que ce chef-d’œuvre étoit de Phidias, d’autant plus que l’on disoit qu’il avoit aidé son élève.

Les Smyrnéens avoient élevé un temple magnifique à cette déesse, en reconnoissance de ce que Alexandre-le-Grand avoit fondé la nouvelle Smyrne d’après un songe ou deux Némésis le lui avoient ordonné. Pausanias est le seul auteur qui parle de ces deux déesses (2). Némésis tenoit à la main une branche de pommier sauvage ou de frêne, bois dont les anciens faisoient leurs piques, et qui pouvoit faire allusion à la sévérité de la déesse. Le frein, la balance et une roue étoient aussi parmi ses attributs (3) : mais le caractère le plus distinctif de Némésis est d’avoir un bras plié et détachant un peu de sa poitrine le haut de sa tunique; en développant depuis le coude jusqu’au milieu des doigts toute l’étendue de la coudée, mesure la plus ordinaire des Grecs, la déesse semble indiquer qu’elle mesure les actions des hommes ; c’est ainsi que notre statue la représente. Sa tête, légèrement inclinée, lui donne le caractère de la réflexion et de l’attention. Les Romains, en recevant cette divinité, lui avoient conservé son nom grec ; ils lui sacrifioient sur son autel au Capitole , lorsqu’ils étoient sur le point de partir pour la guerre. Une déesse nommée LuUj ou expiatrice, dans Aulugelle, est peut-être la même que Némésis.

(i) Voyez, sur ces statues, Caylus,iifé’m. deïAcad. des inscript., vol. XXV,p.3i7; Wincltelmann, Histoire de l’Art, édit, allem., p. 648; M. Quatremère de Quincy, Jupiter Olympien, p. 324-

(2) Ach., c. 5.

(3) Voyez les médailles de Smyrne, et les pierres gravées de Stoscli , décrites par Winckelmann , n° 1808- 15.

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