‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 14 sur 143 · PORTRAIT DE LÉON X · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE LÉON X

D’APRÈS RAPHAËL

Beaucoup d’iiommes obscurs ont vu leurs traits immortalisés par de grands peintres; les peintres au contraire ont cru souvent pouvoir prêter aux hommes célèbres les traits qui leur paroissoient le plus conformes à l’idée morale qu’ils se faisoient du modèle. Les images du Dante, de Hoccace, et de plusieurs autres, ne nous sont pas toujours arrivées exemptes de cette espèce de falsification ; il n’en est pas ainsi du portrait de Léon X. Non seulement Raphaël le rendit avec fidélité dans des tableaux spéciaux, mais il le reproduisit encore dans plusieurs de ses ouvrages , tels que le Couronnement de Charlemagne, où il a donné au pape Léon 111 les traits de Léon X; ce qui fait que Vasari a pris ce tableau pour un Couronnement de François 1.

De tous les portraits de Léon X, celui que nous donnons ici est le plus célèbre comme le plus parfait. Sa ressemblance parut si frappante aux contemporains, qu’on renouvela à cette occasion l’anecdote racontée au sujet du portrait de Paul 111 par Le Titien. Ce portrait ayant été, à ce qu’on prétend, placé, pendant qu’on le vernissoit, sur une terrasse au soleil, les passans s’inclinoient, croyant saluer le pape. Qu’il en soit ou non arrivé autant au tableau de Raphaël, il est aisé d’y saisir les caractères de la vie et de la vérité individuelle , et d’y trouver de quoi répondre parfaitement à l’idée qu’on a dû se former de Léon X, homme d’esprit, de goût et de plaisir, protecteur aimable et magnifique des arts, plutôt que chef habile de la chrétienté. Le pape est assis devant une table sur laquelle est placé un livre. Debout à sa droite, et non moins ressemblant, est le cardinal Jules de Médicis (depuis Clément VII), qui paroît attendre quelques ordres ; derrière le pape, le cardinal Rossi s’ajtpuie sur le dos de sa chaise; cette chaise, les vétemens, les ornemens pontificaux, ont été, comme les figures, le sujet d’une admiration qui place cet ouvrage au rang des chefs-d’œuvres de Raphaël. Sa célébrité a été augmentée par le fait singulier auquel il a donné lieu. Quatre ou cinq ans après la mort de Raphaël, Frédéric, duc de Mantoue, ayant vu à Flo-

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