PEINT PAR LUI-MÉME
On disoit d’une femme fort laide, mais qui avoit un fort beau teint, que son teint ne servait quà éclairer sa laideur : un beau talent sert quelquefois ainsi à éclairer un caractère foible ou peu recommandable. Si André del Sarto n’eût pas été un peintre célèbre, se seroit-on avisé de rappeler qu’il avoit été l’esclave de sa femme, quelle l’avoit fait abandonner sans secours son père et sa mère qui en étoient morts de chagrin, quelle lui avoit fait manquer sa fortune et violer ses promesses, quelle l’avoit brouillé avec ses amis, avec ses élèves, et qu’après l’avoir trompé toute sa vie, elle favoit abandonné au moment de sa mort, parcequ’on crojoit qu’il étoit malade de la peste Sans l’éclat de sa réputation, les fautes d’André auroient été obscures comme son nom; cette réputation les a éternisées. En vain Vasari , qui les avoit déplorées dans la première édition de son ouvrage , retrancha de la seconde tout ce qui sy rapportoit : les éditeurs modernes, plus curieux de la vérité que soigneux de la bonne mémoire d’André , ont rétabli les passages supprimés , et la ridicule foiblesse du peintre figure, ainsi que les vices de sa femme Lucrezia di Baccio del Fede, à côté du récit de ses travaux et de la description de ses chefsd’œuvre.
André de’ V annuchi naquit à Florence en 1 488 ; son père étoit tailleur, ce qui lui fit donner le surnom d’André del Sarto. On le destina d’abord au métier d’orfèvre ; mais son goût et ses dispositions pour le dessin le firent remarquer de Jean Barile, peintre florentin, médiocre, qui lui enseigna les premiers élémens de son art. Il devint ensuite élève de Pierre di Cosimo, qui passoit alors pour le plus habile peintre de Florence ; ses progrès furent rapides : l’étude qu’il fit des cartons de Michel Ange et de Léonard de Vinci, développa et dirigea son jeune talent. 11 se lia avec Francia Bigio, qui suivoit la même carrière, quitta son maitre pour loger et travailler en commun avec son ami , et ayant peint une série de beaux tableaux pour la compagnie dite (lello Scalzo et le couvent de Seivi, put bientôt se promettre de la fortune et de la gloire. On admiroit la pureté de son goût, la sagesse de ses compositions, la grâce et la vérité de ses tètes, le caractère simple et touchant de ses expressions. Sans son