PORTRAIT D’ANDRÉ DEL SARTO
mariage, une vie si bien commencée auroit probablement été honorable et heureuse; mais Lucrèce prit sur lui un tel empire, qu’il devint le jouet de ses caprices, la risée des indifférens, et l’objet de la pitié de ses amis. Quelques uns de ses tableaux, ayant passé en France, y avoient rendu son nom célèbre. François F’ l’appela à sa cour, le combla de présens et de marques de distinction : André peignit pour lui son tableau de /a Chanté, remis depuis sur toile, et exposé maintenant au Musée Napoléon sous le n° y86. Par malheur, Lucrèce, qui étoit restée à Florence, se plaignit de l’absence de son mari : l’agrément de son existence en souffroit; elle lui écrivit du ton du désespoir. André se décida à partir, et promit de revenir. Le roi lui donna de l’argent pour ses deux voyages et pour acheter en Italie des tableaux qu’il devoit rapporter en France. André, arrivé en Toscane, oublia sa promesse, dépensa l’argent en divertissemens donnés à sa Lucrèce, et François F' fut si irrité de ce manque de foi, que son humeur s’étendit sur tous les peintres florentins. André continua à peindre en Italie, et soutint dignement la réputation de son talent. On cite entre autres la fameuse copie qu’il fit du portrait du pape Léon X entre le cardinal Jules de Médicis et le cardinal de Rossi, par Raphaël, copie qui fut substituée à l’original, envoyée comme original au duc de Mautoue, et qui trompa Jules Romain lui-même, qui crut y reconnoître ce qu’il avoit fait autrefois dans le tableau de son maître. La sainte Cène, qu’ André avoit peinte dans le monastère de Saint-Salvi, saisit tellement d’admiration les soldats qui assiégeoient Florence en 1 52g, et qui en détruisoient tous les faubourgs, qu’ils respectèrent la salle où se trouvoit un si bel ouvrage.
Mais le talent et la gloire sont de foibles consolations contre les chagrins domestiques ; André, tourmenté de jalousie, en proie à des tracasseries, à des embarras de fortune, tomba malade et mourut en 1 53o : il mourut, dit Vasaj-i, sans que personne y prît garde, et il fut enterré sans cérémonie dans l’église de’ Servi. Quelque temps après Dominique Conti, son élève, lui fit élever un petit monument de marbre où fut déposé son corps; mais quelques marguilliers de l’église, peu au fait de son mérite, l’en firent enlever, disant qu’il y avoit été mis sans leur permission (i).
(i) Voyezj sur la vie d’André del Sarto, Vasari , yite de’ piîi eccellentipittori,, scultori,etc., tom. IX, pag. a'j-iii, édit, de Milan, i8io. — Borgliini, ilRiposo, t. Il, pag. 314-328 , édit, de Milan, 1807. — Félibien,
E ntretiens sur les vies et les ouvrages des pins excellens peintres, etc., t. 1, p. 35o-364, édit, de 1735; et Lanzi, Storia pittorica dellaltalia, 1. 1, p. i56-i63.
Hauteur, Largeur , 0 69
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