‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 18 sur 143 · PAR CLAUDE GELÉE, DIT LE LORRAIN · texte numérisé non relu

PAR CLAUDE GELÉE, DIT LE LORRAIN

Le soleil se lève; il commence à monter au-dessus de l’horizon; la lumière se verse avec un éclat tranquille sur une campagne naguère obscure, et l’éclaire sans lui ôter encore sa fraîcheur; une vapeur générale s’étend sur les édifices, sur les arbres, sur les lointains, sur le sol, dans toute l’atmosphère; ce n’est pas cette vapeur chaude et forte qui, au couchant, semble couvrir d’un manteau de feu l’horizon et la nature; c’est celte vapeur transparente et légère qui annonce un beau jour et va bientôt disparoître devant les rayons brùlans de cet astre qui déjà la disperse et l’éclaircit. Le calme règne sur une campagne qui sort du repos; ce n’est point un calme amené par la fatigue, c’est le passage doux et facile de l’immobilité de la nuit à l’activité du jour; c’est la vie qui recommence; aucun orage ne l’a troublée, aucun travail ne l’a abattue; ses espérances ne sont pas encore mêlées de crainte, son mouvement ne s’est pas changé en agitation; tout lui promet un cours brillant et heureux. Tel est le délicieux spectacle d’un beau jour qui se lève sur une belle nature. Ces pierres, ces édifices, ces contours éloignés qui tout à l’heure n’offroient qu’un aspect froid et monotone, sont devenus tout à coup brillans et variés: la lumière a répandu sur leur surface une infinité de nuances diverses; elle a rendu aux arbres leurs couleurs; elle pénètre leur feuillage, fait ressortir toutes leurs formes , se joue dans l’air, dans l’eau , se brise en cent manières et enveloppe tous les objets d’une teinte légèrement dorée, pleine de douceur et d’harmonie.

Ce sont là les beaux effets que Claude Lorrain excelle à rendre; la savante disposition de ses premiers plans, l’heureuse ordonnance de ses lointains lui fournissent mille moyens de déployer la richesse et la vérité de son pinceau. Trois groupes d’arbres frappent d’abord l’œil du spectateur; distribués à la gauche, à la droite et au milieu du tableau, ils eu remplissent l’étendue sans en rétrécir l’espace; celui de la gauche, moins éclairé, parce qu’il est vu du côté sur lequel ne tombe pas le jour, a des formes moins pleines, moins arrondies; le fetilllé en est moins touffu, moins massif; sans cela, il auroit masqué la lumière de cette partie du fond et nui ainsi à l’effet général. Le groupe du milieu présente

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