‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 19 sur 143 · LA FÊTE VILLAGEOISE · texte numérisé non relu

LA FÊTE VILLAGEOISE

des masses larges et cependant légères, éclairées d’une lumière vive qui J plonge et les traverse sans les rendre maigres ou trop détaillées; les édifices que l’on aperçoit à travers ce groupe, le pont qui le sépare du précédent, les coteaux qui paroisseiit dans l’éloignement, sont d’un effet aussi vrai que pittoresque. Le groupe d’arbres situé à la droite n’est ni moins bien éclairé, ni disposé avec moins d’art; les tons sont brillans, suaves, légers; rien de cru ou de heurté ne surprend ou ne choque l’œil, et il jouit avec délices de cette richesse de composition, de cette harmonie générale qui se fait admirer dans les terreins des premiers plans comme dans les lointains des derniers.

Au milieu du paysage est placée une scène simple et animée qui peutêtre n’est pas en rapport avec l’heure que représente le tableau, mais qui n’en altère cependant pas l’ensemble. Une danse villageoise s’est établie; des citadins y prennent part; deux figures sont déjà en mouvement ; deux autres vont s’y joindre ; beaucoup d’autres personnages sont dispersés autour des danseurs, les uns assis, les autres debout, appuyés sur leur bâton ou contre le tronc des arbres; un berger parolt à la droite chassant devant lui son troupeau; ses vaches paissent ou se reposent : une intention spirituelle et naïve se fait remarquer dans toutes les figures; et l’incorrection du dessin, évidente quelquefois dans les bras, dans les jambes, dans les mouveniens, dans les poses, ne détruit point ce ton général de vérité qui frappe et charme au premier aspect.

Les effets que produit le spectacle des beautés de la nature sont plus aisés à sentir qu’à décrire; ils sont si variés et cependant si simples, ils éveillent en nous des sentimens si profonds et cependant si calmes, qu’il est difficile d’en démêler les causes et de les peindre avec des paroles. C’est toujours de l’ensemble qu’on est charmé; les détails échappent ou n’arrêtent point l’attention. Il en est de même des tableaux de Claude Lorrain; on peut en examiner les détails, y chercher même les défauts du peintre, et Ion est involontairement ramené à l’ensemble, à cette richesse, à cette harmonie générale de lumière, de composition de couleur, d’où naissent ces impressions douces , promptes et durables qu’on regrette de perdre dès qu on entre dans des recherches plus minutieuses et qu’on se hâte de retrouver.

Ce tableau est peint sur toile.

Phoportions. I Hauteur, i™*'" 0'“™ = op°“' ii'é 29G.

I Largeur, i 32 =3 8 i 624.

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DOMITIA EN HYGIÉE.

STATUE (*)

La mythologie des Grecs avoit donné pour fille , ou , suivant d’autres , pour épouse au Dieu de la médecine , la Déesse de la santé , que dans leur langue on appeloit Hygie ou Hygiée (i). Les Romains l’invoquèrent sous les noms de Salus et de Valeludo. Cette Déesse bienfaisante , l’amour du monde et la haine du Tartare , pour me servir des expressions d’un ancien poète (2) , avoit obtenu dans le pays des Latins plus d’honneurs que dans la Grèce même, qui cependant avoit été la première à lui dresser des autels. Mais chez les Grecs ces honneurs lui étoient communs avec Esculape; à Rome son culte fut plus ancien que celui du Dieu d’Epidaure (3), soit qu’une maladie épidémique eût offert au consul qui combattoit les Samnites l’occasion de promettre et de consacrer un temple à cette divinité salutaire, soit que son secours fût déjà depuis long-temps imploré dans des climats que l’air affligeoit de ses influences malignes.

IjC serpent , ce reptile regardé toujours par l’antiquité avec un respect, superstitieux , et que nous avons vu , comme symbole de la santé et de la vie, devenir l’attribut de quelques divinités tutélaires et conservatrices, telles que Minerve , Apollon, Esculape (4) , est l’emblème le plus constant d’Hygiée. Ordinairement la Déesse est représentée lui offrant sa nourriture sur une patère ; mais , dans d’autres images, où elle n’est pas distinguée par ce second attribut, le serpent quelle caresse suffit seul, comme dans cette stattie , pour la faire reconnoftre (5).

Nous nous bornerions à admirer dans cet ouvrage la grâce du mouvement, les jets ingénieux et variés de la draperie; nous nous plairions

(*) Cette slalue de marbre de Paros est haute d'un mètre 98 centimètres (six pieds nn pouce) : elle est parl'ailemcDt conservée; on n'y voit d’antre restauration qu’un doigt de la main gauche. La tête, qui en avoit été détachée, a été replacée iacilement sur la cassure. Les victoires remportées en Allemagne pendant les années iBoli , 1807 , ont enrichi de ce morceau le Musée Napoléon.

(1) Pausaiiias, 1. i, c. a3; Pline, I. xxxv, c. 40, n“ 3i ; Orphée, hyinn. 66.

(2) L'auteur des hymnes attribués à Orphée, hjmn. 67,

Te imindiLS cupit perculsus tud vi,

Tantum odi't ta Dis , vitaï pessima Jùiis.

{Traduction de Scaliger, )

(3) TitC'Live, i. x, c. i et c. 47- Le temple d'Hj-giée, honorée sous le nom de Salus, lut dédié l’an de Rome45i ; et ce ne l'nt que l’an 463 que le culte d’Esculape y fut apporté d’Epidaure.

(4) Voyez les explications des statues d'Apollon Pythien et d’Apollon Lycien, des groupes d’Esculape et Téiesphore et de Minerve et Typhée, toutes dans la première Sdn'e du Musée français.

(5) Hygiée est représentée sans patère sur les médailles de la famille Acilia, et sur un médaillon de L. Vérus, frappé à Nicée de Bithynie, qu’on peut voir parmi ceux que Ph. Bonarroti a expliqués, pl. vi, n® 2.

DOMITIA EN HYGIÉE.

à remarquer la rare conservation de la statue, si une circonstance peu cominnne ne la rendoit plus intéressante encore. La tête est évidemment un portrait, et il n’est pas difficile de le reconnoître pour celui de Domilia , femme de Domitien et fille de Corbulon (i). Cette princesse, ajant survécu long-temps à son mari dont la catastroplie n etoit pas arrivée sans quelque bruit de sa complicité, n’obtint pas apres sa mort les bonneuis divins que le sénat déféroit aux mânes des Impératrices. Mais la splendeur de son état lui avoit fait, sans doute, attribuer ces honneurs de son vivant, ainsi qu’on les prodigua à plusieurs autres femmes augustes. Nous les vojons, dans les moniimens, élevées au rang des Déesses, tantôt sous les attributs de Gérés ou de Junon ; tantôt sous les emblemes de Vénus , de Proserpine, de Diane ou de la Fortune; tantôt, ainsi que Livie sur les médailles (2) et Domitia dans cette statue, avec les symboles ou sous le nom de la Déesse salutaire. Il n est pas étonnant que l’espérance et l’adulation aient cherché à diviniser 1 épouse de Domitien, à 1 époque de sa puissance, puisque le souvenir et la gratitude, impulsions moins impérieuses, lui firent élever, après sa mort, des temples dont les ruines existent encore (5). D’ailleurs l’usage introduit dans le paganisme, et que nous avons remarqué en d’autres occasions , de donner aux images des divinités les traits des princes et d’autres personnages vivans (4) , antorisoit et mnltipliolt ces apothéoses particulières.

Quant au caractère donné dans cette statue à Domitia, il faut croire que parmi celles qui représentoient Hygiée, et qui avoient été exécutées par le ciseau des Scopas, des Pyrrhus, des Bryaxis, des Niceralus (5), aucune n’avoit acquis la réputation d’une supériorité décidée. Parmi les figures qui nous restent de cette Déesse, il n’y en a pas deux dont fune paroisse imitée de l’autre. L’exécution un peu molle des contours , et particulièrement de la draperie, m’empêche de regarder celle-ci comme l’ouvrage original d’un maître célèbre ; mais le mérite de la composition et la noblesse de l’attitude me portent à y reconnoître l’imitation de quelque chef-d’œuvre que maintenant elle remplace.

(i) Domitia est représentée clans celte statue un peu plus jeune que sur ses rares médailles en grand bronze. Aussi celles-ci n’ont-elles été l'rappées qii’aprèsla mort du jeune César son fils.

(a) La légende ne présente que le nom de Salus, mais la tête , dans les coins les mieux soignés, est un portrait iucontestabie de la l'emmc d’Auguste.

(3) On fait mention de ce temple, élevé in lionorem et nienioriani Doniitice C.orhiiloni^ dans uue

grande inscription trouvée à Gahii, maintenant dans le Musée Napoléon. Voyez mon ouvrage sur les Monitnienti Gabini, pag. 107, io8 et siiiv.

(4) J’ai recueilli quelques laits qui ont rapport à ccl usage, dans l’explication de la statue d’un personnage romain en Mercure, gravée dans l’avaut-dernière livraison de la première Série,

(5) Pline, 1. xxxiv, §. 20, n. uj et ao; Pausanias, I. Il, c. 40; 1. vin, c. 28. Parmi les statues d’Hygiéc qui nous restent, ou doit distinguer celle du palais Giustiuiani à Rome : c’est une figure assise; on peut la voir dans la Raccolta di statue di P. A. Maffei , tav. 85.

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