‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 26 sur 143 · MUSE · texte numérisé non relu

MUSE

aESTAURÉE EN FILLE DE LYCOMÈDE.

STATUE (i).

U IX statues furent découvertes toutes ensemble en 1739, près de l’ancien Tusculum (2). La plupart repirésentoient de jeunes femmes drapées. La grâce des poses et la finesse du travail les rendoient intéressantes ; mais ces monumens étoient tellement dégradés que l’amateur des arts éprouvoit à leur aspect plus de regrets que d’admiration. Parmi ces statues on en distinguoit une remarquable par un mouvement animé , et par un costume de femme qui ne parvenoit pas à dissimuler le sexe différent du personnage. Les sculpteurs auxquels la restauration avoitété confiée (3) crurent y reconnoître Achille déguisé en fille chez le roi Lycomède. Conformément h cette prétendue découverte, ils lui donnèrent une lance et un bouclier; et huit autres de ces statues furent restaurées pour représenter Déidamie, ses sœurs et sa mère. La dixième figure, qui malgré sa tunique talaire représentoit évidemment un homme , fut restaurée en Ulysse. Le roi d’Ithaque semble chargé d’un coffre rempli de marchandises précieuses, moyen que, suivant la fitble, il avoit employé pour pénétrer dans le palais de Scyros, et pour y surprendre le jeune héros que les craintes prévoyantes de sa mère vouloient dérober à ses destinées et à celles d’Ilion.

Il auroit été fort aisé à un véritable antiquaire de reconnoître le sujet de la plupart de ces figures. Il y en a une dont l’attitude est précisément eelle que les artistes anciens ont apjiropriée à la muse Polymnie (4). Les rochers sur lesquels plusieurs de ces jeunes femmes semblent s’appuyer

(i) Cette statue est haute d'un mètre 5o centimètres (4 pieds 7 pouces), exécutée en marhre grec d’un grain.assez fin , qu’on peut reconnoître pour grechetto plutôt que pour marbre de Paros. La tête, la gorge, le bras droit et la main gauche, ainsi qu’une partie des pieds, sont modernes. Cette figure et les neuf autres dont je fais mention dans la notice sont dues aux conquêtes de S. M. en Allemagne. On les voyoit autrefois dans les jardins du roi de Prusse à Sans-Souci. M. Levezow publia, en i8o4, à Berlin, en langue allemande, un ouvrage intéressant sur ces statues. Il a pour titre :

Recherches archéologiques sur la famille de Lycomède.

(2) Le nom de Casamara que porte aujourd'hui cet endroit a donné lieu à l’opinion vulgaire qu’on y voyoit autrefois la maison de plaisance de Marius.

(3) Les frères Adam, sculpteurs français, restaurèrent ces figures pour le cardinal de Polignac qui en avoit fait l’acquisition.

(4) Elle est gravée à la planche 4 de l’ouvrage de M. Levezow.

STATUE

sont aussi des accessoires usités dans les statues des Muses. Il n’étoit pas difficile dereconnoître un Apollon Citliarède dans la statue dont on fit un Uljsse. Il subsiste encore une portion de sa lyre dont on a fait le fond du coffre qu’on a placé dans ses mains. La figure d’un jeune homme en habit de femme ressemble à d’autres qui représentent Bacclius (i). Ou sait que cette divinité partageoit avec Apollon la société des Filles de Mémoire et le séjour du Parnasse (2).

La figure que nous examinons fut restaurée pour une des filles de Ljcomède. La jeune princesse paroît avoir choisi une bague parmi les bijoux apportés par Üljsse. Elle n’a sur ses membres délicats d’autre habit qu’un péplum qui enveloppe sa taille en descendant de l’épaule gauche , et en passant au-dessous de l’aisselle droite , de manière à ne laisser nus que la gorge et le bras droit.

Le rocher sur lequel elle s’ap]tuie du bras gauche , semblable à celui qui sert de support à la figure que nous reconnoissons pour Polymnie, est une preuve qu’elle représentoit aussi une des neuf sœurs. Mais on ne sauroit déterminer avec certitude quelle est la Muse dont elle dut autrefois offrir l’image. Quelques conjectures peuvent faire supposer qu'elle représentoit la Muse de la comédie (5) , et qu’elle avoit pour attributs un masque et un pedum. La première conjecture est tirée de l’agencement de la draperie : ou connoît des figures bien certaines de Thalie, dont le péplum a la même disposition (4). La seconde conjecture est fondée sur ce que Thalie, génie tutélaire de la poésie pastorale aussi-bien que de la comédie , se rencontre demi-nue plus souvent que les autres Muses, sans autre vêtement (ju’un manteau bizarrement ajusté autour de ses membres (3). L’attitude annonce le repos : les jambes, nonchalamment croisées, fout porter le poids du corps sur le pied droit, et le rocher, emblème du Parnasse , offre un appui à la figure qui se penche et s’abandonne sur le côté gauche , ojiposition agréable que les sculpteurs anciens ont souvent recherchée, quand le sujet le leur a permis.

(i) Jeu ai publié une parfaitement semblable ilan.s le VII volume du Museo Pio-Clemeatino , pl. i.

(a) Les statues de Bacchiis ont été souvent placées auprès des statues des Muses. MuseoPio-CIementino, U I, page 3g (^) et page 20.

(3) M, Levezow a eru recormoftre Thalie dans une antre figure aux franges qnibordent sa draperie (pl. 5): mais cet ornement n’est point du tout caractéristique. Une statue de la Muse Polymnie a également son péplum orné de franges. {Sculture délia villa Borghese, t. Il, Stanza 7, n° 12.)

(4) La Tlialle du sarcophage capitolin , et celle des peintures d'Herculanum {Museo-Capitolino , t. IV, pl. 26; Pitture d’Ervolano, t. Il, pl. 3.)

(5) Thalie est très-souvent représentée dans ce costume sur les jiierres gravées. Voyez, par excmjde, dans le Museum-Florentimim , les numéros 2 et 4 de la planche 44 du premier volume ; et dans le Novus Thésaurus gemmantm de Passeri, la pl. 2$ du t. IL Il est rare de trouver les autres Muses dans le même ajustement : j’en puis cependant citer une à la pl. 62 de VAd7niranda.

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