‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 27 sur 143 · PAR JULES-ROMAIN · texte numérisé non relu

PAR JULES-ROMAIN

Vespasien, en montant sur le trône de Rome, avoit laissé à son fils Titus la conduite de la guerre de Judée. Le jeune prince gagna si bien le cœur de tous ses soldats, qu’après la prise de Jérusalem ils le saluèrent du nom ÿ Empereur, et voulurent, lorsqu’il quitta la province, l’obliger à rester avec eux ou à les emmener tous avec lui. Ces bruyantes acclamations étoient d’ordinaire le signal d’une révolte. On conçut à Rome des soupçons sur la fidélité de Titus; le diadème qu’il porta en Egypte, dans la cérémonie de la consécration du bœuf Apis (i), sembla les confirmer. Mais Titus, informé de ces bruits, pressa son voyage, gagna sur un vaisseau marchand le port de Reggio, celui de Pouzzoles, se rendit en toute hâte à Rome, et, se présentant inopinément devant son père, l’aborda par ces mots pleins de tendresse, de simplicité et de respect : il Me voici, mon père, me voici (2). »

Cette fidélité amena entre le père et le fils une union franche et entière : les deux princes triomphèrent ensemble (3). C’étoit la première fois qu’on voyoit le triomphe d’un père et d’un fils réunis ; la pompe en fut magnifique; on éleva à Titus un arc de triomphe dont les restes subsistent encore, et Vespasien employa les dépouilles des Juifs à bâtir un temple consacré à la Paix.

Ce fut dans ce temple que l’empereur fit déposer la plus grande partie des tableaux , des statues et des autres ouvrages de l’art qui avoient échappé aux troubles civils; c’étoit là que se rassembloient les artistes et les savans de Rome ; une foule d’antiques ont été déterrées sur cet emplacement (4).

Le tableau de Jules-Romain auroit dignement orné le vestibule de ce temple consacré à la Paix et aux Arts : il représente le triomphe même après

(1) it !1 ne fit par-là, observe Suétone, que se

conformer à l’usage et aux anciens riis de la religion." Suet. Tit.,0.5.

(2) Suéton. Ibid.

(3) L’an 71 de J. C.

(4) Voyez les notes de Reimar sur Dion Cassins , liv. Lxvi, i5, p. io83.

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