LE TRIOMPHE DE VESPASIEN ET DE TITUS
lequel s’éleva cet édifice. Vespasien et Titus sont sur le même char ; l’attitude des deux triomphateurs semble indiquer leur union; les deux têtes ont entre elles une ressemblance frappante ; seulement celle de Vespasien offre une expression plus calme ; Titus paroît animé d’une joie plus vive; les honneurs sont plus nouveaux pour lui ; plus jeune , il en jouit avec plus de transport.
La figure ailée de la Victoire, jetée dans Pair avec infiniment de souplesse et de grâce, plane au-dessus des triomphateurs qu’elle couronne : deux écuyers à pied conduisent le char; une captive juive, qu’un guerrier roinainretient par les cheveux, le précède et s’avance, la tete baissée, avec l’expression de la douleur. On aperçoit en avant d’elle trois branches du fameux chandelier à sept branches (i), pris dans le temple de Jérusalem, et le dos de celui qui le porte: deux autres figures, Pune dans le fond, l’autre sur le devant , suivent le cortège. On découvre dans le lointain le cours du Tibre, la campagne et quelques édifices de Rome.
Cette composition, trop simple peut-être pour la pompeuse cérémonie d’un triomphe où nu peuple de vainqueurs venoit jouir de l’huiniliation d’un peuple de captifs, est cependant pleine d’effet, de mouvement et de grandeur. Les plans, disposés avec vérité et avec art, donnent au tableau de l’étendue : les chevaux ne sont point pressés l’un contre l’autre, et quoique leurs formes paroissent un peu lourdes, leur marche ne manque pas de noblesse. Si les têtes des personnages offrent un peu de sécheresse et de monotonie , en revanche les draperies sont attachées , développées, repliées et peintes avec cette facilité large et hardie qui appartient à l’école de Raphaël; les plis en sont grands et harmonieux; les contours n’ont ni dureté, ni manière : rien ne sent le travail, et tout annonce la science: une ordonnance simple et claire, une exécution facile et vigoureuse, des contours francs et purs , tels sont les principaux mérites que présente ce tableau, comme presque tous les ouvrages du même maître.
Malheureusement la couleur a poussé, et ne frappe pas de vérité au premier coup-d’œil : on j rencontre ces tons noirs et rouges que les contemporains , les amis même de Jules-Romain lui reprochoient déjà (2), et que le temps a fait encore ressortir.
Ce tableau est peint sur bois.
(i) Ce chandelier fut déposé dans le temple de la Paix, où il re.sta jusqu'au sac de Rome parles Vandales (A. C. 455), qui l’emportèrent à Carthage. (Voy. Hist. de la décadence et de la chute de l’Em-
pire romain, par Gibbon, tom. VI, c. 36, p. 386).
(2) Voy. Vusari, Pittori, t. X,p. 294, édition de Milan; et Lanzi, delV ltaria,t.\\,
PnOPORTIONS.
Hauteur, 1“^“' ig«ciiui. 3picd.
Largeur, i 65 =5 o
5ao.