‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 30 sur 143 · D’APRÈS CLAUDE LORRAIN · texte numérisé non relu

D’APRÈS CLAUDE LORRAIN

Les descriptions de la nature et les tableaux de paysage exercent un genre de séduction d autant plus puissant qu’il se fonde sur des besoins naturels, et quil réveille dans 1 imagination l’idée de l’une des plus pures et des plus douces jouissances auxquelles elle puisse se livrer. Sans recevoir dun beau paysage cette impression forte et profonde que produit une scène bistorique, on s y attache avec plaisir, on y revient avec goût, comme on retourne dans cette belle campagne que l’on a vue cent fois , comme on s empresse d’aller de nouveau jouir de ces beaux jours, respirer cet air embaume que ramène tous les ans le printemps. Rien ne s’use pour nous dans ces jouissances redemandées sans cesse par notre èire .physique comme par notre être moral; rien aussi ne diminue l’attrait que nous trouvons à nous les représenter, et comme nous pouvons nous y transporter sans efforts et sans sortir de nous-mêmes et de nos affections, cest avec une vivacité surprenante qu’elles se raniment en nous, dès que quelque chose nous eu présente l’idée. Que de fois tombés eu rêverie devant un beau paysage, nous nous promenons entre ces arbres, nous nous enfonçons dans l’épaisseur de cette forêt! il nous semble parcourir rapidement les sentiers tracés au loin a travers ces montagnes et ces rochers; nous respirons la fraîcheur de cette belle rivière, nous nous sentons pénétrés de cet air que le peintre a su nous rendre aussi bien que la lumière; là nous conduisons les objets de notre affection, là nous plaçons les plaisirs et les désirs de notre vie, toutes les puissances de notre être sont en mouvement; c est 1 illusion d’un portrait qui nous transporte en la présence de l’être chéri.

Plus un art possède le pouvoir de l’illusion, plus il est astreint à la perfection de la vérité; et les grands peintres de paysage ont senti que la liberté de composition qui leur étoit laissée ne faisoit que rendre plus

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