PAYSAGE TRAVERSÉ PAR UNE RIVIÈRE
sévère pour eux le devoir de la fidélité dans l’iinitation. Il suffit, pour s’en convaincre, d’examiner les tableaux de Claude Lorrain. Ce n est pas seulement cette lumière qu’il semble avoir saisie au passage , ce ne sont pas seulement ces eaux que l’œil traverse, ces teintes, ces vapeurs que sans lui on pourroit croire inimitables, ce sont des effets moins frappans qu’il s’est prescrit d’observer avec une scrupuleuse attention. Ainsi le feuillé des différens arbres étoit pour lui le sujet d une étude particulière. Il avoit fait pour son propre usage une vue de la villa Madame, où il avoit représenté avec soin une grande quantité d’arbres différens qui lui servoient de modèles pour ses autres tableaux. Clément IX désira l’acbeter, lui proposant de la couvrir de doublons, sans que jamais le peintre voulût consentir à s’en défaire. L’effet du soin qu’il apportoit à cette partie de l’imitation est sensible dans tous ses ouvrages. Ainsi, dans celui dont nous donnons ici la description, l’éloignement n’empéclie pas de reconnoitre dans le coin à gauche le feuillage d’un cliêne dont cependant on ne voit qu’une seule branche. De même la droite laisse apercevoir une partie d’un saule. Des groupes d’arbres de différentes espèces se distinguent également dans le fond, où ils se détachent d’un côté sur des rochers couverts de verdure, de l’autre sur une vaste étendue de paysage terminée à l’horizon par quelques hauteurs. Une rivière y serpente et vient s’étendre sur le devant du tableau en une nappe d’eau transparente et peu profonde. Quelques bestiaux gardés par un pâtre se désaltèrent dans l’eau, qui réfléchit leur image, d’autres paissent sur ses bords.
LIYIE EN MUSE.
STATUE (i).
Le costume des matrones romaines, habillées d’une longue tunique et d’un ample manteau , ne diffère guère de celui des femmes grecques d’une condition honorable. Lorsque les statuaires de la Grèce eurent à Rome et dans tout l’Empire de fréquentes occasions d’exécuter des figures de femmes romaines, ils trouvèrent dans les ouvrages des maîtres qui avoient fleuri sous Périclès, sous Alexandre-le-Grand et ses successeurs, des modèles excellons qu’ils essayèrent d’imiter, et que parfois ils surpassèrent.
La figure que nous examinons, et dont il existe plusieurs répétitions antiques (2), avoit été imitée sans doute d’après un de ces précieux originaux produits par le ciseau d’Euphranor, d’Athénodore ou d’Antimachus (3). On admire dans une disposition simple l’habileté de l’artiste qui , malgré l’ampleur d’une double et riche draperie, a su faire ressortir les formes du nu. L’agencement des plis, dont la chute est agréablement variée, n’offre rien qui ne soit naturel, et qui ne semble motivé parle premier jet de l’habillement et par le mouvement de la figure.
Aucune de ces répétitions anciennes ne nous est parvenue, ni avec sa tête antique , ni avec les attributs qui la dislinguoient. Gelle qui fut restaurée la première reçut les attributs d’une Muse (4) : on a placé sur d’autres des têtes antiques où nous retrouvons des portraits. Ces deux genres de restauration ne présentent ni l’un ni l’autre rien de condamnable. Nous connoissons sur divers monumens des figures de Muses , drapées d’une manière qui diffère peu de celle que nous avons sous lesy-eux. L’usage de s’envelopper d’un manteau étoit propre aux femmes de distinction,
(1) Cette statue de marbre de Parus est haute de a mètres 3 ceutimètres (6 pieds 2 pouces). Les deux bras sont modernes. On la voyoit autrefois à la J^illa Borghese, ou elle portoitle nom d'Agrippine la jeune. ( ScultuTV délia V^illa Borghese , stanza I, n“ 6. )
(2) Voyez Æfu.reo Pio Clementino, 1. 1, pl. aS.
(3) Pline, lib. xxxrv, §. 19,0" 16 et 26, remarque que
ces statuaires avoient exécuté en bronze. — Mulierem admirantemetadorantem...Femmasnohiles.\Jkûiénodore dont il est fait mention ici n’est pas le Rhodien, un des sculpteurs du Laocoon, mais un artiste jilus ancien né à Clilor en Arcadie.
(4) Elle est au Capilole sur l’escalier du palais du Magistrat.
STATUE
qui souvent, dans les ouvrages de Fart, prenoient aussi le caractère et les emblèmes des filles de Mémoire (i).
Ce n’est donc point un contre-sens que d’avoir donné à cette figure les attributs de la Muse Euterpe (2), et d’avoir substitué à la tête qui manquoit une tête antique de Livie, convenable à l’ensemble de la statue, par le style, par les proportions, et par la qualité du marbre.
Cette femme, que son esprit, sa beauté, et la noblesse de son origine élevoient au-dessus de toutes les Romaines de son temps (3), étoit passée des bras de Claudius Néron son premier époux , ennemi acharné d’Octave, à l’hymen de ce même Octave décoré bientôt du titre d’Auguste. Si ce changement ne coûta point au cœur de Livie, depuis cette époque peu de femmes durent être plus heureuses. Toujours chère à son nouvel époux, dont elle sut par ses mœurs, par sa prudence, et par son indulgente facilité , s’assujettir toutes les affections , elle lui fit adopter les enfans de son premier mariage; elle réussit à adoucir la politique sévère de ce prince, et à lui inspirer une vertu qui caractérise les grands monarques; car ce fut elle qui, lors de la dernière conspiration tramée contre lui, osa lui dire :
« Essayons sur Cinna ce que peut la clémence (4)* “
Non moins grande par l’étendue de ses bienfaits que par l’élévation de son état, elle fut sur le trône la protectrice des malheureux : le monde romain l’appela sa Mère (5). Tous les genres d’honneurs lui furent prodigués ; chaque jour voyoit multiplier ses statues. La tête que nous voyons ici, et qui est évidemment son portrait, appartenoit sans doute à l’un de ces monumens; et si maintenant Livie a pris dans cet ouvrage le caractère d’une Muse, ce caractère n’est point étranger à une princesse dont l’esprit, aussi orné que pénétraut, savoit tempérer les chagrins inséparables de la condition humaine par les consolations de la philosophie. (6).
(1) Voy. Museo PioClementino, t. III, pl. aS.
(2) La flûte.
(3) Velleius, lib. 11, c. 75.
(4) Sénèque, de Clementid,\\h. I, c. 9.
(5) Velleius, lib. 11, c. i3o; Dion, lib. lv, c. 2, et lib. LViii, c. 2. Livie prend l’épiihèledc Genetrix orbis sur des médailles frappées à Séville.
(6) ^énkm\e,deConsolationeadMarcmm, c. a et 4-