VUE D’UN PORT DE MER
trop nombreux ou trop importans détruiroient l’effet qu’il en doit tirer; et ce ne seroit plus montrer la mer que de montrer à côté des objets capables d’attirer davantage l’attention : cette mer, ou calme ou furieuse, ce ciel qui se réfléchit dans ses eaux ou la couvre de ses ombres et s associe à son désordre, tels sont les sujets du peintre de marines; plus variés dans la tempête, dans le calme ils ne présentent guere qu’une seule ressource , celle que peuvent offrir les divers accidens de la lumière. Ce qu’en a fait Claude Lorrain prouve tout ce que peut le génie d’un grand peintre. Si Vernet n’a pas su faire jouer la lumière avec une aussi brillante légèreté, si, dans ses tableaux, l’œil n’a pas à traverser ces milieux lumineux oit Claude Lorrain semble le faire nager, si ses eaux quelquefois un peu pesantes ne paroissent pas assez recevoir l’action de l’air et du jour, l’air et le jour existent pourtant dans ses tableaux, moins purs peut-être, niais toujours vrais; on y voit aussi la lueur des éclairs, la couleur et le fracas de l’orage ; les effets du clair de lune y contrastent quelquefois admirablement avec celui des feux allumés sur le rivage; l’éclat de quelques-uns de ses soleils couchans est tel, qu’en les voyant, il ne semble pas qu’on puisse leur rien préférer; et sa composition, toujours imposante par sa simplicité, est précisément celle qui convient au genre d’objets qu’il retrace.
Un de ceux qu’il a rendus avec le plus de talent dans différens tableaux, ce sont les effets d’un brouillard plus ou moins épais étendu sur la mer, et le port qui la reçoit. Dans le tableau que nous décrivons, le soleil, tout-à-fait voilé, ne laisse pas apercevoir le point d’où part sa lumière; à droite, sur le devant, ou voit uue petite pointe de terre avec une espèce de quai , l’un et l’autre couverts de ballots de marchandises et d’uu assez grand nombre de personnages diversement occupés ; à gauche, sur un plan déj,à un peu plus reculé, une forte galère dont on ne voit qu’une partie semble attendre, avec ses nombreux passagers, le moment où se détachera la corde qui l’amarre : derrière la galère s’élève une tour à demi ruinée, et plus loin que la tour, mais à droite, on voit un bâtiment en mer entouré de plusieurs barques; dans le fond, d’autres batimens, des rivages couverts d’édifices disparoissent graduellement en prolongeant la vue à travers le brouillard, dont ils indiquent la densité et rompent la monotonie.
Ce tableau est peint sur toile.
Proportions.
Hameiir, o”*'” aV“«-6"«-
Largeur, i 27 =3 10