DANS LA POMPE ISIAQUE
STATUE
IjE mouvement majestueux de la figure, la disposition sjmétrique de ses draperies, le vase quelle semble offrir à la vénération des spectateurs, sont autant de particularités qui, bien considérées, auroient du retenir l’imagination des antiquaires dans de justes limites, lorsqu’ils ont cherché à expliquer le sujet de cette composition. Il est des convenances si intimement liées à la nature de chaque sujet, qu’un artiste intelligent ne pourra jamais les oublier : il suit de là qu’une explication qui les blesse ne sera jamais d’accord avec la bonne critique.
Plusieurs antiquaires ont cru recoimoitre dans cette statue Psjclié (2). Elle apporte, disent-ils, à Vénus les parfums qu’on l’a obligée d'aller clierclier jusque dans le séjour de Proserpine. Mais le statuaire lui auroit-il donné un vase d’une si grande capacité pour recevoir quelques gouttes de ce baume immortel, qui ne dévoient servir qu’à la toilette d’un jour (5) .^ et la marche de la ligure est-elle la marche d’une jeune personne qui se hâte de remplir les ordres d’une maîtresse puissante et irritée? Enfin la fable de Psjché, d’oii l’on auroit tiré ce sujet, étoitelle connue ou du moins assez répandue à l’épocpie où nous pouvons supposer que la statue a été exécutée ?
D autres ont cru que la jeune femme est Pandore (4) > et que le vase quelle porte est celui qui renfermoit tous les biens ou tous les maux du genre humain. Mais comment accorder la pose tranquille de la figure avec ce mouvement de curiosité indiscrète qui fit enfreindre à l’épouse d’Epimélhée les ordres des dieux et violer le dépôt fatal ?
(i) Celle statue, haute de deux mètres onze ceniiuiètres (6 pieds 6 pouces), est de marbre penlélique; mais la tète, qui est rapportée et cependant antique, est d’un marbre grec à petit grain, connu à Rome sous le nom de Grechetto : les pieds et toute la partie inférieure jusqu’à la moitié des jambes sont modernes. Ce monument est un de ceux qui furent cédés à la France
par le traité de Tolentino : Benoît XIV l’avoit tiré de la Villa d’Este pour le placer au Capitole.
(2) Voyez BoUari, Miiseo Capitolino , t. Il J, pl. a3.
(3) Apulée, Metamojph., 1. vi, p. 120 : modicum de tua mitlas ei pulclirimdine , -vel ad imam saltem dieculam sufficiens. Fulgeiice, 1. m, c. 6.
(4) Bottari, loco citato.