‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 39 sur 143 · FEMME PORTANT L’EAU SACRÉE · texte numérisé non relu

FEMME PORTANT L’EAU SACRÉE

Winckelmann au contraire a conjecturé que cette statue représente une des Danaïdes (i). Elle lui semble attentive à ce que l’eau ne s’échappe point du seau quelle va verser dans l’urne infernale. Mais indépendamment des objections qu’on pourroit tirer du costume de la figure et de la richesse de ses draperies , comment le savant antiquaire ne s’est-il pas rappelé que , suivant la fable grecque , c’étoit l’urne qm étoit percée et non pas le seau (a) ?

Je pense que le sujet est tiré d’une pompe ou d’une cérémonie du paganisme. La femme représentée est probablement une prétresse, ou une femme initiée aux mystères isiaques, qui dans une marche religieuse porte avec respect le vase de l’eau sacrée, emblème naturel de la déesse de l’élément humide. Rien ne s’oppose à cette explication si simple et si vraisemblahle : le témoignage des auteurs anciens (5), et plusieurs monumens la confirment. Une peinture antique , un hasrelief et une autre statue (j) nous présentent, dans des sujets de même nature , des figures qui ont le même mouvement , qui sont drapées de la même manière, et qui ne touchent que de leurs mains voilées, comme le fait la figure que nous examinons, au vase qui forme l’objet de la cérémonie (5). Ces monumens de l’art, quoiqu’ils se rapportent aux rites de l’ancienne Egypte, ont tous été exécutés, ainsi que la statue que nous avons sous les yeux, par des artistes grecs ou romains. Celle-ci , qui se recommande prineipalement par la dignité de la pose , a probaljlement décoré autrefois le temple d’Isis et de Sérapis, élevé à Rome dans le champ de Mars, monument que la sculpture grecque avoit enrichi de ses derniers chefs-d’œuvres. R est intéressant de remarquer que plusieurs des ouvrages qu’on y avoit placés font aujourd’hui l’ornement du Musée Napoléon (6).

(i) Momunenti inediti , page C4- La tète de la .statue, qui, comme nous l'avons remarqué, a été rapportée, ne peut par son expression jeter aucun jour sur ces recherches.

(a) Hygin , Fab. lxviii, et ses commentateurs.

(3) Vitruve , 1. \in, præf. ., Apulée, Metamorph.,

]. XI, p. 246.

(4) Pittiire d'Ercolano, 1. 11, pl. 60; Admiranda, ])1 16 j Monum. Maithœiorum, t. III, pl. a6, n. 2 ; Museo PioClementino, t. III, page 10, note (a). Ces ligures représentent des hommes, et la statue dont il s’agit est celle d’une femme; mais à l’époque où ces ouvrages furent exécutés, les femmes aussi-bien que les hommes étoient consacrées nu culte égyptien, et employées à ses rites. Elles l’étoient également à des époques plus anciennes , comme il est prouvé par les

statues qui nous restent de l'cmines paslopliores ou porteuses de tabernacles. Celle qui existe dans le Musée Napoléon, très-bien conservée, ne laisse lieu à aucun doute.

(5) Outre les exemples cités dans la noie précédente, nous voyons sur des pierres gravées Diomède tenir le Palladium de ses mains enveloppées dans la draperie. Les ennemis vaincus demandent grùce à Amphitryon avec les mains voilées , velatis ina-

Plaute, Amphitr., act. I, scen. I, v. 101), sans doute, parce qu'ils lui présentent des objets consacrés, tels que des bandelettes {vittæ) détachées des statues, des trépieds et des autels des dieux; et d’autres ornemeus des temples.

(6) Les figures colossales du Nil et du Tibre apparlenoient à ce même temple.

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