D’APRÈS GÉRARD DOW
LoRSQü’oif nous raconte qu’après avoir quitté le portrait, dont il avoit fait d’abord sa principale occupation, Gérard Dow s’imposa la loi de ne rien faire que d’après nature , personne certainement ne prendra cette assertion à la lettre, et ne supposera que Gérard Dow ait effectivement fait poser devant lui, tandis qu’il peignoit, les figures pleines d’expression qu’on rencontre dans plusieurs de ses cliefs-d’œuvres ; mais on n’hésitera peut-être pas à croire que chacune de ces figures ait eu un modèle réel dont le souvenir guidoit le pinceau du peintre, et dont la ressemblance anime encore aujourd’hui ses tableaux.
Qui pourra en effet jeter les yeux sur l’admirable tableau de la Femme hydropique, sans se sentir intimement persuadé que les quatre personnages dont il se compose ont véritablement existé, ont existé dans une situation au moins analogue à celle où les place l’artiste? Où auroit-il pris ailleurs que dans la vie réelle cette vie dont il anime toutes les parties de leur figure, de leur expression, de leur attitude? La femme hydropique, assise dans un grand fauteuil, n’offre point ces traits généraux de destruction que peut concevoir, sans modèle spécial, l’imagination du peintre. Le mal auquel elle succombe, dissimulant la maigreur, suite ordinaire de la maladie, laisse jusqu’à un certain point, du moins aux traits de la figure, l’apparence de leurs formes primitives. Dans ces traits, que l’âge et la souffrance n’ont 2tas assez altérés pour leur ôter leur douceur et même une sorte d’agrément, la maladie ne se montre donc que par la pâleur, par le mouvement de ces yeux levés au ciel avec fexpressiou d’une douleur plutôt morale et résignée que physique et violente , par un abattement qui se communique à l’attitude tout entière, en même temps que les membres semblent enchaînés dans une sorte d’immobilité pesante causée jaar fenflure qui gêne tous leurs mouvemens. C’est une hydropique , et ce ne j>eut être autre chose. Sa fille , à peine sortie de l’enfance, est à genoux; elle tient la main de sa mère et la couvre de baisers et de larmes. Une servante, en donnant une potion à la malade, tourne les