JEUNE FAUNE AVEC UNE FLÛTE
STATUE (i).
Un des enfans bocagers des Silènes et des Nymphes, un jeune Faune, semble respirer dans ce marbre. La peau d’une panthère attachée sur son épaule droite et repliée autour du bras gauche , est plutôt un attribut qu’un vêtement. Des cheveux courts et roides couronnent son front, sur lequel deux cornes naissantes s élevent en forme de deux boutons. Ses oreilles pointues comme celles d’un chevreau achèvent de le caractériser.
Le demi-dieu sauvage vient de jouer de la flûte; il reprend haleine, et mêle quelques instans de pause à son doux exercice. Le contentement qui règne sur son visage , l’air de nonchalance que lui donnent ses jambes croisées, et son bras gauche appuyé sur un de ces termes ou piliers qui bornoient les diamps , répandent tant de grâce sur ce personnage mythologique , que l’imagination du connoisseur le rapproche presque sans réflexion de quelques jolies figures du Corrège.
Il n’est pas étonnant qu’une statue si propre à l’ornement d’un jardin ait été souvent répétée par les artistes , ou qu’elle ait été connue dans les anciens temps par une espèce de sobriquet. C’éloit Y Anapavoinenos ou le satyre qui fait pause.
Il sera plus piquant de remarquer que cette figure est une de celles que l’art statuaire avoit empruntées à la peinture. Protogène l’avoit inventée; il la peignit dans une maison de campagne qu’il habitoit près des murs de Rhodes, près de ces murs mômes que Démétrius Poliorcète battoit par ses machines de guerre. On prétend que le jeune Faune peint par le maître Caunien dans ces circonstances n’étoit lui -même qu’un emblème de ce calme et de cette paix dont l’artiste jouissoit au milieu du tumulte des armes , sous la protection d’un vaincpieur ami des arts (2).
Quoi qu’il en soit de ce fait, le peu de mots où Strabon et Pline décrivent le Faune de Protogène suffisent pour nous en faire reconnoitre
(1) Cette statue de marbre de Paros , liante d'un mètre 3o centimètres (4 pieds), n’offre que très-peu de restaurations; la plus considérable est celle de la main droite : une partie de la flûte est antique. Ce Faune et son pendant presque semblable appartenoient à la grande collection de la J^~iUa Borghese de
Rouie, dont la munificence de S. M. a enriclii le Musée Napoléon.
(2) Pline, 1. XXXV, §. 36, n° 20. «C'est un satyre qu'on «nomme Anapavumenos et auquel, pour marquer « mieux encore la sécurité dont l’artiste jouissoit alors , « il fit tenir des flûtes. » (Traduction de M. Falconet. )