JEUNE FAUNE AVEC UNE FLÛTE
une imitation dans celte statue. On y retrouve jusqu’au pilier auprès duquel il est dit que se lenoit le jeune satjre (i).
Dans riiistoire de l’art ce n’est pas iei le seul exemple d'une figure peinte qu’on ait imitée dans une statue. Ovide nous apprend, et des restes de sculpture antique le confirment même aujourd’hui , que la Vénus Anadyoïnène du tableau d’Apelle , sortant de la mer, et pressant de ses mains son humide chevelure , étoit passée , du temps d Auguste , dans un ouvrage admirable de l’art statuaire (2).
Tout préjugé à part, on imagine facilement qu’une figure choisie dans l’œuvre de Raphaël ou dans celui du Poussin pourvoit fournir à un sculpteur ingénieux le modèle d’une statue parfaite. Si nous croyons que cet emprunt a pu se faire plus aisément encore aux ouvrages de la peinture antique , c’est que nous sommes persuadés que le simple et le naturel étoient la règle constante de l’imagination des Grecs , et que cette règle étoit alors plus rarement sacrifiée à une magie d’effets que plusieurs beaux génies des écoles modernes ont trop recherchée, même aux dépens de la vérité et de la grâce.
Cette statue, dont le style est large et moelleux, offre aussi l’imitation de la peau à un très-haut degré de perfection. Ce ne seroit pas trop présumer que de la croire l’ouvrage original de l’habile statuaire qui a osé le premier transporter sur le marbre la figure tant admirée de \ Anapavomenos.
(i) Straboii, 1. xiv , p. 652. sàTupaç wafnjùt ç-üxçi. « Un » Faune qui se tient debout auprès d’une colonne. « Le mot qui signifie une colonne peut désigner également un pilier. Cependant ce pilier est une véritable colonne dans une répétition de cette même figure, qu’on voit sur un bas-relief'(Ü/ttjeo Capitolino, tom. IV, pl. 57). Dans d’autres répétitions on a substitué au pilier un tronc d’arbre {Mus. Capit. t. III, pl. 3i). Le participe anapavomenos peut signifier aussi dormant ou qui est en repos : mais ceux qui pourroient préférer ces interprétations n’ont point remarqué, ce me semble, que le Faune de Protogène se tenoit debout , et qu’il
avoit en main des flûtes. Il faut donc nécessairement interpréter cette épithète comme se rapportant à l'action du Faune, et indiquant qu’il cessoit de jouer de la flûte, qu’il faisoit une pause. En effet, le satyre tient l'instrument rapproché de ses lèvres, mais il n’y souffle point pour en tirer des sons.
(2) Ovide de Arte amandi, 1. iij , v. 2q3.
Cumfieret lapis asper erat^ nunc nobile signum,
Nuda V mus madidas exprinùt imbre comas.
Pour la Vénus Anadyomène d’Apelle, qui étoit dans la même attitude, voyez l’Anthologie grecque, 1. iv, c. 12, p. 465 et 466 de l’éd. de Wechelius.
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