‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 47 sur 143 · PAR ANDRÉ DEL SARTO · texte numérisé non relu

PAR ANDRÉ DEL SARTO

A peine François I" fut-il monté sur le trône, qu’il s’efforça d’attirer à sa cour tous les hommes qui pouvoient l’honorer et l’embellir; philosophes, savans, poètes, architectes, sculpteurs, peintres, tous les talens avoient droit à sa protection et à sa bienveillance. Les rois de France sont les souverains qui ont attaché le plus de prix à ce genre de gloire, et qui ont donné aux arts comme aux lettres les marques de l’intérét le plus vif et le plus généreux. Cet intérêt ne s’est pas borné aux hommes distingués parmi leurs sujets; il s’est étendu au-delà des préjugés du temps, des rivalités nationales, et François L'en particulier se plaisoit à prodiguer aux grands hommes de tous les pays les témoignages de son estime. André del Sarto en fut comblé; appelé, vers l’an i5i8, à Paris, où il étoit déjà connu par plusieurs tableaux qu’il y avoit envoyés , il y fit d’abord le portrait du Dauphin qui venoit de naître, et y peignit ensuite cette Chanté qui, en ajoutant à sa réputation, lui valut de nouvelles faveurs du monarque (i). Ce tableau étoit peint sur bois, comme tous ceux d’André; les vers ne tardèrent pas à s’y mettre, ainsi qu’au portrait du Dauphin. Picault essaya de transporter celui-ci sur toile, et cet essai réussit si bien, que la même opération fut faite sur la Charité, que l’on exposa en lySo dans la galerie du Luxembourg, et qui, ainsi conservée, a passé du cabinet du roi dans le musée Napoléon.

Lomazzo regarde ce tableau comme un des chefs-d’œuvres de ce maître : le sujet convenoit à son génie, naturellement simple, doux et sensible; la manière dont il l’a conçu est d’accord avec ce que nous savons du caractère de ce génie. Une grande et belle femme assise, vêtue de draperies rouges et bleues, tient dans ses bras deux enfans nus; elle donne à téter à l’un , et le second lui montre , avec une joie enfantine , des noisettes qu’il vient de ramasser à ses pieds; un troisième enfant repose à côté d’elle, endormi sur un des pans de sa robe. La Charité ne les regarde pas, mais le doux recueillement de ses regards annonce qu’elle jouit profondément du bien qu’elle leur fait : il y a dans cette expression quelque chose de

(i) Voyez Vasari Vite de’ piu excellenti pittori, etc., t. ix, p. Trattato délia pittura, etc., 1. ii, c. t5.

). 63, édit, de Milan i8io, et Lomazzo

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