LA CHARITÉ
fort remarquable; le peintre n’j a point mis la tendresse d’une mère heureuse au milieu de ses eiifans; une sorte de gravité religieuse semble indiquer que la Charité remplit un devoir, et l’air de méditation qui s’allie dans ses traits au sentiment de satisfaction que donne un devoir rempli, fait croire qu’elle réfléchit à d’autres devoirs du même genre , à d’autres enfans qui ont besoin d’elle comme ceux qu’elle soulage, et aux moyens par lesquels elle pourra étendre sur eux sa bienfaisante influence. De là résulte, dans cette figure, une dignité sérieuse et calme qui, en complétant l’idée de la Charité, ajoute beaucoup à ce que son action a de touchant. On voit qu’André del Sarto a cherché à rendre, non-seulement cette action, mais le caractère tout entier de la Charité religieuse: la personnification ne montre qu’une femme nourrissant et soignant trois enfans; l’imagination du peintre a vu davantage; elle a saisi tous les sentimens qui dévoient occuper une âme vouée au pieux exercice d’un devoir sans bornes , et il a voulu que l’expression de la figure destinée à représenter, non une femme charitable, mais la Charité personnifiée, en rappelât le souvenir. Il y a réussi par le seul effet de l’expression , et sans charger son ouvrage de symboles et d’allégories. Ainsi procède le vrai talent; ses moyens sont simples; il les prend dans son sujet même, non dans des amplifications presque toujours froides, parce que leurs rapports avec ce sujet ne frappent point au premier coup-d’œil, et que, même quand on les a comprises, elles ne se lient pas au sentiment que l’ensemble doit inspirer.
La coiffure de la Charité est peu agréable ; les cheveux retroussés jusqu’à la racine n’ont point l’effet d’une belle chevelure, et nuisent même à la beauté du visage; cependant tous les traits de la Charité sont beaux, et la tête est la partie où la couleur s’est le mieux conservée : le cou est fort noirci; les draperies, distribuées à merveille et jetées à grands plis majestueux et souples, ont perdu un peu de leur éclat : les enfans sont beaux; celui qui tette a un air d’empressement et d’avidité qui indique le besoin qu’il avoit de ce secours; celui qui, avec une joie naiVe, présente à la Chante des noisettes, semble, par sa confiante gaieté, remercier sa bienfaitrice, et la pose de celui qui dort est pleine de naturel et de grâce. Quelques fruits semés aux pieds delà Charité sont ses seuls attributs, et un paysage bien exécuté remplit le fond du tableau , dont l’effet est aussi complet que la composition en est simple.
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