PAR PHILIPPE DE CHAMPAGNE
Philippe de Champagne, dans sa jeunesse, étudia beaucoup le paysage. L’opposition que mit d’abord son père à son goût pour le dessin l’obligea à se contenter pendant assez long-temps de maîtres fort médiocres et d études très-imparfaites. Le paysagiste Fouquières fut le premier peintre liabile de qui il reçut des conseils et des leçons ; Descamps assure que Champagne avoit si bien saisi la manière de cet artiste, que Fouquières, en retouchant légèrement les tableaux de son élève, les vit plusieurs fois confondre avec les siens (i). Pendant son premier séjour à Paris, Philippe fit connoissance avec Le Poussin, qui logeoit, ainsi que lui, dans le collège de Laon, et Le Poussin lui fit faire un paysage dont il fut charmé. Ayant ensuite renoncé à ce genre de peinture pour se vouer aux compositions historiques, Champagne ne l’abandonna cependant pas complètement: « De temps en temps, dit Félibien, il se divertissoit à faire des paysages (2). »
La Sainte Marie pénitente est sans doute le fruit d’un de ces momeiis de délassement : on retrouve dans le choix du sujet une nouvelle preuve de la piété de l’artiste , qui , non content d’avoir consacré presque exclusivement son talent à l’histoire sainte , ne voulut jamais mettre dans ses tableaux des figures nues, et refusa de faire le portrait d’une jeune fille qui entroit au couvent des Carmélites , parce qu’il falloir y travailler le dimanche. Un sentiment profond et vrai est une source féconde d’inventions et de beautés : c’est à la maladie de la fille aînée de Champagne , religieuse à Port-Royal, que nous devons son beau tableau des deux religieuses, dont rien ne surpasse la touchante vérité (5); et où auroit-il trouvé les deux ravissantes figures de S. Gervais et S. Protais apparoissant à S. Ambroise (4), si la douce ferveur d’une imagination religieuse ne lui eût en quelque sorte révélé les secrets du ciel? Cette imagination, s’exerçant toujours dans le même sens , faisoit sans doute préférer à
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(2) Félibien, Entretiens sur les vies et les ouvrages des Peintres, t. IV, p. 216.
(3) Exposé an Musée Napoléon sous le numéro 208.
(4) Exposé au Musée Napoléon sous le miméro 212.