‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 67 sur 143 · LE FAUNE A L’ENFANT · texte numérisé non relu

LE FAUNE A L’ENFANT

GROUPE (i).

Ce père des saljres, ce philosophe rustique, ce demi-dieu sauvage que la mjthologie nous dépeint comme le précepteur de Bacchus et le précurseur, pour ainsi dire , de la doctrine d’Épicure (2) , est représenté , dans ce groupe, appujé du bras gauche contre un ormeau qu’il tapisse de sa nébride, et autour duquel serpente une vigne. Il soutient dans ses bras l’enfant joyeux de Jupiter et de Séraélé, qui regarde son nourricier avec affection, et lève sa petite main pour le caresser. Ils sont l’un et l’autre couronnés de lierre, mais les formes de Silène, quoique plus nobles et plus sveltes que sur la plupart de ses images (3), laissent encore reconnoître dans le nez camus, dans les oreilles de chèvre et la petite queue qui se replie au-dessus des reins, ce mélange de natures que les fables asiatiques attribuoient à ce demi-dieu. Son front chauve semble déceler une habitude trop suivie des plaisirs des sens, plutôt que la décadence de l’àge. Ses veines et ses muscles sont, à la vérité, plus prononcés qu’ils ne le seroient sur le corps d’un jeune héros; mais la peau qui les couvre n’est nullement flétrie, et les articulations conservent tous les caractères de l’agilité et de la vigueur : sa vieillesse, en un mot, est celle qui peut convenir à un vieillard immortel (4).

(1) Ce groupe, haut d’un mètre quatre-vingt-dix centimètres (un peu moins de six pieds), est d’un marbre grec à petit grain, connu par les marbriers romains sous le nom de Grecketto. Ilètoit place à Rome, dans la villa Borghèse. On l’avoit trouvé, pendant le seizième siècle, dans l'ancien emplacement des jardins deSalluste(Aorf/3'fl//uj'/icm'), qui, du montQuirinal, s’étendoient jusqu’au Pincius (V. Flaminius Vacca, Memorie^ etc., n. 5g de l’édit. deM.Fea danssail/iVcellanea). Le beau cratère, dit le Vase Borghèse, fut découvert dans la même fouille. Le groupe que nous examinonsavoitbeaucoup souffert. Une partie des bras et du ventre, et quelques extrémités du pied droit delà figure principale, un bras et d’autres parties de celle de l’enfant.sont restaurés. Plusd’un endroitoù la surface étoit corrodée a été recouvert de stuc. Malgré ces dé-

gradations, on a toujours regardé ce groupe comme un des restes les plus précieux de la sculpture antique: on l’a coulé en bronze pour les Médicis 5 la gravure en est répétée en dillérens ouvrages.

(2) Sur Silène et sur les qualités qu’on lui attribue, le lecteur pourra consulterDiodore de Sicile,!. in,§. 71. etl. IV, §.4 j Elien, V. H. , 1. iii,c. 18; Euripide dans le Cyclopsj Virgile, écl. vi; Ovide, de Arte am., 1. 1, v. 548.

(3) Souvent Silène, dans les ouvrages de l’art, ainsi que chezlesécrivainsderanliquité, est représenté petit, gros, ventru. Voyez ce que j'ai observé à ce propos dans le MiiseoPio-Clementino, t. j, pl. 46 j et la belle statue couchée de Silène dans la villa Ludovisi , Montfaucon, A. E. , t. j, pl. 170.

('1) l'Iien, loco citalo.

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