‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 73 sur 143 · UNE FORÊT · texte numérisé non relu

UNE FORÊT

PAR RÜYSDAEL.

Le Tasse veut peindre une forêt redoutable ; elle est peuplée de démons ; les plus braves d’entre les chrétiens , Tancrède même , tenteront vainement d’y pénétrer ; cette gloire est réservée à Renaud : il faut saisir le lecteur de l’horreur du lieu, de la difficulté de l’entreprise. Que fait le poêle?

« Non loin des tentes chrétiennes, entre des vallées solitaires, s’élève une vaste forêt où se pressent de vieux arbres touffus et sombres qui répandent tout autour une ombre funeste : là, à l’heure où le soleil brille avec le plus d’éclat, règne une clarté incertaine, décolorée et lugubre, pareille à la douteuse lueur qui se montre sur le ciel chargé de nuages , lorsque la nuit se retire devant le jour, ou s’avance pour lui succéder.

« Mais lorsque le soleil disparoit,làs’étendentlanuit, l’épais brouillard, les ténèbres , et une horreur qui semble infernale, qui enveloppe les yeux d’une obscurité profonde, qui remplit le cœur d’épouvante. Le pâtre ni le bouvier n’y mènent jamais leurs brebis ou leurs bœufs chercher l’ombre ou le pâturage ; le voyageur n’y entre point, à moins d’être égaré dans sa route; mais il en passe bien loin, et la montre du doigt (i). »

Est-ce là la forêt de Ruysdael? cette forêt où s’élèvent à la vérité de grands arbres, où règne un calme profond, mais où arrive un jour qui l’éclaire sans en altérer la fraîcheur; où des allées naturelles, couvertes sans être sombres, au lieu d’éloigner le voyageur, l’invitent à la promenade, et lui offrent mille sentiers à parcourir, mille retraites délicieuses à découvrir; où l’ombre, au lieu de saisir le cœur d’épouvante, lui promet un doux repos; où le silence n’est point lugubre, où tout calme et rafraîchit l’ame? Que ces deux aspects sont différons! La forêt de Ruysdael n’est pas celle du Tasse.

Seroit-ce celle d’un autre poète non moins grand et non moins célèbre?

Ma quando parte il sol, qui tosto adombra Notte, niibe, caligine edorrore Cherassembra infernal, che gli occhi ingomhra Di cecità, ch’ impie di tema il core.

Ne qui gregge od armenti, a’ paschi, ail ombra. Guida bifolco mai, guida pastore :

Ne V entra peregrin, se non smarritoj Ma lunge passa c la dimostra a dito.

(Gerusalemme liberata,C. xüj.)

(i) Sorge non lunge aile cristiane tende Tra solitarie valli alta foresta, Foltissima di piante antiche, orrende Che spargon d’ogn’intorno ombra funesta.

Qui, nelVora che’l solpiù chiaro splende, È luce incerta e scolorita e mesta;

Quale in nubilo ciel dubbia si vede Sel di alla notte o s’ella a lui succédé.

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