‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 81 sur 143 · VUE DUN TORRENT · texte numérisé non relu

VUE DUN TORRENT

D’APRÈS J. RUISDAAL.

Comme Ruisdaal a placé, dans un grand nombre de paysages, des chutes d’eau et des torrens, on a voulu croire qu’il avoit pris plaisir à reproduire ainsi son nom, qui signifie, ruisseau tombant dans une vallée (i): il n’est pas impossible que cet insipide rapprochement se soit présenté une fois à 1 esprit du peintre; mais comment imaginer qu’un motif si frivole l’ait habituellement dirigé dans le choix de ses sujets et dans la composition de ses tableaux? C’est dans la nature meme du genre auquel il s’étoit consacré, et dans le caractère particulier de son talent, qu’il en faut chereher les véritables raisons. Ruisdaal, comme Berghem son ami, ne sortit jamais de la Hollande; son imagination ne s’enrichit point par le spectacle d’une multitude de sites variés et d’effets différens; il n’eut point occasion d’apprendre à combiner la nature forte, riche et un peu sombre des pays du nord avec la nature brillante, gracieuse et transparente des climats du midi ; peu habile d’ailleurs dans l’art de peindre la figure, il étoit privé par-là de l’un des plus puissans moyens de diversifier ses paysages par des scènes animées : réduit ainsi à un petit nombre de sujets, et craignant de tomber dans la monotonie et dans la froideur, il chercha à éviter cet inconvénient par l’emploi de l’eau et de tous les accidens auxquels elle donne lieu dans la nature; ces accidens sont si nombreux et si divers, que l’artiste en peut tirer mille ressources pour introduire de la variété dans des sites d’ailleurs assez semblables; un ruisseau, une cascade, un torrent, suffisent pour changer toute la disposition d’un paysage, et pour donner aux rochers, aux habitations, aux groupes d’arbres, des aspects tout différens; la lumière en reçoit une teinte plus diaphane et plus légère; les objets réfléchis dans les eaux se multiplient en quelque sorte, et se présentent sous des formes plus vagues. Que l’eau soit agitée, qu’elle tombe en chutes rapides et irrégulières, et à l’avantage de la variété s’ajoute celui du mouvement; un paysage coupé

(i) Descampsj Vie des Peintres flamands, etc. , t. III, p. 1 1 , édit, de 1671.

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