‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 85 sur 143 · EMPORTANT LA TÊTE D’HOLOPHERNE · texte numérisé non relu

EMPORTANT LA TÊTE D’HOLOPHERNE

PAR CHRISTOPHE ÂLLORI.

Christophe Allori, né à Florence en 1577 et mort en 1621 , étoit fils d’Alexandre Allori , et reçut de son père les premières leçons de son art. Mais Alexandre Allori , élève du Bronzino , appartenoit à cette école qui, après la mort de Michel Ange, sembloit s’être vouée à l’imitation des ouvrages et du style de ce grand maître : il étoit fort savant en anatomie , avoit de la verve , de l’expression , et manquoit de souplesse , d’harmonie et de couleur. A l’époque où son fils Christophe commençoit à pouvoir juger par lui-même, et chercher une manière qui lui fût propre, une révolution se préparoit dans l’école florentine. Louis Cigoli, Grégoire Pagani et Dominique de’ Passignani avoient vu quelques tableaux du Baroccio ; ce riche et suave empâtement de couleurs , ce faire moelleux les avoient charmés; ils se mirent à étudier dans les ouvrages de ce peintre, et plus encore dans ceux du Corrège, la science du coloris et du clair obscur , et abandonnèrent pour cette séduisante manière la vigueur un peu sèche des successeurs de Michel Ange. « S’ils se fussent appliqués , dit Lanzi , à donner aux formes quelque chose de l’élégance grecque, et un peu plus de finesse aux expressions, la réforme de la peinture, qui eut lieu en Italie vers cette même époque, appartiendroit à Florence autant qu’à Bologne (i). »

Christophe Allori se rangea du parti des réformateurs, et fut peutêtre le plus distingué de tous. « Quand je considère, dit Lanzi, la perfection à laquelle il parvint dans une vie assez courte, il me paroît le Cantarini de son école. Il lui ressemble par la beauté, la grâce, le fini des figures; seulement dans les ouvrages du Cantarini, il y a plus de beau idéal, et dans ceux de Christophe Allori, la couleur des chairs est plus heureuse. Ce qui le rend encore plus remarquable, c’est qu’il ne connut ni les Carrache, ni Le Guide; il suppléa à tout par un discernement plein de délicatesse et l’application la plus opiniâtre; jamais son pinceau ne quittoit la toile tant que sa main n’avoit pas fidèlement rendu ce qu’avoit conçu son esprit. (2). »

(1) Lanzi, Stor. pitt. délia Italia, 1. 1, p. 227.

(2) Ibid. p. 236.

Page 1