‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 88 sur 143 · PAR REMBRANDT · texte numérisé non relu

PAR REMBRANDT

Ce n’est pas seulement dans l’exécution, c’est aussi dans le choix et dans la conception des sujets que se retrouve le caractère particulier du talent des grands artistes. Rembrandt u eut consenti qu’avec peine à resserrer dans un paysage étroit et régulier la fécondité et l’énergie de son pinceau ; il devoit préférer une nature riche , variée et singulière qui donnât occasion à de hardis contrastes et à de brillans effets de lumière et de couleur. G est aussi dans cette intention qu’a été composé le paysage que nous décrivons; une grande étendue d’un terrain inégal et montueux, couvert de bois sombres distribués sur une multitude de plans, et coupé par une rivière qui coule entre des rives escarpées qu’unit un frêle pont en planches, établi sur de simples piliers faits de troncs d’arbres; c’étoit là ce qui convenoit à ce génie ardent qui méconnoissoit souvent les préceptes du beau, parceque toute règle lui paroissoit une gêne, et qui ne vouloit consulter que la nature , parceque la nature seule lui ouvroit un champ assez vaste et assez libre. R y auroit de l’ingratitude à reprocher à un homme aussi supérieur de n’avoir pas réuni tous les genres de supériorité. Si Rembrandt eût recherché le style noble, élevé et pur de Raphaël ou du Poussin, il n’eût pas été Rembrandt, et les arts auroient eu à regretter ces compositions originales et vigoureuses dont les défauts sont plus que rachetés par des beautés inimitables qui les font même oublier.

Tous les mérites de Rembrandt se retrouvent dans ce grand paysage, ébauche brillante et fière où l’énergie de la couleur fait ressortir les effets d’une lumière largement et savamment distribuée. Les premiers plans sont sombres; les sommités seules des objets sont frappées des rayons du soleil; sur les plans qui succèdent, ces rayons se versent avec tout leur éclat, et produisent à travers l’épaisseur des grands arbres placés sur la droite un contraste plein d’harmonie malgré sa hardiesse. La colline située à la gauche est garnie de pins, de mélèses et d’autres arbres moins élevés, plus clair-semés et moins touffus; aussi n’est-ce pas sur ce

PAYSAGE

point que le peintre a fait tomber et frapper le plus vivement la lumièie, il a senti qu’elle auroit d’autant plus d’effet, qu’elle arriveroit derrière et à travers des masses plus fortes et plus profondes. Au milieu d une végétation si riche et si variée , il n’a pas eu besoin de multiplier les figures ; elles sont jetées de loin en loin et comme au hasard dans l’immensité de cette nature un peu sauvage. Sur la droite, deux chasseurs causent ensemble; quelques bestiaux et un pâtre paroissent sur la lisière de la partie lumineuse; deux hommes sont arrêtés sur le pont; et, dans l’enfoncement à gauche, on entrevoit deux figures qui paroissent aussi deux chasseurs placés et s’entretenant comme les deux premiers. Les lointains, qui contiennent un grand nombre de plans, sont successivement sombres et éclairés d’après le même système et avec autant de bonheur. Partout, sur les devans comme dans les fonds, on reconnoit cette vigueur de pinceau qui donne à une ébauche plus d’éclat que n’en ont souvent des compositions soigneusement terminées.

Les paysages de Rembrandt, surtout d’une aussi grande dimension, sont assez rares.

Proportions.

Hauteur, S”"''”’ =

Largeur, i 62 =4 11

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