LA PROVIDENCE
rement sous la figure d’une déesse tenant un globe (i). Ce symbole, emprunté à l’astrologie judiciaire, est le globe céleste de la Parque Lachésis ( ) , sur lequel on supposoit tracées les destinées des
hommes et celles des nations, par la position et le mouvement des astres qui avoient présidé à la naissance des mortels, ou à la fondation des villes et des empires (2).
Le caractère majestueux de la tête et le genre de la coiffure ne conviendroient pas à la Muse Uranie, dont le globe céleste est aussi un attribut : l’un et l’autre conviennent parfaitement à la figure allégorique de la Providence.
Le style large mais un peu recherché de la draperie semble annoncer l’école grecque du temps des empereurs romains, époque à laquelle ou a répété sur tant de médailles et avec le même attribut l’image de cette divinité.
(i) L’autel de la Providence est représenté sur les médailles d’Auguste de moyen bronze (Morellius,
Thés, num., XII, priorum lmp. Augusti, t. 3o). Les frères Arvales faisoient des sacrifices sur cet autel (Marini, Atti degli Atvali, p. 80). Une statue .de la Providence a été dessinée d'après Poissard, dans le Ti-ésor àü Gruter,p. 1075, n°3; mais la main gaudie, qui devoit tenir le globe, étoit perdue. On peut voir dans le Dialogue IP d’Agostini les types de plusieurs médailles impériales qui représentent la Providence des dieux. Quelques sopliistes la confondoient avec Minerve, et reconnoissoient une A0nvœ Ilçôvoia, une Minerve Pronoea, ou Providence ( Pausanias , I. x, c. 8 ) : c’est ainsi qu’on avoit altéré l’épithète plus ancienne de Tlçovaicc {Pronaea) , prolemplaris, « Mi- H nerve devant le temple, « qu’on avoit donnée à cette
déesse parce qu elle etoit reverée a Delphes, avenues du temple d’Apollon (Hérodote, 1. xcu; AEschyle,Æ’i<7nenirf., V. 71 ). Une pierre antique gravée, que Winckelmann a publiée ( Monum ined. , n° 8t ), représente le buste du Nil comme un emblème de la Providence des dieux pour l’Égypte : c’est ce que donne à entendre l’inscription qu’on lit sur la même pierre, nPONOI.t. GEftN.
(a) Sallustius, de Diis et Mundo, c. 9. Voyez le Museo Pio-Clementino, t. IV, t. 34? p- 67. Ce globe est représenté rayonnant sur quelques médailles de Pertinax (Havercamp, Médailles de la reine Christine, pl.xxm), et interséqué du zodiaque sur quelques autres; preuves certaines que c’est le globe céleste , quoique le savant Eckhel ait soutenu le contraire (Z>.iV.,t.VlI,p. i44)-
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LA 3IAGICIENNE CIRCE,
PAR LE GÜERCHIN.
Jamais peintre n’eut plus de verve, de fécondité, de flexibilité que Jean François Barbiéri , dit Le Guerchin : ses fresques du dôme de Plaisance, de la Villa Ludovisi à Rome, du palais Zampieri à Bologne, lui ont valu une des premières places parmi ceux qui ont excellé en ce genre; elles sont même supérieures à ce qu’il a peint à l’huile. On a de lui deux cent cinquante tableaux , dont cent six tableaux d’autel , et cent quarante-quatre grandes compositions; et dans ce nombre ne sont point compris les portraits, les paysages, les madones, et les demi-figures. A Cento, sa ville natale, on ne peut faire un pas sans le rencontrer; les églises, les palais, les maisonsy sont pleins de ses ouvrages. Il changea trois fois de manière; et, si l’on découvre dans toutes le caractère particulier de son génie, on y voit en même temps une facilité, une souplesse de pinceau très-rares. « Sa première manière, dit Lanzi, est la moins connue; « elle est pleine d’ombres très-fortes, de lumières très-vives; les traits « du visage et les extrémités y sont moins soignés, les chairs plus jaui( nâtres, la couleur moins agréable que dans ses tableaux postérieurs ; c’est « dans le saint Guillaume qu’on voit à Bologne qu’il faut l’étudier (i). » S’étant lié ensuite avec Le Caravage, et porté par la nature même de son talent à ce genre de peinture hardi, chaud, toujours plein d’effet en dépit d’une sorte de trivialité, il s’y livra avec d’autant plus d’abandon, qu’il pouvoit ainsi laisser aller librement son imagination et son pinceau, sans s’arrêter à de longues méditations, à de laborieuses études: ses compositions furent animées, ses figures vivantes, ses chairs bien nourries, sa lumière concentrée et forte, ses expressions énergiques et vraies; il mérita alors le surnom de Magicien que lui ont donné depuis les Anglais (2).
Plus tard, voyant le succès de la grâce, de la fraîcheur, de la suavité du pinceau du Guide, il tenta d’en approcher, de donner à ses figures quelque chose de moins robuste et de plus léger, de varier davantage ses têtes, d’en rendre l’expression plus fine : ce fut sa troisième manière. On avoit appliqué aux deux artistes ce mot d’un ancien , que les figures
(1) Ij^nù^Slor.pitt. delV liai. t. V, p. 126.
(2) Algarotti, Ze«ere sopra lapiltura, t. VIII, p. i4*-