‹ Le Musée royal, ou, Recueil de gravures d'apres les plus beaux tableaux, statues et bas-reliefs de la collection royaleChapitre 93 sur 143 · UNE JEUNE FEMME ÉTUDIANT SUR LA MANDOLINE · texte numérisé non relu

UNE JEUNE FEMME ÉTUDIANT SUR LA MANDOLINE

voit alors à Munster; rambassadeur, surpris de la beauté de l’ouvrage, soupçonna (jue son peintre n’en étoit pas 1 auteur, et parvint à lui arraclier son secret, en lui promettant de ne pas le renvoyer pour le punir de son artifice; circonstance qui fournit une nouvelle preuve du genre de situation dans lequel se trouvoient souvent placés les artistes auprès des amateurs considérables qui les employoient. Le comte de Pigoranda s’attacha Terburg et l’emmena avec lui en Espagne; là, le talent de 1 artiste lui valut bientôt les plus grands succès, tant à la cour que dans le monde : mais des talents et des succès d’une autre sorte alarmèrent la jalousie espagnole; Terburg fut obligé de partir secrètement pour Londres, où sa réputation le mit en état d’augmenter sa fortune, déjà assez grande. Malgré le prix excessif de ses tableaux et de ses portraits, il ne pouvoit suffire à l’empressement des amateurs. D’Angleterre il passa en France, où il ne fut ni moins bien reçu, ni moins heureux, et doü, grâces à la facilité d’une société moins-soupçonneuse que la société espagnole, il ne s’éloigna que pour retourner dans sa patrie jouir du fruit de ses travaux et les continuer dans une honorable indépendance : il mourut à Deventer, en i68i, âgé de soixante-treize ans, et son corps fut enseveli à Zwoll, où il étoit né.

Le mérite et le genre des tableaux de Terburg sont connus et se retrouvent dans presque tous ses ouvrages. Comme il excelloit à peindre le satin blanc, il en a placé à peu près partout; c’est de satin blanc qu’est vêtue la jeune femme du tableau que nous décrivons; elle étudie un morceau de musique , et l’expression de la tête offre bien tous les caractères d’une étude attentive. Nous sommes portés à croire que cette tête est un portrait : elle est pleine de grâce , de vérité et de finesse ; la pose est simple et facile; l’accord le plus parfait règne entre la figure et les accessoires, coiffure, vêtemens, papiers de musique, qui sont peints avec une légèreté pleine d’harmonie ; aussi ce tableau passe-t-il à juste titre pour un des chefs-d’œuvres de cet artiste, l’un des plus gracieux et des plus élégans de l’école hollandaise.

Il est peint sur bois.

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PAYSAGE

D’APRÈS GLAÜBER.

On conçoit sans peine que les scènes domestiques et les tableaux d’intérieur occupent une grande place dans les écoles flamande et hollandaise; les habitudes et les occupations sédentaires, propres aux pays du nord, doivexrt souvent porter les yeux et l’imagination des peintres septentrionaux sur de pareils sujets; mais, par la meme raison, il peut paroitre singulier que le nord ait fourni la plus grande partie des payfsagistes ; qu’il ait même donné naissance, pour ainsi dire, au genre du paysage.

Les Flamands firent les premiers, du paysage, un genre à part qui ne s’introduisit en Italie que dans le courant du seizième siècle. Jusque-là, le paysage n’étoit employé que comme accessoire des tableaux d’histoire. Raphaël, le premier, avoit commencé à soigner cette partie de Fart, qui, même dans quelques-uns de ses ouvrages, est encore assez négligée; Le Titien donna au paysage une attention particulière ; Annibal Carrache y porta cette vérité qu’il ramenoit partout : mais ils n’en firent guère qu’une dépendance du sujet historique; et, après eux, ceux des grands peintres d’Italie qui s’adonnèrent spécialement au paysage, comme Salvator Rosa, y ont presque toujours uni un talent distingué pour la figure; il est rare que leurs paysages n’offrent pas quelques scènes, soit historiques, soit mythologiques, dont ils ont voulu ajouter l’intérêt à celui qu’inspire la vue d’une belle campagne ; comme nous le voyous dans les paysages du Poussin, que sa naissance donne à la France, mais dont les habitudes ont appartenu à l’Italie.

Les paysages flamands sont rarement ornés de scènes de ce genre; on en voit un assez grand nombre sans aucune figure; et la plupart n’offrent de créatures vivantes que des piâtres et leurs troupeaux, habitans naturels des champs , dont ils semblent à peine interrompre la tranquillité ; souvent encore ces accessoires sont l’ouvrage de quelque ami du paysagiste, celui-ci n’ayant pas osé se hasarder dans un genre qui n’avoit pas été l’objet de ses études. Claude Lorrain en usoit communément ainsi, et

PAYSAGE

l'aisoit bien; quand, par hasard, il se trouvoit dans un de ses paysages quelques figures de lui , il disoit à l’acheteur : « C’est le paysage que je « vends; les figures, je les donne par dessus le marché. »

Une végétation forte, d’épaisses forêts, des eaux abondantes, des sites plus sauvages et par conséquent plus pittoresques, ont dû naturellement porter l’attention des peintres du nord sur la représentation des objets inanimés; tandis que l’imagination des peintres du midi, moins frappée dé la nature cjui les environne que distraite par le brillant soleil dont ils la voient éclairée, s’est tournée vers des scènes plus animées : peu porté à la méditation et à la mélancolie, un habitant du midi s’arrêtera rarement à se pénétrer des sentimens que fait naître, chez l’hahitant du nord, la contemplation des scènes silencieuses de la nature. Le Tasse a peint, dans les jardins d’Armide, les prestiges de la magie, l’élégance de l’art, le mouvement des jeux et des plaisirs; c’est dans l’Éden de Milton que se trouvent la nature et la solitude.

Alais Milton étoit venu prendre ses couleurs en Italie : ainsi ont fait la plupart des peintres flamands. Glauber y passa plusieurs années ; on s’en aperçoit au ton de sa lumière, à la légèreté de ses masses, aux édifices dont il décore ses paysages, en môme temps cjue le fini un peu trop détaillé de ses arbres fait reconnoître le soin et la patience de l’artiste du nord.

Dans le paysage dont nous donnons ici la gravure, une rivière serpente au pied de quelques hauteurs qui s’élèvent en pente douce et occupent le fond du tableau. Sur le devant règne une chaussée couverte à droite et à gauche de grands arbres, derrière lesquels se perd la rivière, dont les eaux reparoissent cependant par un coin du tableau. A droite, entre la rivière et les hauteurs , on voit de loin un obélisque et quelques maisons bâties dans les ruines d’un ancien édifice.

Proportions.

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