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APPENDICES

FÊTES ET DIVERTISSEMENTS DES TRIBUS ARABES ET DES SOLDATS INDIGÈNES DANS LES CAMPS

Ismaël Bouderba, interprète militaire en Afrique, a relaté certaines fêtes arabes auxquelles il put assister : un point l’étonna particulièrement, la présence de l’Arlequin dans les bandes de masques qui parcouraient les tribus, la veille du jour de l’an.

« Le soir, vers les neuf heures, fatigué par les fortes chaleurs de la journée, je me laissais aller au sommeil quand je fus réveillé en sursaut par le bruit de nombreux éclats de rire et le pas de plu-

sieurs individus qui s’approchaient de ma tente. J’appelai mon domestique pour lui demander l’explication de tout ce tapage : Ce sont, me dit-il, les habitants du village qui fêlent Hilet-el-Adouray, la veille du nouvel an et viennent donner une représentation.

« Je savais déjà, par ouï-dire, que les gens du pays, pour fêter l’Achoura, organisaient une sorte de mascarade. Curieux de vérifier le fait, je leur envoyai une dizaine de francs et leur fis dire que je serais enchanté de les voir un moment; immédiatement la bande joyeuse se précipita devant la porte de ma tente, et la foule, parmi laquelle se trouvaient quelques individus armés de torches, forma un cercle autour des acteurs.

« Toute l’intrigue roule sur le thème suivant: un vieil Hadj (pèlerin), dont l’accoutrement ressemble à celui des misérables pèlerins du Maroc, a*pour épouse une femme jeune et jolie (c’est un jeune garçon qui remplit ce rôle). Il tâche de lui plaire en lui faisant toute espèce d’amabilités; parfois même ses gestes vont jusqu’à l’indécence. Malheureusement, son visage couvert d’une longue barbe blanche, faite d’une vieille peau de mouton, paraît déplaire singulièrement à sa chère moitié, qui, en revanche, éprouve un penchant très marqué pour un certain Arlequin, qui ne les quitte pas un instant et semble prendre plaisir à faire enrager le vieux bonhomme.

11 n’est de mauvaise niche qu’il n’essaye de lui faire.

« Quelques individus déguisés, qui en lions, qui en diablotins, forment le reste de la mascarade. Tous sont ligués contre le vieux mari. Enfin, comme dénouement inévitable, le malheureux perd sa femme que lui enlève l’Arlequin.

« Ce qui m’a le plus surpris, c’est de retrouver dans le fond du Sahara l’Arlequin avec son costume classique, son chapeau et sa batte. Le plus agile de la troupe est toujours choisi pour remplir ce rôle »

Il n’y aurait pas lieu de s’inquiéter de ce costume d’ Arlequin, apporté sans doute d’Alger par un zouave, épave dont la bigarrure ne correspond en quoi que ce soit aux peaux de moutons et de boucs dont aux jours de fête s’affublent les populations arabes à demi-civilisées, si quelque voyageur archéologue ne pouvait un jour regarder cette guenille multicolore comme archaïque. Un érudit ne constatait-il pas très récemment que l’air de Marlborough était resté dans les chants populaires de l’Egypte et que les refrains mironton ton ton mirontaine , importés par les soldats du général Bonaparte, étaient devenus dans la langue du pays mironah, mirontain 1 2.

1. Revue algérienne et coloniale. Décembre 1859. Paris, Hachette .

2. Y. Loret. Mémoire sur la littérature et la musique populaires dans la Haute-Égypte, envoyé à l' Académie des Inscriptions. Séance du 17 octobre 1885.

Dans d’autres campements, les soldats indigènes ont importé avec une sorte de Karakouche sauvage une série de scènes de styphalles et de phallophores qui ont un caractère de fêtes nocturnes antiques.

J’ai été mis sur la piste de ces curieuses représentations par M. Gourdaveaux, doyen de la faculté des lettres de Douai, grâce à une note de son intéressant livre d’esthétique sur le Comique et le rire dam la vie et dans l’art

Avec une extrême obligeance M. Gourdaveaux me mit en rapports avec son beau-fils qui, en qualité d’engagé volontaire dans un régiment de zouaves, ayant assisté à ces fêtes en 1870, voulut bien m’en donner une description

Avec la liberté d’un soldat qui sait mal farder la vérité, ifl

« II. est environ sept heures du soir, la nuit commence à descendre sur la terre ; les bruits du camp diminuent peu à peu, ainsi que çà et là les feux des bivouacs devant lesquels passe et repasse l’ombre du cuisinier chargé de confectionner le café; les longues lignes de tentes apparaissent blanches, semblables à des tombeaux : les marmites de ferblanc de l’administration réfléchissent la lumière d’une façon particulièrement pittoresque, et les sabres-baïonnettes des fusils croisés en faisceaux reluisent tour à tour à la clarté vacillante de la flamme, comme de petits feux follets aériens.

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