‹ Le musée secret de la caricatureChapitre 22 sur 50 · Cambry, Voyage dans le Finistère fait en 1794 et en · texte numérisé non relu

Cambry, Voyage dans le Finistère fait en 1794 et en

si favorable à la fécondité. Puisque la religion catholique a fait des saints des dieux du paganisme, Priape pouvait-il être oublié ? Le bois de cette cheville râpée était avalé par les femmes infécondes : elles concevaient au bout de quelque temps. Les méchants prétendaient que les moines voisins aidaient beaucoup à ce miracle : je n’en crois rien, » ajoute charitablement l’auteur.

« Dans les environs de Brest, à l’extrémité du vallon où coule la rivière de Penfel, était la chapelle du fameux saint Guignolé ou Guingalais. Ce saint, appelé Guinolé, Guignolé, Guignolet, Gunolo, Vennolé, Guingluais, Winwalocus, fut le premier abbé de Landevenec, en basse Bretagne, l’an 480. C’est sans doute le rapport qui existe entre son nom et le mot gignere , qui a valu à ce saint les attributs et les vertus de Priape. Son signe phallique consistait dans une longue cheville de bois qui traversait sa statue d’outre en outre et se montrait en avant d’une manière très saillante. Les dévotes du pays en agissaient avec saint Guignolé, comme celles du Puy

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avec saint Fontin, celles de Bourg-Dieu avec saint Guerlichon. Elles raclaient dévotement l’extrémité de cette cheville miraculeuse, et cette raclure, mêlée avec de l’eau, composait un puissant antidote contre la stérilité. Lorsque, par une cérémonie souvent répétée, cette cheville était usée, un coup de maillet donné par derrière le saint la faisait aussitôt ressortir en avant. Ainsi, toujours raclée, elle ne paraissait point diminuer : le coup de maillet faisait miracle 1 ».

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« Au fond du port de Brest, au-delà des fortifications, en remontant la rivière, il existait une petite chapelle, auprès d’une fontaine et d’un petit bois qui couvre la colline; dans cette chapelle était une statue en pierre honorée du nom de saint. Si la décence permettait de décrire Priape avec ses indécents attributs, je peindrais cette statue. Lorsque je l’ai vue, la chapelle était à moitié démolie et découverte, la statue en dehors, étendue par terre et

1. J. et D*** [Dulaure] : Des divinités génératrices ou du culte du phallus chez les anciens et les modernes. Paris, 1805. In-8.

sans être brisée; de sorte qu’elle existait en entier, et même avec des réparations modernes, qui me la firent paraître encore plus scandaleuse. Les femmes stériles, ou qui craignaient de l’être, allaient à cette statue; et, après avoir gratté ou raclé ce que je n’ose nommer, et bu cette poudre dans un verre d’eau de la fontaine, ces femmes s’en retournaient- avec l’espoir de devenir fertiles i. »

« On voit, près de Leuglay, le mont sur lequel est bâtie la chapelle de Saint-Phal, dont la fête est l’occasion d’une foire annuelle, la plus importante du pays, qui existe depuis la plus haute antiquité et corresrespond par sa tenue aux fêtes de Bacchus du printemps. Nous croyons que cette chapelle a été précédée par un temple à Bacchus, dans lequel on adorait le Phallus. S’il fallait produire des preuves de cette conjecture, nous rappellerions l’ornement principal des églises placées sous le vocable de Saint-

1. J. -B. Harmand : Anecdotes relatives à quelques personnes, etc., p. 90. Paris, 1814.

Phal, son analogie avec le Phallus antique, puis l’usage que l’on en fait le jour des noces dans certaines localités, enfin la proximité de Leuglay qui a hérité, à ce qu’il paraît des attributs de ce temple, car il n’y a pas longtemps encore les femmes stériles s’y rendaient en pèlerinage pour obtenir la fécondité1. »

« On sait d’ailleurs que le culte du Phallus a été général chez les peuples de l’antiquité, et qu’il s’est conservé dans la Gaule sous divers travestissements. Il suffit de rappeler le saint Fontin de Varages, en Provence, celui d’Embrun, celui de Poligny, celui de Gruas, près de Viviers, celui de Vendre, celui d’Auxerre, celui du Puy-en-Velay, celui de Gironet, où Anne d’Autriche, femme de Louis XIII, alla en pèlerinage; le saint Greluchon,, de Bourg-Dieu, diocèse de Bourges; le saint Gilles du pays de Cotentin, le saint René d’Anjou, le saint Guignolet, de Brest,

1. Leclère. Archéologie celto-romainz de l'arrondissement de Châtillon-sur-Seine. Paris, 1839. In-8°.

etc., etc. Le saint Phal, ou plutôt les bons saints de Leuglay avaient les mêmes vertus

« L’église de Bretenières, près de Dijon, est sous le vocable de Saint-Phal, dont la fête se célèbre le 16 mai

« A Gemeaux on voit encore, dans lai rue desô lai roiche , les attributs de la génération, gravés sur une vieille maison que la tradition dit avoir appartenu aux Templiers *. »

« Ce même saint Guignolet était honoré dans une chapelle du village de la Chatellette, commune d’Alichamp en Berri, canton de Saint- Amand (Cher). Là, les femmes stériles venaient faire des neuvaines, invoquaient le saint fécondateur, raclaient sa branche phallique, et la poussière qui en résultait, infusée dans du vin, était avalée par ces dévotes, en attendant le miracle. Le curé avait soin de pourvoir à ce que le

1. Sobriquets des villes et villages de la Côte-d'Or , recueillis 'par Clément Janin. Quatrième partie. Arrondissement de Châtillon. In-8°. 1878. Pages,47 et 48.

phallus, souvent raclé, se conservât toujours dans un état digne du grand saint Guignolet. Un archevêque de Bourges supprima le saint et interdit le curé auquel il était profitable; mais la dévotion des femmes stériles a continué jusqu’à la Révolution, comme l’assurait encore, en 1806, M. Pajonnet, savant antiquaire et curé d’Alichamp h »

« Il existe, dans la commune de Saint-Martin-de- Boscherville (Seine-Inférieure) , au hameau de Genetey, sur la lisière de la forêt de Roumare, une chapelle de Saint-Gorgon, qui est du xvie siècle, dépendant d’un manoir du xme. Cette chapelle est un lieu de pèlerinage, qui était naguère la cause d’une « assemblée » très fréquentée par la population rouennaise. On y mangeait force dindons, ce qui ne peut dater que du xvie siècle, au plus tôt ; mais on y vendait publiquement des représentations, en verre émaillé, des organes sexuels de

1. A. D. L 'Intermédiaire des chercheurs et curieux , 25 janvier

l’homme et de la femme, ce qui doit dater de beaucoup plus loin. Filles et garçons s’en paraient, en les suspendant à un ruban, et en ayant soin d’intervertir les sexes. Get usage a cessé depuis une quarantaine d’années environ.

« Les « Saint-Gordon », comme on appelait ces objets de verre, auxquels on n’attachait aucun prix jadis, sont devenus excessivement rares aujourd’hui, et si le Musée d’antiquités de la Seine-Inférieure en conserve, ce n’est que depuis peu.

« A Rouen, André Pottier, — à Paris, le graveur en médailles Depaulis et Sauvageot, — en possédaient. Nous ne savons ce qu’ils sont devenus à leur mort1. »

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