‹ Le musée secret de la caricatureChapitre 27 sur 50 · PROVERBES JAPONAIS · texte numérisé non relu

PROVERBES JAPONAIS

Il m’est arrivé, au cours de ces études relatives à des peuples dont les voyageurs ne faisaient connaître qu’imparfaitement les mœurs, de recourir à leurs proverbes ; le bon sens de la nation y est souvent condensé en peu de mots ; dans ces creusets s’est fondue la finesse d’une race.

Quel est le personnage le plus vivant du roman de Cervantes? Sancho. Il semble un confident de bas étage ; pourtant cet intarissable forgeur de proverbes prend par instant le dessus sur son maître de la Triste Figure, et en traits joyeux il fait connaître, peutêtre mieux que don Quichotte, la nature espagnole. Aussi le livre des Cent Proverbes japonais 1 sem-

1. Cent Proverbes japonais , par Françis Stèenackers et Tokunasuké. Paris, Leroux, 1886. Un vol. in-4°.

blait-il arriver à point au moment où l’art du pays de Nippon nous a indiqué des sources précieuses de documents que l’érudition en retard ne nous permet pas encore d’étudier dans d’utiles traductions.

Les proverbes, ces aphorismes de la sagesse populaire, sont, comme l’a très bien dit un jésuite, « des axiomes ou décrets de l’expérience populaire, généralement passés en usage comme une monnaie qui a cours sans contestation dans toute une contrée1. »

MM. Steenackers et Tokunasuké ne se sont pas tenus à la définition des proverbes, telle que la donnent nos dictionnaires ; ils ont recueilli tout ce qui est locution usuelle, tour de phrase particulier au peuple japonais, et voici, je crois, le motif qui a guidé les auteurs : l’imagerie, très développée au Japon, a pris parfois pour motifs de légendes les façons de parler des basses classes qu’on pourrait presque appeler proverbiales. Voulant relever leur ouvrage par le piquant de l’illustration, les auteurs ont commenté ces images et ces textes ; grâce à eux, on pénètre au fond de légendes et de dessins qui resteraient capricieux et incompréhensibles, sans leur interprétation.

J’en citerai certains exemples afin de bien faire comprendre la méthode des auteurs.

1. Quelque six mille Proverbes, par le P. Ch. Cahier, de la Compagnie de Jésus. Paris, Lanier, 1856, in-18.

Le premier est un véritable proverbe :

Une mauvaise action court mille ris.

C’est-à-dire : une mauvaise action court plus vite que le vent; elle parcourt mille lieues à la minute, malgré les soins que met son auteur à la cacher.

L’amour filial, le plus sacré des devoirs au Japon, a produit avec divers dessins la locution suivante :

Il y a des devoirs de trois branches chez les pigeons.

Dans le peuple, on prétend que les jeunes pigeons perchent trois branches plus bas que leurs parents pour leur témoigner le respect. (Voir dessin p. 191.)

Décoller des zetii1 est une observation de mœurs ^pnt on pourrait donner l’équivalent en français par couper un liard en quatre, car les avares ne manquent pas plus au Japon qu’en Europe. La passion de l’argent a été symbolisée par le peintre japonais à l’aide d’un trait harpagonesque ingénieusement trouvé. (Voir dessin page 177.)

Pendant que sa vieille femme décolle les zeni et d’un en fait cinq, un avare compte ses richesses et, pour ne pas user de lumière, il s’éclaire à la lueur de son ongle qu’il a allumé 1 Mais cette hyperbole comique poussée à l’extrême ne désarme

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