‹ Le musée secret de la caricatureChapitre 29 sur 50 · HOKOU-SAÏ : SES PRÉDÉCESSEURS, SES SUCCESSEURS · texte numérisé non relu

HOKOU-SAÏ : SES PRÉDÉCESSEURS, SES SUCCESSEURS

Quoique heureusement jusqu’ici les Japonais aient été privés d’académies et d’écoles des beaux-arts, une sorte de classement pour toute représentation de l’homme ou de la nature ne s’est pas moins imposé à ce peuple. Ce classement, qui répond peut-être plus à un besoin d’étiquetage méthodique qu’à des divisions hiérarchiques, ne place pas moins au sommet de l’art, de même qu’en Europe, les peintres religieux reproduisant les légendes du culte bouddhique, en dessous les peintres de scènes historiques, à un échelon inférieur les peintres de paysages, d’oiseaux, de fleurs, et tout au dernier degré ceux qui retracent les scènes de mœurs populaires et qui, froissés par le laid, qu’il ressorte des hautes ou des basses classes, promènent parfois un archet grinçant sur la chanterelle de la satire.

Ce n’est pas que le Japonais, de nature gaie, entre bien profondément dans la représentation du ridi-

cule. Sa malice est plutôt à fleur de peau; cependant, à s’en rapporter à M. Émile Guimet1 *, un prêtre bouddhiste du xme siècle donna l’exemple de ce manque de respect par le crayon : « Kakuu-Yu, dit le voyageur, entreprit de réformer les mœurs en se livrant à la caricature satirique. L’avarice des grands, la mauvaise administration étaient représentées par des allégories gaies, énergiques, saisissantes. »

Je n’ai pas vu les allégories satiriques de Kakuu- Yu ; aussi poserai-je prudemment le pied sur le terrain de l’art populaire des siècles passés.

Pour former trait d’union et quasi enchaînement avec les images dont j’essaie de donner un court historique, je note le renseignement suivant, dû à un voyageur français :

« Au xvie siècle, Ivassa se rendit célèbre dans le genre populaire, appelé Oukiyo-é , et, au siècle suivant, Hishi-Kava, continuant cette école, reproduisit les scènes de la vie ordinaire avec un tel succès que les éditions de ses œuvres se vendent encore dans les boutiques à bon marché. Il fut, en quelque sorte, le Teniers du Japon. »

Ainsi la satire, de même que la peinture des mœurs des classes populaires, aurait fourni des spécimens tout particuliers du xme au xvi9 siècle, et déjà des noms d’initiateurs seraient attachés à deux

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