‹ Le musée secret de la caricatureChapitre 30 sur 50 · Promenades japonaises, par Émile Guimet. Paris, Char · texte numérisé non relu

Promenades japonaises, par Émile Guimet. Paris, Char

pentier, 1880, in-4°.

branches d’art qui, tout indépendantes qu’elles paraissent, se rattachent à un même tronc.

Il était réservé au Paris d’il y a vingt-cinq ans de se prononcer plus nettement sur l’œuvre d’un maître capricieux, moins archaïque, que les artistes adoptèrent pour ainsi dire. Vers 1855, quelques peintres et poètes, toujours en quête de nouveautés, firent la fortune d’un magasin aussi bien fourni en étoffes et en bronzes japonais qu’en albums et en feuilles volantes aux colorations pleines de saveur. Il existera toujours dans le monde parisien un petit groupe de chercheurs d’imprévu, doués d’une vue qui pénètre plus loin que la vue de la foule. Ces hommes qui, suivant un mot du sculpteur Préault, trouvent des truffes sans être des porcs, imposent leurs jugements aux masses et, sans laisser de réputation, font la réputation des autres. De ce petit groupe s’échappa le rayonnement d’Hokou-Saï, un véritable artiste; d’autres, plus réservés, sourirent un peu en voyant l’admiration pour des cahiers de croquis auxquels, disaient-ils, à Tokio on n’attachait peut-être qu’une médiocre valeur. C’est qu’en effet il est parfois hyperbolique au début l’enthousiasme des membres du groupe que j’ai en vue; ils s’enrôlent facilement pour la croisade en faveur d’un homme, jusqu’à ce qu’ils en soient fatigués et l’abandonnent.

La série des divers albums d’Hokou-Saï, dont personne alors ne pouvait traduire les titres non plus

que les courtes et rares légendes, fut à cette époque étudiée par un esprit curieux des secrets de tous les arts, mon ami Frédéric Villot, qui dépensait sa fortune en études de toute nature, et jeune encore je fus initié à la campagne qui se préparait par la communication de romans japonais qu’un dilettante faisait traduire pour sa propre jouissance.

Ce sont ces coteries du Paris intellectuel qu’il faut connaître pour se tenir au courant des recherches ; là je puisai les premiers renseignements qui, répondant bien à mes goûts, me permirent de donner dès 1869, sur l’œuvre d’Hokou-Saï, quelques notes dont on me permettra de transcrire un extrait, car, quoique datés de près de vingt ans, mes sentiments ne se sont guère modifiés depuis lors.

« La plupart des vignettes japonaises reproduites dans ce volume, disais-je, sont tirées des cahiers de croquis d’un dessinateur merveilleux qui mourut, il y a environ cinquante ans, au Japon, laissant une grande quantité d’albums, dont la principale série, composée de quatorze cahiers, excita, lors de son introduction à Paris, une noble émulation parmi les artistes.

« Ce peintre, appelé Fo-Kou-Say, et qui est plus populaire sous le nom d’Hokou-Saï, a plus fait pour nous rendre facile la connaissance du Japon que les voyageurs et les professeurs de japonais qui ne savent pas le japonais. Grâce à l’art répandu à profusion dans ces cahiers, on a pu se rendre compte de

Proverbe japonais sur l’amour filial.

la civilisation japonaise et des facultés intellectuelles d’un peuple qui, loin de s’endormir dans la tradition du passé, comme les Chinois, marche résolument à la conquête des découvertes industrielles européennes.

« Ce n’est pas le moment de rendre sensibles ces généralités ; mais telle est la puissance de l’art qu’un simple cahier de croquis ouvre des horizons qu’il est difficile de ne pas signaler.

« Hokou-Saï fut un artiste profondément original, et, quoique certains de ses dessins paraissent offrir de la parenté avec quelques croquis de Goya, on peut affirmer que l’artiste japonais ne connaissait rien des richesses artistiques de l’Espagne, l’œuvre de l’auteur des Caprices étant, il y a cinquante ans, peu populaire en Europe et inconnu, même en France.

« Hokou-Saï trouva dans sa propre nature, dans les institutions de son pays, dans les mœurs et coutumes des habitants, dans la popularité que ses cahiers de croquis obtinrent, matière à exercer son génie, et plus qu’un autre j’ai été frappé de ce génie, à cause des études dont j’avais besoin pour mes travaux l. »

L’époque actuelle compte un certain nombre de très brillants écrivains qui veulent être admirés pour le précieux de leurs écrits. Ils se proclament

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