‹ Le muséum d'histoire naturelleChapitre 12 sur 100 · B.-A. CAP · texte numérisé non relu

B.-A. CAP

PHK.MIÈHK PAHTIK.

ALÜKOVA^I)

Ulyssr Aldkov am) en 1527. Un con-

temporain, Isaac Bullarl, (jui a i)ublii^ en 1582 de nombreuses biographies d’hommes illustres, s’exprime en ces termes sur son compte ;

« Si lu Grèce a vanté autrefois son Ulysse, l’Italie ne doit pas moins se gloritier do la naissance de celui-ci, qui, non content de l’honneur qu’il .avait de sortir des comtes d’Aldrovand, délibéra de rendre son nom recommandable à la postérité en lui découvrant dans ses doctes écrits toutes les merveilles qui paraissent sur le théâtre de runivers. Poussé de cette généreuse résolution, il fit de longs voyages pour remaripier la forme, les inclinations et les ([ualités des animaux et des plantes do charpie contrée : il perça jusqu’aux entrailles de la terre pour reconnaitn! la vertu des animaux, passa des yeux dans la région de l’air pour considérer tous les oiseaux qui y volent et y re.spirent, chercha dans l’océan et dans les rivières les |)oissons qui s'y nourrissent; puis, remontant de res])rit dans les deux, examina la constitution des astres et des météores avec leurs opérations différentes sur les cor|)s inférieurs . sans rien lai.sser échaiiper à sa connaissance de tout ce (jui pouvait servir à l’éclaircissement de la idiilosophie naturelle cl de la

médecine qu’il .avait entrepris irenseigner à Bologne. »

On voit d'ajirès ce panégyrique qu'Aldrovand •lut être do son temps un homme universel. S’il n’apporta pas dans ses travaux une méthode irréjirochable, il eut au moins un très-grand nuTite d'observation et d’infatigable patience.

Hetiré à Bologne, il s’occupa de mettre on ordre ses collections, les décrivit dans ses cours, et commença une immense publication à la(|uellc il associa comme graveurs Laurent Beimino de Florence, Cornille Suint de Francfort et (’.hrislophe Coriolan de Nuremberg qu'il j).aya de ses deniers jusiiu'à la fin de sa vie. Pendant la belle saison, il allait souvent .avec eux à une maison qu’il avait près de Bologne, et il leur faisait copier d’ajirès nature tout C(‘ (jui s’offrait à leurs regards et leur jiaraissail digue d’ètre rcjiroduil.

Le sénat de Bologne, le cardinal Montalte, François-.Marie duc d’Urbin et d’autres seigneurs italiens s’empressèrent de contribuer aux dépenses qu’occasionnaient des travaux si étendus.

Lntouré de si magnifKjues encouragements, ajirès avoir jmblié douze livres de l’iiistoire des oiseaux qu’il dédia au pajie Clément VIII, il remit jiar son testament toutes ses collections au

sénat do Bologne dans l'espoir qu’ajirès sa mort son ouvrage serait continué et ses collections ])réservécs de l’oubli. Son espérance fut réalisée; celte noble compagnie considérant le mérite (le l’ouvrage et la dernière volonté du testateur, alloua une somme considérable à Jean-Corneille Uterverius, de Delft on Hollande, et professeur de l’université de cette ville, et ù Thomas Dempster, gentilhomme écossais son collègue, pour assurer la publication et l’achèvement de l’ouvrage.

Celte encyclopédie d’histoire naturelle forma 13 volumes in-folio et fut réimprimée Francfort en 1310.

Aldrovand n’eut pas la joie de voir son ouvrage terminé. Ouatre volumes {(arurent seulement de | son vivant. j

Frappé de cécité, il mourut le i mai IGO-j. Agé de XO ans.

Le recueil des peintures, (jui ont servi d'originaux aux gravures de cet immense ouvrage, a été transporté ))endant la révolution au .Muséum d’histoire naturelle de Paris et fait partie des précieuses peintures conservées à la Bibliothèque.

Nous ferons remarquer qu'à cette époque éloignée, alors que l’étude de l’iiistoirc 'naturelle commentait à peine à naître en France, le sénat de Bologne ne balam.a pas à consacrer une somme immense à la publication de l’ouvrage

d’Aldrovand ; de ))areils encouragements sont honorables à la fois pour le gouvernement qui les accorde et les savants qui les reçoivent.

D'autres honneurs ne manquèrent pas à Aldrovand; le pape Urbain ^■IH célébra sa mémoire dans les vers suivants ;

Multipliées rerim formas quas ponlus et cether Exhibe!, et quidquid promit et abdit humus.

Mens haurit, speclant oculi, dim curxia sagaci, Acdrobaxde, tuus digerit arte liber.

Miratur proprios solers induslria fœtus,

Quamque tulit moli se negat esse parem.

Obslupet ipsa simul rerum fecunda creatrix,

El cupit esse suum quod videl artis opus.

« Les formes variées des choses, tout ce ([uc nous offrent la mer et les ])laines étln-récs, tout ce que nous montre la terre et tout ce qu’elle nous cache dans ses profondeurs, tout cela, l’es- })i’it le saisit, les yeux le voient, Aldrowand, dans ton livre, ingénieux assemblag(; de tant de merveilles. L’art admire son propre ouvrage, et se déclare inférieur à ce ([u’il vient de produire. La féconde création de toutes les choses est ellemême fra])pée d’étonnemenl, et, contemplant cette i)ro(luction de l’art, elle (;ij voudrait être appelée la mère. »

RÉAÜMUK

R K r .M i H (René-Antoine F k a c ii ,v u l t » k), ])hysicicn et naturaliste, né à La Rochelle eu 1683, mort en 1737, re(.-u à l’Académie des sciences dès 1708, à l’üge de 23 ans, et junidant cinquante ans porta ses recherches sur l’histoire naturelle, la physique générale et la technologie. Ses travaux sur la cémentation et radoucissement desj'ers fondus, sur la fabrication du fer-blanc, sur la porcelaine, sont au nombre des plus utiles et des ])lus beaux (juc puisse citer la science. On hii doit le thermomètre qui porte son nom et qui est divisé en quatrovingts degrés; il le lit connaître. en 1731. 11 contribua par son intluence plus encore que p*ar ses travaux à l’essor (pic prirent les sciences d’observation et d'application au XVIIl® siècle. Outre nombre de mémoires insérés dans le recueil de l’Académie dos sciences, on lui doit des Mémoires pour servir à l’histoire des insectes, 6 vol. in-4®. 1734-42.

G. Cuvier en parle en ces termes : « L’auteur (léi)loie au jdus liant degré, dans cet ouvrage, la sagacité dans l’observation et dans la découverte de tous ces instincts si complicjués et si constants dans chaciue espèce, qui maintiennent ces faibles

créatures. 11 |)i(pie sans cesse la curiosité par des détails nouveaux et singuliers. Son style est un peu diffus, mais d’une clarté qui rend tout sensible ; et les faits (ju’il rajiporle sont partout de la vérité la plus rigoureuse. Cet ouvrage se fait lire avec l’inlérèt du roman le plus attachant, .Malheureusement il n’est pas terminé, et le manuscrit du septième volume, laissé après la mort de l’auteur à l’Académie des sciences, s’est trouvé si on désordre et si incomplet qu’il a été impossible de le publier. Il devait y parler des grillons et des sauterelles, et les coléoptères auraient rempli le huitième et les suivants. Les six volumes qui ont paru traitent des autres ordres des insectes ailés. Dans les d(!ux |)remiers, il est question dos chenilles, de leurs formes, de leur genre de vie, de leurs métamorphoses en pa])ilIons, des insectes qui les attaquent, ou ejui vivent dans leur intérieur et tà leurs dépens. Le troisième roule sur ces petites chenilles nommées teignes, ou fausses teignes, (]ui habitent dans l’intérieur des substances qu’elles dévorent, on qui se font des étuis et des vêtements pour se mettre à l’abri : il contient aussi l’iiisloire si remarquable des [ni-

Page 1