PII KM 1 KH K PARTIE
animaux une l’orcc que l’on avait jusque-lit re- {çardi'e comme réservée aux plunles.
C’est en suivant les vues de Bonnet, que Spallanzani porta jusqu’il leur dernier terme les preuves de cette force, quand il lit reproduire au limaçon sa tôle avec sa langue, ses mâchoires et ses yeux ; et à la salamandre ses pattes avec tous leurs os, leurs muscles, leurs nerfs et leurs vaisseaux.
Cotte propriété mise en jeu dans les vers présenta à Bonnet plusieurs ))liénomènes de détails faits pour étonner. L’extrémité antérieure fendue donnait deux tôtes qui, ù peine formées, devenaient ennemies l'une de l’autre : lorsque l’on faisait trois tronçons, celui du milieu reitroduisail ordinairenuMit une tête en avant et une queue en arrie're. Mais il y avait aussi quelquefois une sorte d’erreur de la nature : le tronçon du milieu produisait deux queues, et, ne pouvant se nourrir, était condamné à une prompte destruction.
Il semblait qu’il fut de la destinée de Bonnet que les idées ou les essais incomplets des autres lui fissent faire de grandes découvertes et de beaux ouvrages, et en effet c’est moins en concevant des idées ingénieuses (pi’en poursuivant sans rclAche leur développement, que les grands génies ont marqué leur place. Le germe du calcul différentiel est dans Barrow, celui des forces centrales dans Iluygliens; et Newton n’en est pas moins l’honneur de l'esprit humain.
Quelques expériences pour faire végéter des arlmsles sans terreau, une conjecture de Calandrini sur l’objet de la différence entre les deux surfaces des fouilles dos arbres, firent entre])rendre ti Bonnet son Traité de l’usage des feuilles, l’un des livres les plus importants de physique végétale que le dix-huitième siècle ait produits.
Non-seulement il retrouva au plus haut degré dans les végétaux cette force de reproduction, par laquelle de chaque partie séparée d'un corps organi.sé, peut chafpie instant renaître le tout ; il lit principalement remarquer cette action mutuelle du végétal et dos éléments environnants, si bien calculée par la nature que, dans une multitude de circonstances, il send)le que la plante agisse pour sa conservation avec sensibilité et discernement.
Ainsi il vit les racines se détourner, se prolonger pour chercher la meilleure nonrrilure; les fouilles SC tordre (piand on leur présente l’humidité dans un sens différent du sens ordinaire, les branches se redresser ou se fléchir do diverses façons ])onr trouver l'air plus abondant ou plus pur ; toutes les parties de la j)l.ante se porter vers la lumière, queh]ue étroites que fussent les ouvertures par où elle j)énétrait. Il semblait que le végétal liittùt de sagacité et d'adresse avec l’observateur, et chacpic fois (juc celui-ci présentait un nouvel appât ou un nouvel obstacle, il voyait la plante se recourber d’une autre manière et toujours prendre la position la ])lus convenable à son bien-être.
Ces recherches sur les feuilles occupèrent Bon-
net pendant douze ans : elles forment son plus beau titre de gloire, par la logique sévère, par la sagacité délicate qui y brillent, et par la solidité lie leurs résultats.
Que do secrets aurait pu révéler encore, après un tel début, un esprit de cette trempe, si la nature lui eût laissé les forces physiques nécessaires ])Our l’observation. Mais ses yeux affaiblis par I usage du microscope lui refusèrent leur secours, et son esprit trop actif jiour supporter un repos absolu se jeta dans le champ de la philosophie spéculative. Dès lors ses ouvrages prirent un autre caractère, et il n’y traita jjlus ciue ces questions généiales agitées par les hommes depuis qu’ils ont le loisir de se livrer â la méditation, et qui les occuperont encore aussi longtenqis que le monde snbsistera.
Nous ne suivrons pas Ch. Bonnet sur ce nouveau terrain; nous nous contenterons de signaler ses Considérations sur les coi'ps organisés, dans lesquelles il s’étudia à soutenir la thèse de la préexistence des germes pour laquelle il trouva de puissants soutiens dans Spallanzani et Haller.
Dans un autre ouvrage général, sa Contemplation de la nature, Bonnet s’attacha â cette proposition de Leibnitz, que tout est lié dans l’univers, et que la nature ne fait point de saut; mais au lieu de la restreindre comme le philosophe allemand aux événements successifs et dans les rapports de causes et d’effets, ou du moins â l'action et à la réaction mutuelle des êtres simultanés, il rapjili- <|ua aussi aux formes de ces êtres, et aux gradations de leur nature physique et morale.
Cette échelle immense, commençant aux substances les plus simples et les plus brutes, s’élevant par des degrés infinis aux minéraux réguliers, aux idantes, aux zoophytes, aux insectes, aux animaux supérieurs, â l'hommi' enfin, et pailui aux intelligences célestes et se terminant dans le sein de la divinité; cette gradation régulièn' dans le perfectionnement des êtres, présentée avec le talent de Bonnet, formait un lalileau enchanteur qui dut gîigner beaucoup d’esprits et avoir beaucouj) de partisans.
rendant longtemps les naturalistes s’appliquèrent â remplir les vides que le défaut d’observations laissait encore, selon eux, dans cette échelle, et la découverte d’un chaînon de plus dans cotte immense série leur paraissait ce qu’ils pouvaient trouver de plus intéressant.
.Mais ([uel((ue agréable que cotte idée puisse paraître â l’imagination, il faut avouer que, prise dans cette acception et dans cette étendue, elle n’a rien de réel ; sans doute les êtres de certaines familles se ressemblent plus ou moins entre eux: sans doute il en est, dans quelques-unes, qui partagent certaines propriétés des familles voisines : la chauve-souris vole comme les oiseaux, le cygne nage comme les poissons: mais ce n’est ni au dernier quadrupède ni au premier oiseau que la chauve-souris ressemble le plus. Le dauphin
NOTrcEs msToniQi ES.
lierait les quadnipèiles aux poissons encore mieux ((uo le cvf'ne n’y ratlaclierail les oiseaux. Ainsi il y a il(>s rapports inultiiiliés. mais point de ligne uni(juo; eliaqnc <^lre est une partie ([ui exerce sur le tout uiu^ inlluenco déterminée, mais non pas un échelon qui y remplirait une place fixe.
Bonnet eut le' malheur de partager, avec d’antres hommes d(* mérite de son siècle, leur injuste mépris pour cet art ingénieux de distinguer les êtres par des marques certaines, que l’on jiroscrivait sous le nom do nomenclature. U ne songeait i>as que c’est en histoire naturelle la base nécessaire de toute autre recherche, et il ne soupçonnait pas que c’est le chemin de cet autre art, bien plus ]>rofond, de détcM-miner la nature intime des êtres, en établissant entre eux des rapports rationnels et constants.
Bonnet appartenait cette chasse d’écrivains habitués dans leurs écrits ê plaire l’imagination ])Our pénétrer jusqu’à la raison de leurs lecteurs, et sa Conlemplttüon de la nature en iiartieulier est aussi remarquable par l’agrément du style que par le nombre des faits qui y sont rassemblés et présentés sous les rapports les plus intéressants; c’est un des livres que l’on peut mettre avec le
plus d’avantage (Fans les mains des jeunes gens pour leur inspirer à la fois le goût de 1 étude et le respect jiour la l’rovidence.
Les autres ouvrages de Lh. Bonnet sont V Essai de psychologie et V Essai analytique sur tes facultés de rame, entin sa Palingénésie philosophique. Ses o-uvres comi)lêtes ont été recueillies à Neufehâtel en 1779, et fonnent 18 vol. in-S». Il conserva pendant un assez long temps ce calme de l'Ame dont ses écrits portent l’empreinte. 11 mourut heureux et honoré, A l’Age de soixante-treize ans, à la suite d’un affaiblissement graduel, le 20 mai
La ville de Genève, glorieuse d’avoir eu un tel citoyen, lui décerna des honneurs publics.
Après ses ouvrages, le monument qui lui fait le plus d’honneur, ce sont ces hommes mêmes (pie formèrent ses conseils et son ex('inple, et nous croyons ajouter un dernier trait au tableau de sa vie, en tra(,‘ant immédiatement A sa suite celle d’un neveu qui ne fut pas moins illustre, et qui, sans avoir jiorté ses idées sur un champ aussi étendu, a fait des pas jilus hardis et plus snj's dans la carrière plus étroite qu’il s’était tracée. G. Gcvinii.