‹ Le muséum d'histoire naturelleChapitre 15 sur 100 · DE SAUSSURE · texte numérisé non relu

DE SAUSSURE

Cuvier, qui a écrit l’éloge de DR S.msslhr, rend un éclatant hommage au génie de ce savant, qu’il appelle son maître et son guide. De Saussure a posé 1(‘ jiremier les basi's delà science géologique, et a rassembh* les matériaux nui devaient servir à construire le magnifique (idilice que Cuvi(M- a su si bien coordonner en immortalisant son nom.

Ilenri-Benedict de Saussure est né en 17 W, et est mort en 1799. 11 cultiva d’abord la botanûpie et fit d’ingénieuses observations sur l’écorce des feidlh'S. L’étude de la structure du globe l’ein- ! ])orta bient(’)t dans son esjirit sur celle de la i structure des planU's. « .l'ai toujours eu. dit-il ! dans un de ses ouvrages, une passion décidée pour les montagnes; je me rai»pelle encore le saisiss(?ment (pie j’éjirouvai la première fois que mes mains touchèrent les rochers du Salève et (jue mes yeux jouirent d(! ses points de vue. A l’Age de dix-huit ans. j’avais déjà parcouru plusieurs fois les montagnes les plus voisim's de G(!nève. .Mais ces montagni's ])cu élevées ne satist’aisai('nt (pi’imparfailement ma curiosité; je brûlais du désir de voir de pn's les llaut(.‘s-Al|)cs. Enfin, en 1700. j’allai seul et A pied visiter les glaciers de Chamouny peu fré(pientés alors, et dont l’accès passait meme pour difticile et dangereux. J’y retournai l’année suivante, et depuis lors je n’ai pas laissé passer une seule année sans

faire de grandes courses et niémie des voyages ])Our l’étude des montagnes. Dans cette espace de t(‘mps, j’ai traversé quatorze fois la chaîne entière des Alpes par huit passages différents; j’ai fait seize autres excursions jusqu’au centre de C('tte chaîne; j’ai jmreouru le Jura, les Vosges, les montagnes de la Suisse, de l’Auvergne, d’une partie de l’Allemagne, et celles de l’Angleterre, de l'ltali(\ de la Sicile et des îles adjacentes. J’ai fait tous Ces voyages, le marteau du mineur A la main, sans autre but (pie celui d’étudier l’histoire naturelle, gravissant sur toutes les sommités accessibles (pii me pronK'llaient quehpie observation intén'ssante. et (important foujours des (''cbantillons des mines et des roches, surfont de celles (pii m’avaient présenté quelque fait important pour la tluioric. afin de les revoir et d(: les étudier à loisir. »

Il n’avait pu encore gravir jusqu’A la cime du Mont-Blanc ipi’il voyait chaque jour de sa fenêtre. Dix fois il l'avait on quehiue sorte attaifiié par h's vallées qui y aboutissent ; il en avait fait le tour ; il l’avait examiné du sommet di;s montagnes voisines et l’avait toujours trouvé inaccessible, lorsipi'il apprit, le 18 août 1787, que deux habitants de Chamouny. en suivant le cliemin le plus direct, venaient (le s’élever la veille A cette cime qu’aucun mortel n’avait encore atteinte.

On peut juger de son empressement A suivre

PHKMikHK PAUTIE.

ir>4

leurs traces; le 19 août, il cHaild(:jà à Cliamoiiny, mais les pluies et les neiges l’arrèlèrent encore cette année. Ce ne fut (juc le 21 juillet 1788 (pi’il obtint enfin cet objet principal de scs vœux.

Accompagné d’un domesli(juc et de dix-huit guides ([u’cncouragéreiit ses promesses cl son exemple, après avoir monté pendant deux jours, et couché deux nuits au milieu des neiges; après avoir vu sous ses |)ieds d’horribles crevasses, et entendu rouler à ses côtés deux énormes avalanches, il arriva à la cime vers le milieu de la troisième journée.

Ses premiers regards, dit-il, se tournèrent vers Chamouny, d’où sa fimiille le suivait avec un télescope, et où il eut le plaisir de voir llolter un pavillon, signal convenu pour lui faire connaître (|u’on avait aperçu son arrivée, et (|ue les in- ([uiéludes sur son sort étaient au moins suspen- (lues. 11 se livra ensuite avec calme et j)endanl l)lusieurs heures aux expériences qu’il s’était proposées, quoiiiuc, à cette hauteur de 24,000 pieds, la rareté do l’air accélérât le pouls comme une

fièvre ardente et épuisât de fatigue au moindre mouvement, qu’une soif cruelle se fit sentir dans ces régions glacées, comme dans les sables de l’Afri(|ue, et que la neige, en ré[)crcutant la lumière, y éblouit et brûlât le visage ; on y retrouvait à la fois les inconvénients du pôle et du tropique, et de S:mssure, dans un voyage de qu(“l- ([ues lieues, bravait i)res(|ue autant de souffrances que s’il eût fait le tour du monde.

Riche de tant de trésors d’observations si péniblement aciiuises, de Saussure cul le courage de résister â la tentation de bâtir un système à lui. Cuvier a fait de cette particularité le trait principal de son éloge : il s’arrête â contem])ler cet homme qui, après de si longues méditations et de si grands travaux, se demande ce (|u’il a fait, ce qui lui reste à faire, et, qui trouvant la science encore bien pauvre en comparaison de ce qu’il lui faut ac(juérir encore, ne veut pas conclure et abandonne à scs successeurs le mérite de terminer son œuvre.

DE CANDOELE

L’année 1778, qui vit mourir Voltaire et J. -J. Rousseau, vit naître Augustin I’yramus uk C.VND0LI.E, à Genève, le 4 février, un mois après la mort de Linné, deux mois après la mort de Haller, trois mois après celle de Bernard de Jussieu.

Rapprochement singulier, et qui l’est d’autant plus, ((lie de Candollc semble s’ètrc imposé la tâche de continuer, et si l’on peut ainsi dire, de rendre à la botanique ces trois grands hommes. 11 disait lui-mème, en souriant, qu’il avait (lublié la Flore française pour imiter Haller, la Théorie élévumlaire de la botanique (lour être digne de Bernard de Jussieu, et le Système naturel des végétaux pour remplacer l’ouvrage de Linné.

11 SC livra d’abord à la littérature pour laquelle il avait un goût très-|»rononcé, et fil quelques vers qui obtinrent l’approbation de Florian, ami de son père; mais, â l’âge de seize ans, il donna une autre direction à ses études, et se livra exclusivement â rétiulc des sciences naturelles. A dix-huit ans, il vint à Paris, et a|)rès un séjour de cim; années, (lendant lesquelles il étudia à fond la botani(iue, il publia, à la prière de Desfontaines, son ihstoire des plantes grasses, qui commençti sa ré|mlation. Mais bientôt un travail d’un ordre ()lus élevé, et surtout d’un caractère plus original, vint marquer beaucoiq) mieux le rang qu’il devait (ircndre dans la science.

Il eut riieurcuse idée de s’occuper du sommeil des plantes. H s’assura d’abord que l’air n’éhiit pour rien dans ce (diénomène, car des plantes dormanlt'S plongées dans l’eau y passè-

rent du sommeil à la veille et de la veille au sommeil comme â l’ordinaire.

L’action de l’air étant exclue, restait celle de la lumière. Des plantes dormantes furent donc placées dans l’obscurité, et tour â tour soumises ou à l’action de cette obscurité même, où â l’action de la lumière. Or, en éclairant ces plantes pendant la nuit et en les laissant dans l’obscurité pendant le jour, M. de Candolle parvint à changer complètement les heures de leur veille et de leur sommeil; il vit les plantes diurnes s’épanouir le soir.

Aidé do la seule lumière artificielle, il avait coloré en vert les (liantes étiolées comme le fait le soleil, il avait cliangé les heures du sommeil et du réveil des plantes, il avait prouvé, et ceci est bien (ilus rcrnar((uable, que les (liantes ont des habitudes; car ce n’est (las tout de suite, ce n’est qu’au bout d’un certain tenqis qu’elles (lerdent leurs heures ordinaires pour en (irendre d’autres.

La vie des (liantes est donc un (ihénomène bien plus com(ili((ué, bien plus ra(i(iroché de la vie des animaux qu’on ne l’avait soupçonné encore; elles ont leur action, leurrc(ios, leur sommeil, leur veille, leurs habitudes.

Par ce rcman(uable travail, de Candolle venait de passer du rang d’élève â celui de maître; l’Académie, quoiqu’il n’eut encore que vingt-deux ans, l’inscrivait sur la liste de ses candidats : Adanson di.sait, en (larlant de lui, qu’il était dans les grands chemins de la science. Lamarck lui confiait la seconde édition de la Flore française,

\OTICKS III

cl Georges Cuvier le clioisissait pour sou suj)j)l(*ant à la chaire d’iiistoire naturelle du Collège de France.

Celte noble mission fut pour do Candollo le but et l’occasion de voyages nombreux et pleins de latigucs.

« La botanique, dit Fqntenelle, n’est pas une science sédentaire et paresseuse, qui se puisse acfptèrir dans le repos cl dans 1 ombre du cabinet. . . lillc veut (pic l'on coure les montagnes cl les forets, que l’on gravisse contre des rochers escarpés, (jue l’on s’expose au bord des précipices.»

Ce que Fontenclle écrivait iiourïoumcfort peut s’appliquer à de Candolle. La seule exploration des hautes régions des Alpes par ce botaniste |)rpuvc que l’enthousiasme de la science a une intrépidité qui ne le cède à aucune autre. Un jour, il veut gagner le Grand-Saint-Bcrnard par le col Sainl-llcmi, passage presque impraticable. Le col franchi, reste une jientc très-inclinée, fortement gelée, et qui se termine par un précipice. Les guides marchaient en avant, marquant les pas dans la neige avec leurs bâtons ferrés. Notre voyageur suivait en silence; tout à coup le pied lui manepie et, glissant avec une effroyable rapidité, il entend Ics^cris de détresse de scs guides qui ne peuvent lui porter aucun secours. Knfm, il apen,'oit une petite fente dans la glace; il y enfonce fortement son bâton, cl ce bâton l’am'lo. Aux cris de détresse succèdent des cris de joie; le jilus intrépide de scs guides vient â lui jiar un Igng détour, et lui Irai'anl un chemin dans la neige, le conduit dans un lieu sûr. « Ah! lui dit alors ce brave homme en l’embrassant, personne ne m'avait jamais donné autant d'inquiétude. »

La mort d’Adanson laissant une place vacante â rinslitut, de Candolle se présenta, mais l’alisot de Beauvois l’emporta. Cet échec fut très-sensible pour de Candolle, qui accepta la chaire de botanique ([ue lui offrait avec empressement la Faculté de .Montpellier.

La brusquerie de Cretet, alors ministre de l’intérieur, nous dévoile àquel point de Candolle était apprécié comme savant. De Candolle et Laplace se trouvaient chez le ministre, et Laplace, voulant exprimer jiar quchiucs paroles tlatleuses la haute estime qu’il portail â de Candolle, dit au ministre ;

« Monseigneur, vous nous jouez un mauvais tour; nous comptions avoir bientôt M. de Candolle â l’Institut. — Votre Institut! votre Institut! s’écrie -M. Cretet. — Eh quoi! répond Ltiplace tout étonné. — Savez-vous que j'ai envie quchpiefois de faire tirer un coup de canon sur votre Institut? Oui, Monsieur, un coup de canon pour en disperser les membres dans toute la France. N’estce pas une chose déplorable de voir toutes les lumières concentrées dans Paris, et les jirovinccs dans l'ignorance? .l’envoie M. de Candolle à .Montpellier pour y porter de l’activité. »

L’enseignement de de Candolle à Montpellier y ranima en effet toutes les éludes

Page 1