P.-J. REDOUTÉ
Cet heureux peintre des roses, qui a eu la fortune de passer sa vie au milini des merviulles tlorahîs de la nature, de les étudii'r et de les reproduire av('c un rare talent, a compté parmi scs admiratrices et ses élèves les augustes souveraines qui ont successivement occupé le tr(inc de France, et l’élite des femmes de notre temps, souveraines aussi par l’esprit, par la grâce et par la beauté.
11 était né à Saint-Hubert, pr/^s de Liège, en 1730. H appartenait à une famille d’artistes qui depuis plusieurs générations, cultivait lapeintur('. "\'an Huysum, Seghers, dont les tableaux excitaient vivement son admiration, élevèrent son esprit et le lirent vraiment peintre. 11 parcourut successivement la Flandre et la Hollande. Léger d’argent, l’artiste voyageur travaillait pourvivre. Après avoir passé plusieurs années à décorer les églises et les (diâteaux des productions de son facile et gracieux pinceau, il revint dans .sa ville natale, précédé d’une réputation (lui commençait à s’étendre. Son talent s’était fortifié ])ar l’étude des chefs-
d’(ruvre de la peinture ; recherché j)ar les personnages les i)lus manjuants, il eut un grand nombre de portraits à faire; mais cette réputation, resserrée dans un cercle assez étroit, ne i)Ouvait suffire au jeune peintre. Une ])rincesse, amie des arts, lui avait donné des lettres de recommandation. L’artiste insouciant s’avançait gaiement vers Paris, ne songeant (ju’à la gloire et oublieux des lettres qu’il portait; il les perdit on route, et, en arrivant, il n’avait plus |)our se recommander que son ])ropre talent ; il fallait trouver l’occasion do le produire. Heureusement elle lui fut offerte par son frère aîné, ([ui se distinguait à Paris dans la pointure de décors. Les scènes de la vie pastorale revenues à la mode se reproduisaient partout dans les ornements des appartements comme dans les décors de théâtre, on ne voyait que guirlandes de fleurs et corbeilles de roses. Le jeune Redouté travailla dans ce genre avec son frère. Il abandonna bientôt la peinture de décors qui lui gâtait la main , et se livra en-
NOTicKS iiisTonini i:s.
liôrcmcnl ù son clutlo de prôdiloclion. cl hicnlôl la richesse de sa louche , la vérild qui vivait dans les Heurs (jui sortaient de sa brosse (‘veillèrent l’attention de Gérard Van Spaendnuck, qui ra|)\)ola à l’aider dans l’exécution (les vélins du Muséum.
Un concours ouvert pour la coopération aux travaux du Muséum le lit monter au rang ([ui lui apparleuail. Enfin, en 1822. il succéda fi G érard Van Si)aendonck comme professeur d'lconogra|)hie au Muséum, et fut nommé chevalier de la Légion d'honneur.
Ses ouvrages sont connus de l’Europe entière; il suffit de citer : La Flork atl.vntiqce . de Desfoiüaines ; la Flore i>e Navarre, de BompUtnd; les Plantes rares uü jardin de Gels; les Plantes du jardin de la Malmaison; la Botanique de J. -J. Rousseau; la Famille des LiLiAcÉEs, et, enfin, laMoNooRAHiiE des roses.
Dans les premiers temps de son arrivée à Paris, Redouté avait été admis par Marie-Antoinette au Pelit-Trianon. La jeune et infortunée princesse avait encouragé Redouté , (jui faisait revivre dans scs dessins les belles fleurs que voyait éclore ce séjour enchanté préparé par les soins de Bernard de .lussieu. Il eut le privilège de faire sourire ces lèvres royales, pour lesquelles se préparaient diqà de si cruelles destinées.
Le goût prononcé de l’impératrice Joséphine pour les fleurs étrangères ajipela Redouté à la Malmaison. Une faveur constante accueillit ses travaux, et, la veille do sa mort, l’auguste jirin- ( esse trouva (mcore , au milieu de scs chagrins , de
douces et bicnveillantos paroles pour le peintre do scs fleurs bien aimées.
La reine des Français honora Redouté d’une protection toute sjiéciale; elle avait reçu de lui , en compagnie de .M™* Adélaïde, sa bellc-sanir, des leçons (f aquarelle; cdlc lui confia l’enseignement, cpii, pour les princesses ses filles, était un délassement et un plaisir. La jirincesse Marie aimait à se reposer des travaux de sa sculi»ture par la peinture de gracieuses aquarelles, où elle excellait à perpétuer ces belles fleurs, qui s’épanouissaient dans les serres du clulteau de Neuilly.
La reine des Belges appidait Redouté son bon maître. Colle excellente princesse, qui brillait par des qualités si éminentes, no jierdail aucune occasion de laisser à son cœur un libre champ pour la bienveillance. Au moment de quitter la France pour monter sur un trône où elle a laissé de si [irofonds et de si louchants regrets, elle consacra ses meilleurs loisirs à peindre un bouquet de fleurs choisies par elle et disposées de manière à former un ingénieux emblème, où le professeur trouvait un reconnaissant souvenir de son auguste élève.
Redouté cherchait surtout dans ses peintures la reproduction vraie de la nature, et il y réussissait souvent ; la finesse des tons, la transparence des demi-teintes, la fermeté et la vigueur de ses ombres, jointes ù une parfaite harmonie de coloris, rappelaient si parfaitement la nature, qu’on aurait pu êtn? souvent agréablement trompé, si l'élégance do la comjiosilion , qui ne lui faisait jamais défaut, n’avait trahi rimilateur.