‹ Le muséum d'histoire naturelleChapitre 23 sur 100 · PARTIE · texte numérisé non relu

PARTIE

bureaux du ministère, on formulait un refus sec et brutal, ipie M. de Réjmisat signa sans s’en aperce\oir. A. la lecture de cette rè)tonsc. Redouté fut si frap|»é de surprise et d'indignation, (pi’il se trouva mal et mourut deux jours après, le 19 juin 1840 »

DUMONT D’UIt VILLE

L’affreuse catastroplie ipii vint jeter un deuil général sur la France et plonger dans la désolation plus de deux cents familles, le 8 mai 1842, enleva à la marine de l’État l’un de ses meilleurs officiers et son plus glorieux explorateur.

Celui qui avait pendant trente ans bravé les tempêtes des mers les plus dangereuses , conquis les mers polaires et bien mérité do la |)atrie par ses services, par son courage , fut rayé en un insUmt du nombre des vivants, et la mort, qui l'avait respecté tant de fois, laissa à peine à ses fidèles compagnons et à un immense cortège de députations savantes, de ministres, d’amiraux, d’officiers de tous grades , accourus à cette douloureuse cérémonie , la consolation d’accompagner scs restes au dernier asile.

Jules-Sébastien-César Dumont d’Uuvilliî était né à Condé-sur-Noireau en 1790.

Nourri de la lecture des voyages d’Anson , de Cook et de Bougainville , sa vocation se révéla de bonne heure. En 1810, il se rendit il Toulon avec le grade d’aspirant de jiremière classe , obtenu à

la suite d’un brillant concours. En 1812, il fut nommé enseigne de vaisseau, et désigné jiour accompagner le capitaine Gautier dans sa ipiatriènu' exploration de l’archipel du Levant. Durant ce voyage, la gaharre la Chevretle, sur huiuelle avait lieu cette exjiédition , fit le tour entier des côtes du Pont-Euxin, promena le pavillon français du Rosphore de ïhrace au Bosphore cimmérien , et des bouches du Phase à celle de Pister, traversa plusieurs fois la Propontide, et termina son exploration au fond du golfe d’Argos.

Pendant une relâche sur la rade de Milo, un heureux hasard le conduisit vers l’endroit où un pauvre pAtre venait de découvrir la belle statue antique qui décore une des salles du Louvre de- ])uis une trentaine d’années. Il s’cmpressjt de rédiger une notice (pi’il adressa AM. le marquis de Rivière, notre ambassadeur à Constantinople; ce dernier donna l’ordre à .M. De Marcellus, son secrétaire d'ambassade, de se transporter sur les lieux pour acquérir A tout jirix la Vénus de .Milo, et cet inconqiarable chef-d’œuvre, racheté à un

NOTICES HISTOIUQÜES.

marchand arménien ijui s’en était cmj)aré , fut cédé au représentant de la France.

Le lieutenant Dumont d’ürville prit une part trés-activc à l'expédition de la Coquille, commandée par le lieutenant Duperrey, plus ancien en grade.

Promu au grade de capitaine de frégate, il reçut le commandement do l’Astrolabe, (pii avait quitté son nom do la Coquille pour prendre celui d’un des vaisseaux de l’infortuné La Peyrousc. La mission de rechercher les traces de ce dernier fut contiéo cette expédition.

V Astrolabe appareilla de Toulon le 2ü avril 182«. Le 14 juin, elle mouillait à Ténériffe. En ciuittant les Canaries, la corvette se dirigea sur l’Australie, et navigua pendant cinquimle jours au milieu d’une mer où la tempête ne cessait que pour se reproduire avec plus de fureur. « Il faut s’ être trouvé dans de pareilles positions, disait le commandant dans son rapport à l’Institut, pour en sentir toute l’ amertume. Je ne crains pas d’exagérer en affirmant que, durant celte seule traversée, nous avions déjà essuyé deux fois plus de fatigues et de mauvais temps que la Cocpiille dans tout le cours de sa navigation. »

lé Astrolabe passa entre les îles d’.Vmsterdam et Saint-Paul au nfilieu de la tourmente, et parcourut plus de trois mille lieues marines sans toucher nulle part. Le port du roi Georges, sur le continent australien, fut sa première relAche. Après en avoir levé le plan, ainsi ((ue celui de deux havres voisins, d’L'rville remet sous voile, traverse 1<! détroit de Bass, fixe la i>osition des écueils redoutés du Crocodile, douhle le cap llorn, et prolonge la côte de l’Australie jusqu’au port Jackson, d’où il se dirige vers la Nouvelle-Zélande.

Deux mois sont employés au relèvement de cette grande terre ; un tracé de quatre cents lieues de (;ôtes, la position rigoureuse de baies , d’iles, de canaux, qu’aucun navigateur n’avait encore xisités en détail, furent les résultats de stations géograj)hiques répétées jusrju’à trois et quatre fois par jour.

Eu quittant la Nouvelle-Zélande, l’expédition fit voile pour Tonga-Tabou, et faillit i)érir sur les récifs ipii bordent le canal oriental de cette lie. Puis, traversant les îles Viti, le groupe des Loyalty , il se dirigea sur la Nouvelle-Bretagne , et parcourut ensuite la cûm de la Nouvelle-Guinée sur une étendue de trois cent cinquante lieues.

Après une relâche à Amboine, il remet sous voile pour recommencer une autre série d’observations sur la côte de la Tasmanie. Mais les renseignements <(u’il acquit à Hobart-Town sur le lieu du naufrage de La Peyrousc le déterminèrent à rei)rendrc la mer, et une navigation de quarantecinq jours â travers des archipels qu’il avait déjà parcourus, le conduisit à Vani-Koro. C’était sur des rochers de coraux, à trois ou quatre brasses de profondeur, ipie gisaient depuis (piaranle ans les restes du grand naufrage : des ancres, des

canons, des boulets et quelques ustensiles en cuivre et en fer, corrodés par la rouille et recouverts du ciment calcaire qui les pétrifie. Ces tristes débris, d’Urville les recueillit religieusement pour les rapporter en France; il éleva un modeste monument sur les récifs de .Mangadée, et, après l’inauguration du pieux cénotaphe, l’Astrolabe de d’Urville, plus heureuse que sa devancière, franchit les dangereux écueils où elle s’était engagée, et gagna la haute mer.

Traversant l’archipel des îles Carolines, il arrive à Guam, puis sur la côte de la Nouvelle- Guinée, et, reprenant sa route par la mer des Indes, iiour se rapprocher du cap de Bonne- Espérance, il opéra son retour en France le 2o mars 1828 , après un voyage de vingt-trois mois.

M. Ilydc de Neuville, ministre de la marine, ordonna la publication de l’ouvrage destiné à faire connaître les détails de ce b('au voyage; et ce travail important fut accompli en moins do quatre mois.

D’ürville fut nommé capitaine de vaisseau.

Bar une singulière coïncidence, ce fut lui, qui, en 1814, avait été chercher à Balerme les mond)res de la branclu! (uidette des Bourbons, (pii fut chargé, en 1830, de conduire en Angleterre Gharles X et sa famille. Il sut, dans cette circonstance délicate, remplir sa mission de la manièn! la plus digne, en conciliant scs devoirs avec les ('•gards dus à une grande infortune.

Un noiiv(‘au voyage vint fournir à d’ürville l’o(icasion de rendre dos services éminents à la science. Une expc'dition fut jiréparée pour ex|»lorer les mers antarctiques et se rapprocher du jiôle.

Le 12 décembre 1837, l’Astrolabe et la Zélée, trois mois après avoir (piitté la Franco , abordaient les terres magellaniques, puis s’avançaient vers la froide région du pôle. Des parties solidc's , vaguement indhpiées dans ces latitudes australes, furent reconnues et déterminées, la carte en fixa la jiosition, et le pavillon national salua, à plus de trois mille lieues de la France, les terres de Louis- Philippe et de Joinville.

Le 7 avril 1838, les deux bâtiments relâchenlau Chili , et reparlent bientôt de Valparaiso ])Our visiter l’Océanie, après avoir parcouru les divers archipels. Ils arrivent à Hobart-Town. D’Urville sait qu’entre le 120e et le 160® méridien aucun navigateur n’a encore pénétré au delà du Îi9e parallèle , cl que deux expéditions étrangères sillonnent les jners australes. D(‘jà il a coupé la route que suivit Cook en 1773, et il s’est élancé dans des parages où son pavillon brille le ])remier. Bientôt il touche au cercle antarctique, et navigue en vue des banquises. D’étranges perturbations dans la boussole signalent les apjmoches du ))ôle magnétique : l’observation solaire marque (iO" 30' de latitude sud ; tout à couj» dos indices de terre frappent tous h?s regards, des rochers solides se . décèlent sous l’enveloppe déglace qui les couvre;

PREMIÈIU-:

qucl(jues Ilots Itordont ccs promontoires avancés, et les emlwrcations qu'on y envoie en rapportent (les échantillons (pii constatent la nature (le (‘cite terre graniti(jue. Cette terre est nonunée AdiHio, j)Our perpétuer le souvenir de la conqiagnc dévouée ([ui avait su j)ar trois fois consentir ù une longue et pénild(> séparation pour laisser accomcoinjdir par son mari ces glorieuses entreprises.

Le G novembre 18'tO, les deux corvettes rentrent il Toulon , après une absence de trente-huit mois.

Le brevet (h( contrc'-amiral fut expédié à Dumont d'Urville; le ministre ordonna la publication (lu voyage au pôle sud, et les Chambres, en votant

PA IITJE.

sans discussion les annuités demandées, donnèrent fl cet acte un caractère national. Les savants se portèrent en foule l’orangerie du Muséum d'histoire naturelle, envahie par deux chargements de collections ; ils y admiraient surtout la Ixdle sérii* chîs types moulés sur le vivant , et destinés pour le cabinet anthropologiipie.

L(! dépôt d(! la marine re(,’ul prescpie le comphhnent de l'hydrographii* du globe ; soixantetreize caries et (piaranle.-dcux jdans levés ])endanl la campagne, et, jiarmi ces précieux mah’riaux ligurait l'intéressante carlogra))hie de l'Océanie, de C(ïtte i(^gion iiolynésienue . où llolle aujourd'hui le drapeau fran(,-ais. L. C.

l!IlîUO?<

Gabriel Bibron, dont la science erpélologiquc déplore encore la perle, était fils d’un d(*s i)lus anciens employés du Muséum d’histoire naturelle. Sa famille, à ‘défaut de fortune, lui donna une éducation libérale, dont il profila dans les voyages successifs (pi’il fil eu Italie, en Angleterre (?l en Hollande. 11 s’exprimait avec facilite en plusieurs langues, et jniisait dans h's ouvrages (ju il pouvait traduire une solide instruction.

Dès l'àgc do dix-huit ans, étant attaché déjà comme élève aux laboratoires de la zoologie, h'S professeurs du IMuséum, témoins de sou ardeur et de sa capacité rautorisèrcnl à faire un voyage eu Italie. H y resta près de ipiinze mois, pendant

lesquels il se livra avec tant de zèle à la recherche et à l’observation , qu’il y recueillit un très-grand nombre d'oiseaux, de poissons et d'autres animaux, (pii ont pris place dans les galeries du Muséum, dont ils font rornenient par leur belle conservation, et surtout par des notes inlére.ssanles sur les munirs cl les habitudes di'S espèces (pi’il a 1)11 observer. Le résultat de celle précieuse excursion fut si utile à rétablissement , (pi’il détermina les professeurs à solliciter, (piehpies années après, une autorisation du gouvernement pour faire retourner Bibron , comme voyageur naturaliste, dans les mêmes contrées, au lieu de le faire adjoindre, comme on le demandait, à

\OTfCES lir

rcxpédilion île Morde, qui se projelail alors, et ce second voyage ne fut pas moins utile aux progrès do la zoologie. En 1832, llibron fui adjoint à M. le professeur Duindril comme aide naturalisle pour la chaire do riiisloiro nalurellc des reptiles et des poissons. Dès l'année suivante, l’illustre et vénérable professeur se plaisait à déclarer, dans la j)réface de son grand ouvrage sur riiistoire naturelle des reptiles, qu’ayant besoin d’èlre aidé dans les recberches immenses et consciencieuses ([ue ce travail exigeait pour la détermination et le classement de toutes les esjièces , il avait choisi Bibron pour son collaborateur.

Le talent de Bibron pour l’observation, son zèle, sa patience et son érudition étaient tellement appréciés des naturalistes scs contemporains, que les membres de la section d’anatomie de zoologie de l'Institut de France jilacèrcnl son nom sur la liste des savants qu’ils proposaient l’Académie des sciences pour remplir une place vacante dans son sein peu de temps avant sa mort. Les mêmes sentiments avaient appelé Bibron au sein de la société philomatique, et l’avaient affilié jilusicurs Académies nationales et étrangères.

STORIQLES.

Le gouvernement, s’associant à ces témoignages de confiance, l’avait nommé chevalier de la Légion d’honneur, et l’avait appelé à une chaire d'histoire naturelle, dans laquelle il professait, avec un grand succès, au collège municipal ïurgot.

Indépendamment do sa collaboration à l’erpétologie générale, Bibron aida de ses savantes observations i)lusiours recueils scientifiques ; et parmi les différentes relations de voyage auxquelles il a prêté son habile concours, nulle n’est plus digne d’éloges que l’iiistoire de Cuba, où il a si dignement achevé l’œuvre de son ami Cocteau, frappé ))ar une mort prématurée.

Biliron est mort à l’Age de quarante-deux ans le 27 mars 1848, aux eaux de Saint-Alban (Loire), loin des amis nombreux que sa loyauté et son excellent caractère lui avaientacquis et conservés.

Ses dépouilles mortelles furent rapportées A Paris, etM. le professeur Duméril, dans une allocution simple et touchante, rappela tous les litres de Bibron A l'estime des savants, et tous les regrets qu’avait excités la mort si malheureuse de celui qu’il s’honorait d’appeler son collaborateur cl son ami p, LL

Aunrnox est le héros de l'ornithologie; Audubon est le peintre et riiislorien des Oiseaux ; jamais vocation de naturaliste ne fut plus manifeste et mieux remplie que la sienne; pas même celle de François Levaillanl. Parmi tous les sa-

vants, dont nous vous avons parlé avec adoration, en traitant de la botanique, Sébastien Vaillant seul pourrait, comme homme d’action , être comparé A Audubon : il était amoureux des plantes, explorateur infatigable cl professeur éloquent; mais

PnKMlÈnK PA H TI E,

il ignorait l’art du dessin, et cette lacune dans ses moyens d’expression, qui le rendit tributaire d’un crayon dlranger, empoisonna les derniers instants de sa vie, en l'inquiétant sur l’avenir de son œuvre. Audubon, naturaliste conqjlct, se suffit à lui-méme : observateur, iconographe, écrivain, il étudia toute sa vie les formes et les mœurs des oiseaux. Son pinceau fidèle nous a transmis les unes, et sa plume a su décrire admirablement les autres. Ce n’est plus M. le comte de Huffon, rasé, coiffé, poudré, Icjabot étalé sur la poitrine et l’épée au côté, s’asseyant i\ son bureau, s’indignant de sang-froid contre le tigre, et, de sa main couronnée d’une manchette de dentelle, adressanlà lapostérité les lignes harmonieuses que voici : « Le tigre n’a « pour instinct qu’une rage constante, une fureur « aveugle qui ne connaît, qui ne distingue rien , « et qui lui fait souvent dévorer ses propres en- « fants, et déchirer leur mère lorsqu’elle veut « les défendre. Que ne l’eût-il à l’excès cette « soif de son sang, et ne i)ût-il l’éteindre qu’en « détniisant, dès leur naissance , la race entière « des monstres qu’il produitlü » — Tel n’est pas le sauvage Audubon. C’est l’homme des bois à la chevelure longue et flottante, aux traits fortement exprimés, i\ l’œil ardent et mobile, portant en sautoir un fusil et une gibecière, et dessinant debout, en plein vent, ses oiseaux chéris, dont il saisit au vol les évolutions rapides et les attitudes capricieuses. Commensal fidèle de ceux dont il s’est fait l’iiislorien; il les étudie le soir, et passe la nuit au pied de l’arbre qui les abrite, pour les étudier le matin , en attendant qu’il puisse , sous queUpie vaste hutte hospitalière , tracer leur biographie dans un style qui causerait à Huffon des déplaisirs mortels. En voulez-vous un échantillon? Écoutez-le raconter les premiè.'’os impressions de son enfance, qui décidèrent sa vocation d’ornithologiste.

« J’ai reçu, dit-il, la vie et la lumière dans le nouveau monde , en 1780 ; mes aïeux étaient Français et ])rolestants. Avant que j’eusse des amis, les objets de la nature matérielle fraj)pèrent mon attention et émurent mon cœur. Avant de connaître et de sentir les rapports de l’homme avec ses semblables, je connus et je sentis les rapports do l’homme avec les êtres inanimés. On me montrait la Heur, l’arbre, le gazon, et nonseulement je m’en amusais , comme font les autres enfants, mais je m’attachais à eux. Ce n’étaient pas mes jouets; c’étaient mes camarades. Dans mon ignorance, je leur prêtais une vio supérieure à la mienne, et mon respect , mon amour pour ces objets insensibles datent d’une épotjue si éloignée, que je ne puis me la rappeler. C’est une singularité trop curieuse pour être passée sous silence; elle a influé sur toutes mes idées , sur tous mes sentiments. Je répétais ù peine les premiers mots qu’un enfant bégaye , et qui font tressaillir le cœur de sa mère; je pouvais i\ peine me soutenir sur mes pieds, et déjà, les teintes

variées du feuillage, la nuance profonde du ciel azuré, me pénétraient d’une joie enfantine; mon intimité commençait à se former avec cette nature , (jue j’ai tant aimée, et qui m’a payé mon culte |)ar do si vives jouissances : intimité (pii ne s’est jamais interrompue ni affaiblie, et cpii ne cessera (|ue devant mon tombeau. »

En passant do la première à la seconde enfance. Audubon sentit se développer dans son âme le besoin do converser avec la nature jihysique, qu’il avait éprouvé dès le berceau. Quand il ne pouvait s’enfoncer dans les forêts , ou grimper sur les rochers, ou parcourir les rivages de la mer, il lui semblait ipi’il n’était pas chez lui; et, pour transporter la campagne dans sa maison , il peuplait sa chambre d’oiseaux. Son père, bomme à l’àme poétique et religieuse, se prêtait complaisamment aux goûts do son unique enfant, fournissait à toutes les dépenses qu’ils entraînaient, et dirigeait lui-même son fils dans l’élude des oiseaux, de leurs migrations, de leurs amours, de leurs gestes et de leur langage. A dix ans, Audubon , qui aurait voulu s’approprier la nature entière , et qui voyait avec désespoir que les oiseaux empaillés ne pouvaient conserver l’éclat de leurs couleurs et la beauté de leurs formes, entreprit de les dessiner; mais ses premiers essais furent malheureux : sou crayon donna naissance à des myriades de monstres , qui resseinblaienl à des quadrupèdes et des ])oissons, tout aussi bien (ju’à des oiseaux; ce premier revers ne le découragea pas ; plus les oiseaux étaient mal dessinés, plus les originaux lui semblaient admirables. Cependant, tout en traçant ces informes ébauches, il étudiait l’ornithologie comparée dans ses plus minutieux détails. Son père, loin de contrarier son penchant pour la peinture, l’envoya à Paris; il y étudia les principes du dessin , sous la direction du célèbre Davitl. Hientôt il se lassa des nez, des bouches et des têtes de chevaux , et retourna dans ses forêts , où il reprit ses études favorites avec plus d’ardeur qu’auparavant.

Peu après son arrivée en Amérique, il devint époux et ])ère, mtiis il fut avant tout naturaliste , malgré les représentations de ses amis. Sa fortune subit de notables diminutions : son enthousiasme ornithologique s’accrut d’autant : il rêvait depuis longtemps la conquête des vieilles forêts du continent américain; il entreprit seul de longs et périlleux voyages, visita, dans leurs plus secrets asiles , les plages de l’Atlantique , les rives des lacs cl des fleuves, et , après plusieurs aimées , il vit peu à peu se compléter la collection do scs dessins : alors , pour la jiremière fois , des idées de gloire et d’immortalité vinrent se glisser dans son Ame , et il tressaillit de bonheur et de courage en pensant que le burin d’un graveur ourojiécn pouvait rendre impérissable le fruit de tant de fatigues et de labeurs. Mais une épreuve terrible l’atlentlait.

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