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Irtip. liTnerr-ier iParis
1C1NAI.es en 1636.
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l»RKMlf:nE PARTI K.
ininënilos, et lo cours d’anatomie la connaissance du règne animal tout entier. Il ne s’agissait plus que de donner à chacune do ces branches les développements ([u’appellerait successivement la marche progressive de la science.
Vautier étant mort en 1052, sa place fut donnée à Vallot, d’abord médecin do la reine régente, Anne d’Autriche, et depuis premier médecin du roi Louis XIV. Plus heureux que son prédécesseur, Vallot parvint à éloigner Bouvard de Foun|ueux de l’intendance, et dès lors il .se dévoua à la prospérité de l’établissement. Il donna pour succes.seur à Vespasien Robin, Denis .loncquet, médecin et botaniste distingué, aiupiel il adjoignit le Jeune Fagon, petit neveu de (îuy de la Bro.sse. Il chargea ce dernier de divers voyages dans les Pyrénées et dans les Alpes, pour y recueillir des plantes; il en lit venir également de i)lu.sieurs contrées étrangères; enfin, en 1005, il publia, avec le concours des hotanistes dont il était entouré, son liurtus rofjius , qui comprenait déjà (juatre mille espèces ou variétés cultivées au Jardin du Roi, Vallot, comme ses prédécesseurs, avait vivement excité l’animosité de la Faculté, mais surtout celle de (îni Patin, ([ui en était le principal organe. Celui-ci, dont on connaît le genre d’esprit et les passions haineuses, avait plus d’un motif pour lui en vouloir. D’abord, Vallot avait guéri lo roi d’une maladie grave, à Calais (105.3), à l’aide du vin émétique. Il est vrai qu'il no fut pas aussi heureux dans la maladie d’Henriette d’Angleterre, femme do Charles qui mourut presque suhitement en 1070, après avoir bu un verre d’eau (|ue l’on dit avoir été empoisonné. Voici les vers t}uo Gui Patin rapportait à cotte occasion •
Le rroiripz-vous, rnre future,
Que la fille ilii granil Henri Eut en mourant müine aventure Que son père et (pic son niaii?
Tou.s trois sont morU par .assassin ;
Ravaillac, (à-oimvell, médecin.
Henri d'un coup de liayonnette,
(’.liarles finit sur le liillot.
Et maintenant meurt Henriette I*ar l’ignorance de Vallot.
Il l’accusait aussi d’avoir acheté sa charge, de Mazarin, pour la somme de .30,000 francs; enfin, comme \ allot était attaché au surintendant Fompiet, au moment de sa di.sgràc.o, Gui Patin prétend.iil (pat le roi avait dit (pi’il était son espion |i(>nsionnaire. Il ajoute ipte \ allot ros.sonlit un tel chagrin de ce [iropos ipi’il en mourut. Il faut rtunanpier pourtant (pie Vallot était asthmatit|UO et (pi’il avait .soixant(3-(]uitize ans.
Vallot mourut en IG7I, et Colhert, alors dans tout sou crédit et sa puissance, obtint que la surintendance du Jardin fût réunie à celle des bâtiments du roi, dont il était déjà pourvu, A[)f)li(|uant an Jardin royal les grandes vues administratives (pii le distinguaient, il en réforma l’organisation et la fit régler par une ordonnance. L’administration de Vallot avait mérité d’assez nombreux reproches. « Un jour, Colbert, dit Lemontey, se transporte au jardin du roi et reconnaît que le terrain destiné aux cultures botaniques ;i été [danlé do vignes à l’usage des administrateurs de rélalilissement. Sa colère éclate contre un abus si effronté : il ordonne ipie la vigne soit à l’instant détruite, et, se faisant apporter une pioche, il en commence lui-même rarrachement, avec une véhémence toute patriotifpie. Un botaniste anglais, Salisbury, fut si charmé de cet acte de vigueur, qu’il on consigna le récit dans son Pnradisus londinensis , et ipie, pour acquitter la dette de la science, il nomma Colberlia l’une des iilantes do .son catalogue. » Il y avait ipielques années que Gaston d’Orléans, frère de Imuis XIII, avait établi, dans .son château do Blois, un jardin botaniipio, longteni[)s dirigé par Morison, et dont Robert, peintre distingué, avait reproduit sur vélin les plantes hes plus intéressantes. A la mort de ce prince, Colbert décida le roi à acheter ces vélins, et chargea Robert de les continuer pour le Jardin de Paris. Celui-ci poursuivit ce travail jusqu’à sa mort, en 1G8L Après lui , elle fut coiitiimée par
inSTOinE. — 1G3.Ô-1739. 9
J. Jouborl, paysagiste, mais surtout par Aubriet, (pii succéda à Joubert. Les ouvrages de ces trois artistes éminents forment la base de la magiünque collection, qui, d’abord déposée à la bibliothc(iue du Roi, constitue aujourd’hui l’une des principales richesses du Muséum d’histoire
naturelle.
Sous l’administration de Colbert, Antoine Daquin, neveu de Vallot par alliance, et qui lui avait succédé comme premier médecin du Roi, dut se contenter de la seconde place, celle d’intendant. Peu versé dans les sciences naturelles, Daquin laissa de faibles traces de son séjour dans l’institution. R no favorisa guère que l’enseignement de l’anatomie. Il eut du moins le mérite d’appeler au professorat de cette science l’illuslre Duverney. Il mourut à Vichy, où il avait été exilé en IC9.3. C’est Daquin que Molière désigna sous le nom de T orné s , Amour médecin. Ce nom, tiré du grec, signitic saigneur, parce que Daquin préconisait beaucoup la saignée.
Coiir.BT.
La surintendance du jardin du Roi resta dans les mains de Colbert jusqu’à sa mort, où elle passa dans celles de Louvois; puis elle fut donnée, (m 1G91 , à Edouard Colbert, mar([uis de Villacerf, ([ui la conserva jusqu’en 1G98. L’année suivante, elle fut rendue au premier médecin ; le règlement de 1G99 réservait seulement au surintendant des bâtiments du Roi la disposition des fonds nécessaires à l’entretien du jardin.
Daquin, protégé par M“® de Montespan, courtisan adroit, mais insatiable, avait plus d’une fois lassé Louis XIV par ses importunités. Un jour, on vint dire au Roi, à son lever, qu’un oflicier de sa maison, ([u’il estimait beaucoup, venait de mourir. Le Roi, après quelques mots de regrets, ajouta, en fixant les yeux sur Dacpiin ; « Celui-là avait du moins une qualité rare : « il ne demandait jamais rien. » Da(|uin, (pii avait compris l’allusion, répliijua, sans se déconcert(>r ; « Oserai-je demander à ^■ntre Majesté ce qu’elle lui a donné?.... » Lo Roi no répondit point, car, en effet, il n’avait jamais rien accordé à ce discret courtisan.
Cependant , la botaniipio avait déjà reçu une heureuse impulsion dos travaux de Fagon , de
PnKMlKHK PART1F<:.
Joncquet, de Lonf^el et de Moriu, «lui tous avaient secondé Vallot dans l’exécution de V Florins regins, fîuy Crescent Fagon était né en (038, au Jardin du Hoi, alors habité par son grand oncle (îuy de la Brosse. D’excellentes études, dirigées surtout vers les sciences naturelles et médicales, l’avaient fait distinguer de bonne beure. Avant d’être appelé au Jardin, il avait rapporté de scs voyages un grand nombre de plantes rares et nouvelles. A son retour, il fut nommé médecin de la Heine et des enfants de France, 11 obtint d’abord la chaire de chimie; puis, en 1071 , il succéda à 1). Joncquet, comme professeur de botanique, et réunit ainsi les deux chaires principales. Mais sa santé était peu capable de résister à tant de travail, (it c’est alors (ju’il appela de la Provence, pour le seconder, Joseph Pitton de Tournefort, alors Agé de vingt-six ans. Quelijues années i)lus tard, devenu premier médecin de Louis XIV, il fit rétablir en sa faveur la charge do surintendant, laissant à Colbert la surintendance des bâtiments du Roi, et, dès lors, il fit tourner au profit de l’établissement tout le crédit personnel dont il jouissait.
Fagon avait puisé, en quebpie sorte, dans le sol natal son goût et son dévouement [tour la science. Il avait été dirigé vers les études médicales par cet excellent riermain Gillot, docteur de Sorbonne , (jui consacra une fortune assez considérable à l’éducation de pauvres enfants, chez lesquels ilVappliipiait à découvrir d’heureuses dispositions. On porte à plus de ciiKj à six cents le nombre de ceux qu’il fit élever ainsi à .ses frais, et dont plusieurs devinrent des hommes célèbres. Fagon était du nombre; aussi conserva-t-il toujours pour lui le respect le plus tendre et une déférence toute fdialo.
Fagon fut un des premiers (pii soutint en Franco le .système de la circulation du sang. Il <‘11 fit même le sujet do sa thèse inaugurale, ce qui fut regardé comrno une grande témérité, bien (jue cette découverte eût été annoncée et démontrée par Harvey, dès l’anniie 1619. Si l’on en juge par «luoltiuos scènes de Molière, en 1673 cette théorie n’était pas encore admise [lar les vieux médecins de la î-’aculté (I).
Bien que sa constitution fût assez faible, Fagon déploya la plus grande activité dans l’exercice de ses diverses fonctions. Il était bon, juste et désintéressé, 11 réduisit de lui-même les revenus de sa charge et renonça aux avantages qui, y étaient attachés pour la nomination aux chaires de la Faculté. Vers la fin de sa vie, il résigna la plupart de ses emplois. Afirès tivoir remis à Tournefort sa chaire do botanique, il obtint pour lui, en 1700, une mission qui lui lit parcourir la Grèce, l’Asie et l’Égypte, pour y rechercher les plantes utiles et curi<nises. Il dc'icida Louis XIV à (îiivoyer, dans le même but, Plumier en Améri(}uo, F(*uillée au Pérou, lâppi en Égypte. Pendant l’ab.sence de Tournefort, il le fit remplacer |»ar Louis Morin. Enfin ce fut lui (|ui découvrit à Lyon, et attira à Paris, Antoine de Jussiem, frère aîné de Bernard, dont le nom figure avec tant d’honneur dans la science, et en particulier dans l’iiistoire du Muséum.
Ainsi, au nombre des bienfaits que le Jardin du Roi dut à Fagon, il faut jilacer en première ligne le choix (pi’il sut faire des liommes les [)lus ca|)ables de le .seconder dans ses vues de perfectionnement, et parmi lesquels on distinguo surtout Tournefort, Morin, Vaillant, les Jussieu, pour la botanii}ue; pour l’anatomie, Duverney et AVinslow, et pour la chimie Louis Léinery, Boulduc et Geoffroy. Son influence sur l’établissement ne part pas seulement de l’épotiue où il devint .surintendant, après Colbert et Daquin, mais du moment où il fut nommé professeur à la place de Joncquet; car, dès lors, il fut chargé on même temps de l’enseignement do la botanbiue, de la chimie, mais encore du poids principal de l’administration. Fagon, frappé d’infirmités, ne se soutenait depuis longtemps (jue par le régime, ce qui faisait dire à Fontenelle que son existence était une nouvelle preuve de son habileté. Après
(I) « M. Di.vfoiiu's. — Sur toule chose, ce qui me plail eu lui, et en quoi il suit mon exemple, c’est qu'il « s'attache aveuglément aux opinions île nos anciens, et que jamais il n’a voulu co)w//rcni/r<î ni écouter les rai-
• fons et les expériences des prétemlues ilécouverles de notre siècle, touchant la circulation du sang et antres
• opinions de même faiine. » (Le Malade imaginaire, note II, scène M-)
mSTÜllllî. - 1C3.'3-173Î). 1'
la mort de Louis XIV, il se démit do sa place do premier médecin en faveur do Poirier, et il se retira au Jardin, où il mourut en 1 / 18 , a 1 ApO de (juatre-vingts ans.
Le premier savant (pie rappelle le souvenir de Fagon, est Joseph Pitton de Tournefort, né à Aix-en-Provence, en 165C, avec des dispositions prononcées pour les sciences, et surtout pour la botaniciue. 11 fut cependant destiné d’abord à la théologie; mais, son père étant mort lors(pi’il n’avait encore (lue vingt et un ans, il se dirigea vers l’étude de la médecine, entraîné par son penchant naturel , comme par l’exemple d’un de ses oncles, médecm distingué.
Tournefort a\ ait toutes les (pialités indispensables au naturaliste. 11 était d’un tempérament vif, allègre, laborieux, robuste. Livré à son étude favorite, il parcourut d’abord les montagnes du Dauphiné, de la Savoie, et en rapporta les éléments d’un herbier magnifique, qu’il ne c(îssa d’enrichir pendant tout le cours de sa vie. L’année suivante, il alla à Mont[)ellier, où il se lia avec le professeur Magnol , et [)arcourut avec lui tous les environs de cette ville savante.
Il visita ensuite les Pyrénées et la Catalogne, non sans courir dans ses pérégrinations quehpies dangers, et sans supporter des privations assez dures; mais déjà suivi f)ar quel(|ucs étudiants, auxcjuels il inspirait le goût do la botanbiuo, en kmr explûiuant l’anatomie des [liantes, et jetant dans ces leçons familières les premières bases d’une classification à la([uelle son nom est resté glorieusement attaché.
A son retour en France, en 1G8I , il jouissait déjà d’une certaine renommée, et Fagon, à (pii elle parvint, lui offrit aussitôt un emploi au Jardin Royal. Dès (pi’il le connut, il le chargea de le sup[)léer dans ses leçons, et, ([uebjues années après, il se démit en sa faveur de sa chaire de botani(pie. Tournefort avait alors vingt-six ans. En IG88, il alla en Espagne, en Portugal, en Andalousie, jiour y étudier les palmiei's. Il fit aussi un voyage en Angleterre et en Hollande, Hermann, professeur de botain([ue à Leyde, lui proposa de lui céder sa chaire; Tournefort n’accepta point; il revint à Paris, entra à l’Académie en 1G94, et, trois ans après, il publia son premier ouvrage , intitulé : Éléments de botanique.
11 y avait près d’un demi-siècle ([u’André Césalpin avait imaginé l’un des premiers, pour la classification dos [)lantes, une méthode fondée sur les caractères do la fleur et du fruit. Conrad Cossner et Lobel, de Lille, avaient aussi eu l’idée de l’association des plantes par familles naturelles , et même celle do la grande division des monocotylédonées et des dicotylédonées ([ui, [)our les végétaux, répond à celle des vertébrés et des invertébrés dans le règne, animal. Césal[)in avait fait faire aux méthodes un pas encore plus considérable : il avait distingué nettement les sexes des [)lantes et établi la première distribution fondée sur l’ensemble des caractères tirés do l’organisation. Lu [leu plus tard. Fabius Columna, s’appuyant sur les travaux de C. Cessner et de Césalpin, [)roposa une méthode un peu |)lus développ(’;o, fondée également sur la considération du fruit. Enfin, Morison, Rivinus, Jean Ray et Magnol avaient aussi avancé la science, sous ce rapport, par des a|)plications [dus ou moins étendues des rm'mes [)rinci[)Os. C’est à ce moment ([ue [)arut Tournefort; mais, le premier, il subordonna les diverses parties et les |)rinci[)aux caractères dos |)lantes à un ordre d’im[tortance relative, (]ui fit faire un |)as énorme à la [diiloso|)bie de la science. Il répartit ensuite tous les v(*gétaux connus en vingt-deux classes, .subdivisées elle.s-m('mes en sections et en ordres. Dans les classes, il s’ap[)uya surtout sur la forme de la fleur, de la corolle (terme heureux, créé jiar F. Columna) ; dans les subdivisions, il considéra la fleur, le fruit, la disposition des fleurs et des fouilles, enfin tous les caractères secondaires ou accessoires. l’aide de cette classification, il put dt-jà décrire .sept cents genres et près de dix mille espèces végétales; il émit sur (|U(;l(|ues grandes familles dos idées générales, (|ui sont restées dans la science; enfin, l’ensemblo de son système, ([ui précéda de ([uarante ans l’apparition do celui de Linné, donna à la botani(|ue la |)lus forte irn[)ulsion que cette science eût encore reçue dans les temps modernes.
Touriuîfort publia, en 1G98, un second ouvrage, V Histoire des plantes des eircirons de Paris, dont le s’iccf's le détermina, deux ans après, à en publier une traduction latine, sous le titre do : Institationes rei herbariæ , en 3 vol, iu-i". Ce fut à l’épo([uo même de cette publication
PIIK-MIÈRE PARTIE.
(|uü , sur la proposition do Eagon et du cliancelier de Poutchartrain , il fut chargé de faire un voyage eu Orient, accompagné du peintre Aubriet et du docteur (iuiidelslieimer. Parti do Marseille en mars 1700, il visita Candie, l’Archipel, Constantinople, l’Arménie, la Céorgie, le mont Ararat, et revint par l’Asie-Mineure , qu’il traversa, en visitant Angora, Pruse, Smyrne et Ephèse. Outre les plantes nouvelles qu’il avait recueillies et qui s’élevaient au nombre do treize cent cimiuante-six , il rapportait aussi des minéraux , des fragments d’anti<iuités , et une foule d’objets naturels extrêmement curieux. Il arriva ù Marseille eu Juin 1702, et se mit aussitôt à rédiger la relation do son voyage, (]ui fut inqtrimée en 2 vol. in-1", mais dont le second ne parut qu’en 1717, après sa mort. 11 est intitulé : Vuijage dans le Levant. C’est un monument scientifique des plus reimmfuables; il contient, en outre, des détails littéraires et archéologi(juos du [)lus grand intérêt.
A son retour, Tournefort fut nommé professeur do médecine au collège de France. Il mourut en 1708, à l’Age do cinquante-trois ans, dos suites d’un violent cou[) (pi’il avait reçu dans la poitrine, frappé, comme l’avait été Morison, par le timon d’une voitunï. Il possédait un fort beau cabinet d’bistoiro naturello (pi’il légua au Roi, et une nombreuse bibliotbè(iuo qu’il donna à l’abbé Rignon, inspecteur de l’Académie. Plumier a consacré à Tournefort lo genre PUtonin (Rorraginées) , <pie binné a changé eu celui de Tourneforlia.
Tournefort était à la fois botaniste, physicien, chimiste et anti(iuaire. Il était très-éniidit , avide do sciences, ardent et inti’épide dans .ses recherches. Dans le cours do son voyage aux Pyrénées, il fut souvent attaipié et dévalisé par les Miquelets. Luc fois, enbjrmé dans une mauvaise cabane, où il se proposait de i)as.ser la nuit, le toit s’en écroula sur sa b'to, et il domenra enseveli sous les ruines , dont il parvint à se dégager i>ar ses efforts. Dans son voyago ilans le Levant , il donna beaucoup do prouves do sa force comme de son courage. Son caractère était doux et modeste. Malgré sa gloire réelle, ou [»lut(')t à cause de sa gloire, il ne fut pas à l’abri des atta([ues de .ses rivaux. Jean Ray, mais surtout Sébastien Vaillant, l’épargnèrent peu. Ce dernier, dont nous aurons bientôt à parler, était pourtant son élève et fut un botaniste de grand mérite. Tournefort ne^so défendit <pie par lo silence, et poussa mémo la gén('îro.sité Jusqu’à d(jdier à son antagoniste un genre, sous lo nom de Vaillantia. Celui-ci no l’accepta point et essaya do lo changer; mais Linné lo rétablit et, sous l’autorité do ce grand homme, les botanistes modernes l’on conservé définitivement.
Pendant l’absence de Tournefort, son cours du Jardin du Roi fut fait par Morin, de l’Académie des sciences, que Fagon estimait beaucou[). Louis Morin était médecin de M"® de Cui.se et do ril(itol-l)iou. Il était aussi charitable que laborieux et sobre. Il vécut toute sa longue vii? comm(? un anachorète, au régime du pain et de l’eau, auquel il ajouta seulement, en avançant en Age, un pou de riz et une petite dose de vin. Du reste, il déposait avec autant d’exactitude (|ue de mystère, dans le tronc do l’IItitol-Dieu, son traitement et ses économies, u payant en (juclque sorte les pauvres pour les avoir servis. » Il laissa toutefois une hihliothèiiue d’une certaine valeur. (( Sou esprit, dit Fontenollo, lui avait plus coûté à nourrir que .son corps. » Exemple remanpiahlo d’une certaine longévité (car il mourut à (luatre-vingts aius), malgré une constitution débile, par la seule influence du régime, du goût de la .science et de la sagesse. Morin no sortait guère do chez lui (pie pour vi.sitor des malades, pour aller à l’Académie ou pniu’ faire son cours. Aussi avait-il peu de relations et ne les recherchait point. <( Cenx qui viennent me voir, disait-il , me font honneur; ceux qui ne viennent pas me font plaisir.
Fagon, nous l’avons dit, avait fait choix de Sébastien Vaillant pour diriger les cultures au Jardin du Roi. Vaillant, né en 1(509, à Vigny, jirès do Pontoise, n’avait pas commencé par l’étude des sciences; il avait été d’abord organiste, mais un pi'nchant naturel lo portait viirs la médecine. Il pratiqua quchpie temps la chirurgie à Evreux, [)uis à l’armée, et assista, en 1090, à la bataille de Fleurus, où le duc de Luxembourg défit les troupes do la ligue d’Augsbourg. Do retour à Paris, et nommé chirurgien de l’IhMel-Dieu , les leçons de Tournefort réveillèrent son goût pour la hotanicpie. Il travailla avec lui à V Histoire des plantes des environs
IIISTOIHK. — 1635- 1739.
de Paris. 11 devint ensuite secrétaire de la surintendance , puis directeur des cultures , enfin professeur de botanique à la place de Fagon , qui lui céda sa chaire , bien (pie Tournefort y prétendît. Du reste, il s’acfpntta de ses emplois avec autant do zèle (pie de capacité. 11 lit construire nu amphithéâtre et deux serres chaudes; il disposa le droguier, dont il était conservateur, dans un meilleur ordre. Ce fut lui qui en fit les honneurs à Pierre-le-Grand, lorsque le czar vint en France et visita nos institutions. Enfin , il prépara un herbier considérable, ipii fait encore aujourd’hui la principale hase de l’herbier du Muséum.
L’enseignement de Vaillant, qui dura plus de trente années, était très-suivi et formait avec celui de Léincry et do Duverney la principale gloire du professorat du Jardin royal. Dans son discours d’ouverture, en 1716, il démontra d’une manière irrévocable l’existence des sexes dans les viîgétaux et explii|ua nettement le phénomène de la fécondation des iilautes. Mécontent de la méthode de Tournefort, il en imagina une nouvelle, avant Linné, fondée sur la considération des organes de la fructification; mais la mort l’empècha d’y donner les développements nécessaires, (lui eussent assuré à la France la priorité du système .sexuel. Vaillant mourut en 1722. Ses manuscrits , ainsi ({ue les dessins de son Botnnicon parisiense , fui’ent achetés par Boërhaave et existent encore dans l’univer.sité de L(3yde. 11 mourut pauvre, et cette existence scientilique , si bien remplie, serait demeurée sans tache, si Vaillant ne se fût pas montré ingrat et injuste envers Tournefort, son prédécesseur et son maître. Hâtons-nous do dire qu’il fut pour les deux Jussieu, non-seulement un ardent protecteur, mais encore un rival généreux.
Nous n’avons rien à dire de Danty d’Isnard , qui , nommé professeur de botani(pie à la placo de Tournefort, ne lit qu’un seul cours et mourut l’année suivante. Mais il nous reste à parler de la d(‘COUverto la plus heureuse do Fagon, dans la personne d’Antoine do Jussieu, c’està-dire dans le chef do cette illustre famille (pii, depuis le commencement du xvin® siècle, a couvert do ses glorieux rameaux l’arbre de la science du règne végétal. Antoine do Jussieu était né à Lyon en 1686; élève de (îoiffon et de Magnol, et venu fort Jeune à Paris poury faire ses études médicales, il fut remanpié do Fagon, (pii le nomma professeur de botani(pie on 1709, à l’âge de vingt-trois ans. Deux ans après , il faisait partie de 1’ Vcadémie des sciences. En 1716, Fagon l’envoya en Espagne et en Portugal pour y recueillir des plantes. LeJ(iune profe.sseur emmena avec lui dans ce voyage son frère Bernard, alors âgé de dix-sept ans, le peintre Simoiu;au et le docteur Salvador, son ami.
Antoine do Jussieu avait publié, en 171-1, l’ouvrage du P. Barélier sur les plantes de France et d’Italie. A son retour d’Espagne, il commomja à écrire la relation de son voyage; mais son professorat et sa pratique médicale l’empêchèrent de l’achever. Ce fut lui (jui, en 1720, remit au chevali(!r Declieux, un pied do caféier pour le transporter (iii Améri(pie, oîi il a produit tous ceux (pie l’on cultive aujourd’hui aux Antilles. Vers la lin du xvii® siècle, on ne connais.sait encore en Europe (pie le café d’ Vrahie. Cependant, le Hollandais \’an Horn avait fait Iratis-
|)orter à Batavia des plants de caféier, (pii y avaient niussi à iiKîrveille. Un de ces plants fut envoyé au con.sul d’Amsbirdam , qui le lit cultiver dans les siîrnîs d(î la ville. Un autre pied avait été a|iporté en Francè par le général d’artillerie Besson; l’arbuste ayant péri, le bourgniestie d Amsterdam offrit à Louis XIV un autn* plant, (|iii réussit mieux et dont on recueillit (pi(3lques lioutun's. L’uu(5 d’elles fut envoyée à la Martinique, et c.onliée par Antoine de Jussieu aux soins du chevalier Declieux, ens(3igne de vaisseau. La traversée, (pii eut lieu sur un vaisseau marchand, fut longue et pénible. La provision d’eau étant venue à maiKpier, on fut obligé de la mesurer aux personnes de ré(juipage, et on la refusa pour l’arrosement du caféier. Declieux fut donc forcé de partager sa ration personnelle avec la préci(suse plante, et parvint ainsi à la conserver. Arrivée dans la colonie, les graines qu’elle produisit furent distribuées à un petit nombre de propriétaires cultivat(3urs ; mais la seconde récolte permit do la répandre davantage. La même année, les cacaotiers du pays ayant été ravagés par une tempête, on arracha plusieurs plantations pour y substitucir des cafiiiers. l’ius tard, cet arbuste fut trans-
PHKMIÈnK IMnilK.
porté à Siiint-Dominguo, à la Guadeloupe, ainsi (pie dans les îles adjacentes, et l’on sait tout le succès (pi’y obtint depuis cette importante culture.
On doit à Vntoine do .lussjeu plusieurs dissertations intéressantes |)uhli('es dans les Mémoires de r Vcadémie, entre autres sur le café, la soude, le cucliou, le imn/er des aïKdens , le simarouba, sur les mines de mercure d’Almaden et sur les pétrifications animales. Lue de ces dissertations avait pour sujet une jeune tille venue au monde privée d(* langiK', et *|ui pourtant avait trouvé le moycm de se faire parfaitement comiireudre. C’est à cette occasion <pie parût l’épigramme suivante :
Qn'ene Comme parle sans lanjnie.
Kl fa.^se nmme une harangue,
Je le rroLs l)ieii.
Qii'avee une langue, an contraire, l'ne f(‘inme. puisse se taire,
Je n'en cro.s rien.
Antoine de .lussieu pratâtuait la médecine avec distinction, mais surtout avec désinléressement. Il mourut en 1718.
Homard de .lussieu, frère d’Antoine, était aussi né à Lyon, en 1099. Au .sortir du coll(*ge, à dix-sc[)t ans, il vint à Paris pour achever ses études, mais, la nu'me année, Fagon ayant envoyé Antoine en Fs[)agne et en Portugal, celui-ci désira emmener son frère avec lui. Ce voyage décida le goût de Ht'rnard pour l’étude de la botanitjue. A son retour, il se résolut à étudier la médecine. Il alla à Montpellier et s’y lit recevoir doebmr; mais une sensibilité excessive l’obligea de renoncer à la praliijue de cet art. Il revint donc à Paris, et, peu de temps après, Vaillant, (pu avançait en ûge, lui offrit de lui céder .sa place de démonstrateur de botani(iue au .lardin du lloi.
C’est dans ce poste modeste, dont il no sortit jamais, (]ue llernard a exercé sur la botanûiuc
IIISTOFRK. — 1635-1739.
fît sur riiistoire naturelle eu général une iniluence (lui fait époque dans l’iiistoire de la science. Chirac , qui avait succédé à Fagon dans la surintendance, avait laissé tomber l’enseignement de la botanique; les fonds attribués à des dépenses urgentes avaient été détournés do cette destination, et, plus d’une fois, Antoine de Jussion y avait suppléé de ses propres deniers, Bernard, à son tour, redoubla de ziMe pour soutenir l’enseignement ainsi que les cultures du Jardin Royal ; le droguier, dont il était conservateur, reçut une extension considérable et prit le litre de Cabinet du Jloi. ülais où les talents du sous-démonstrateur éclatèrent d’une manière supérieure, ce fut dans les lierborisations à la campagne. C’est là qu’il faisait admirer son ardeur, son savoir, et surtout son inépuisable patience. Les élèves, [11011 Tîontents de le pousser à bout par des (luestions importunes, cbercbaient parfois à l’embarrasser en mutilant certaines plantes ou en en composant de toutes pièces, espérant le trouver en défaut; mais Bernard avait bientôt dévoilé leurs ruses et s’en tirait toujours à son bonneur. On raconte que Linné l’ayant accompagné dans une excursion semblable aux environs do Paris , et les élèves ayant voulu répéter avec lui la môme supereberie, le botaniste suédois leur dit, en leur nîiidant la plante ainsi défigurée : « Aut Üeus , aut Dominus de Jussieu ; Dieu seul ou « votre maître pourrait vous la nommer. »
Déjà, depuis quelques années, en méditant sur les rapports naturels qui existent entre les plantes, Bernard de Jussieu songeait à s’élever des détails de la science à ses généralités, et réunissait en silence les matériaux du système qui se rattache à son nom. IMais une extrême modestie et l’amour de la vérité l’empèclièrent de rien publier durant sa vie, si ce n’est un tres-pelit nombre de Mémoires, excellents d’ailleurs, sur quelques plantes isolées, bien que les observations dont elles étaient l’objet se rattacliassont à la grande démonstration qu’il préparait. 11 fit aussi (pielques expériences sur les polypes et reconnut 1a nature du corail. En 1725, il donna une seconde édition , fort augmentée, do V Histoire des plantes des environs de Paris, de 1 ournefort. La même année il entra à l’Académie des sciences, à l’àge de vingt-six ans.
(Ippnndnnt, unf* circonstanco heimaisc lui permit d(‘ faire une af)plication rie ses trrandes vues, (pii, sans cela peut-être, eussent été [terdues pour la science. Le Hoi Louis XV désira former, dans les jardins de Trianon, une école de hotaniipie, et Hernard fut cliarf^é de mettre ce projet ci exécution (1758), Le système do Linné jouissait, à cette épocpie, d’un crédit universel, .lussieu, de plus en plus persuadé ([ue la classification doit se fonder sur l’ensemlile d(>s caractères analo"ues, et ayant a[)profondi la subordination relative do ces caractères, disposa l’école d’après ces idées. Il partaj^ea d’abord le système entier on deux grandes divisions : les rnonocotylédonées et les dicotylédonées ; puis il distribua les ordres et les familles suivant l’analogie des caractères généraux, et, sans établir les motifs de cette distribution toute nouvelle, il se borna à publier un simple catalogue du jardin de Trianon. C’était, à la vérité, tracer sur le sol même le plan de la méthode naturelle (pi’il avait conçue et qûi fut développée plus tard par un membre non moins illustre de sa famille. On ne saurait douter, en effet, que, lorsqu’il appela près de lui son neveu, Antoine-Laurent (I7(i5), il ne lui ait confié les idées générales auxquelles il s’était arrêté dans cette distribution et sur lesquelles se fonde aujourd’hui le système le plus rationnel de toute classification du règne végétal,
Bernard de Jussieu réunissait deux (jualités ordinairement fort opposées ; un amour passionné de la science et une insouciance complète do l’honneur qu’il pouvait retirer de ses travaux. Quand on lui faisait remarquer que d’autres lui enlevaient (juelqu’uno de ses découvertes, il s’écriait : « Qu’importe? pourvu que le fait soit reconnu!» Ces deux qualités, comme son entière abnégation qui l’empêchait de porter ombrage à personne , donnaient beaucoup de poids à ses opinions. Bien que fort avancé dans les bonnes grâces du Boi, Bernard de Jussieu ne demanda jamais aucune faveur.
C’est (>n revenant d’un voyage qu’il avait fait en Angleterre, en 1731, qu’il rapporta dans son cha[»eau les deux cèdres du Liban, dont l’un existe encore dans le Jardin du .Muséum, et qui est le jilus ancien de ceux qui se trouvent en France.
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