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Jcan-Jacquos Rousseau, qui étudiait la botanique, lui ayant fait demander quelle méthode il devait sui\TO : « Aucune, répondit Bernard; qu’il étudie les plantes dans l’ordre où la « nature les présente , et qu’il les classe d’après les rapports que l’observation fait découvrir « entre elles. Il est impossible, ajouta-t-il, qu’un homme d’autant de mérite s’occupe de « botanique sans nous apprendre quelque chose. »
A la mort de son frère Antoine, (lu’il aimait et respectait comme un père, on lui offrit la chaire qui restait vacante, mais il ne l’accepta point. « Les vieillards n’aiment pas le changement, » dit-il; Lemonnier obtint, par conséquent, la première place, et Bernard resta à la seconde. Quelques années après, il fit venir près de lui son neveu, Antoine- Laurent de .lussicu, dont il dirigea les études vers les sciences naturelles , et mourut en 1777, à l’âgo de soixante et dix-huit ans.
Le service le plus éminent que Daquin rendit au Jardin du Roi fut, à coup sûr, le choix qu’il sut faire de Duverney pour y professer l’anatomie. Guichard-Joseph Duverney était né à Feurs, en Forez, eu 1648. Après s’èlre fait recevoir docteur en médecine à Avignon, il vint se fixer à Paris. Son ardeur pour les matières scientifiques le fit admettre aux conférences do l’abbé Bourdelot. Doué d’une élocution remarquable, homme d’esprit et d’excellentes manières, il ne tarda pas à mettre l’anatomie à la modo, môme parmi les gens du monde', même à la cour, où il fit souvent des leçons en présence du plus noble auditoire. « Je me souviens, dit Fonhmelle, d’avoir vu des gens de ce monde-là, qui portaient des pièces d’anatomie préparées par lui, pour avoir le i)laisir do les montrer dans les compagnies. » Quehiues vers de Boileau constatent également la vogue singulière qui s’attachait dès lors aux leçons du jeune profos.seur :
D’un nouveau microscope on doit, en sa présence,
Tantôt ctiez Dalamé faire l’expérience;
Puis, d’une femme morte avec son embrj’on Il faut chez Duverney voir la dissection;
Bien n’échappe .aux regards de notre curieuse-
(Satire X )
Son débit animé et ses formes oratoires attiraient à son cours les hommes <pii s’occupaient do déclamation; on .assure que le célèbre comédien Baron ét.ait souvent au nombre de ses auditeurs. Aussi, tous les succès vinrent-ils en quelque sorte au-devant de lui. En 1074, il entra à l’Académie des sciences; trois ans après, il était professeur au Jardin du Roi, et cet enseignement, qui fait épotiue dans l’histoire de la science, se soutint pendant un demi-siècle.
Duverney n’était pas d’une complexion robuste, m.ais il était très-actif et laborieux. Dans ses cours, il faisait faire les démonstrations par Dionis, habile chirurgien, à (jui l’on doit un Traité d’anatomie et un Cours d’opérations chirurgicales longtemps célèbres. Il se fit aussi suppléer par son fçère, Pierre Duverney, qui fut, comme lui, membre do l’Ac.adémio des sciences et professeur au Jardin du Ror, ainsi que par ses deux neveux , Jacques-François et Emmanuel-Maurice Duverney, qui devinrent tous deux démonstratem’s d’anatomie. Le premier eut la gloire d’être le maître de Daubenton.
Guichard-Joseph Duverney peut être considéré comme le créateur, dans les temps modernes, de l’anatomie comparée. Ayant été envoyé, avec Lahire, en mission scientifique sur les bords de l’Océan, il y disséqua avec soin un grand nombre do poissons. L’année suivante, ils firent ensemble, et dans le même but, un nouveau voyage dans h; golfe de Gasco'me. L’un des premiers il répandit la lumière sur l’organisation anatomi(jue des animaux , dont jus(iue-là on se contentait de décrire les mœurs , les habitudes et l’aspect extérieur. Il laissa deux volumes A'OFAivres anatomiques et deux volumes sur les Maladies des os; il travaillait avec Winslow, son élève, à une seconde édition de son Traité de l’ouïe, quand la mort vint le frapper, on 1730, à râgo do quatre-vingt-deux ans. Il avait exercé le professorat pendant cinquante et un aus , avec le succès le plus brillant et le plus soutenu.
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l'HKMiKHK P Airrii-:.
Duvenioy lialùlait uiio petite maison isolée à l’extrémité du jardin , du côté de la rivière, et qui n’a été démolie qu’en iVï.i. Occupé, dans les flernière.s années de sa vio, d’un ouvrage sur les insectes et les molluscpies, il passait des nuits entières dans les endroits les plus liumides du jardin, couché sur le ventre, et sans faire aucun mouvement, pour observer les allures et les liabitudes des colimaçons.
Jaequos-Rénigne AVinslow , que nous venons de nommer, était, en effet, l’élève chéri de Duverney. Originaire (hi Danemarck (Odenséo, 1CG9), Wiiislow avait été d’abord destiné à l’Église; mais ses goflts le portaiit d’une manière toute spéciale vers l’étutie des sciences, il so résolut à aller en Hollande pour y étudier la médecine. Ses talents précoces décidèrent le gouvernement danois à l’envoyer à Paris, à ses frais, pour [)rendr(î ses grades. Présenté à Rossuet, Winslow se convertit à la religion catliolifpie entre les mains do ce prélat , <[ui devint son protecteur. Rossuet étant mort en 1704, et l’abjuration du jeune savant Payant privé des largesses du roi de Danemarck, Duvorney le prit en amitié et le chargea de le suppléer dans ses cours au .lardin du Pmi. Sa situation diflicile et son mérite reconnu déterminèrent la Faculté do Paris à lui faire la remise des frais do sa réco[)tion. Peu de temps après, il entra à l’Académie des sciences.
1/éclat avec lequel Winslow avait fait (juelque temps les cours de Duvorney semblait l’appeler naturellement A devenir .son successeur; cependant, à la mort do ce savant, la [ilace fut donnée à Ilunauld, médecin du duc de Riebelieu. Winslow ne lui succéda cpi’en 1743. 11 était doué d’une élocution facile; son enseignement comme .ses écrits sont remanpiabhvs par la méthode, la clarté et la précision. On peut dire (pi’il créa en quehiue sort»; l’anatomie descriptive, aux progrès de laquelle il donna une vive impulsion. Il mourut à Paris, en 1700, à l’Age de quatre-vingt-onze ans.
Cette période de l’enseignement anatomique au .Jardin du Roi doit également comprendre François-Joseph Ilunauld, élève de Duverney et do Winslow, qni remplit d’une manière
inSTOIRE. — IGr,5-1739.
in
brillante! riiitervallo «lui séparo la carrière professorale de scs deux maîtres. Munauld, fils et petit-lils de médecins iiui marquèrent dans la pratique de l’art , était doué lui-mème de talents incontestables. Le duc de Riebelieu, qui l’avait emmené dans son ambassade à Vienne, avait pour lui une vive affection, ilunauld s’exprimait avec netteté, avec élégance dans les matières scieiititiiiues. Il n’avait (lue vingt-huit ans lorsqu’il fut appelé à succéder à Duverney. En 172i, il était entré à l’Académie comme chimiste adjoint; (luehiucs aniK-es après, il y prit place comme anatomiste. Malheureusement, il mourut de bonne heure , à l’ùge de (piaranto et un ans, en 1742. Il était allé en Hollande pour y connaître Roërhaave, et avait visité l’Anglelerre dans un but scieidifique. Ses travaux eurent principalement pour sujet l’ostéologie et l’auatomie du cerveau, l.a place (pi’il laissait vacante au Jardin fut aussitôt acconlée à Winslovv. Sa collection ostéologique , fort riche pour Tépoiiue', fut achetée par l’Académie, pour la joindre à celle de Duverney, déjà déi)osée au jardin.
Durant la longue et heimnise période (pii se rapportt! à l’administration de Fagoii, la clnmio fut également professée au Jardin du Roi d’une manière supérieure. Fagou , longtemps titulaire de cette chaire, se tit successivement seconder par des lionniKîs d’un vrai mérite. Saint- Yon, accal)lé d’inlinnib'S, ne lit (lu’un seul cours et mourut jeune encore; Claude Rerger, fils d’un nnàlecin de Pans, élève de Nicolas l.émery et de llomberg, le remphupi en 1709, et on lui promit la survivance de la chaire; mais il ne put profiter de cet avantage, car il mourut en 1712 d’une affection de poitrine, à l’àge de trente-trois ans.
F.n même temps que Rerger, (;t dès l’ainn'e 17ü7, Ceoffroy avait (juelquefois remplacé Fagon dans sou cours de chimie. Etienne-François Geoffroy était fils d’un a[)othicaire d(î Paris, bien connu dans la science, car il est le chef d’une sorte de dynastie scieidili(jue (jui a longtemps figuré d’une manière brillante dans renseignement. C’est cIhîz Geoffroy le péri), (juo se rémnssaient la plupart des savants de l’époipie et (jue se tenaitîiit , sous la présidence du père Merseime ou de M. d(> Montmort, les conférences qui prélud('’rerit à la foinlation de l’Académie des sciences. L’éducation du j(!une bomme fut dirigée d(! boum! heure vers les .sciences mcxlicales, et rien ne fut épargné pour (pi’il les cultivât un jour avec distinction.
PHRMIÈRK IVVnTFlî.
Avant (l’occuper les postes éminents ([ui lui étaient réservés, (looffroy avait voyagé dans les f)rovinccs méridionales do la Franco et visité les ports do l’Océan. Il se trouvait enfermé à Saint-Malo, en 1G93, au moment oîi les Anglais bombardèrent cette ville; il eût pu être victime do leur fameuse maebino infernale, si leur tentative n’eût éeboué. Il alla en Angleterre avec le comte do Tallard, alors ambassadeur et depuis marécbal de Franco; il s’y lia avec llans Sloano, iiKidecin et naturaliste irlandais, (lui le présenta à Sydenbam et le fit admettre à la Société royale de Londres. 11 voyagea aussi on Hollande et en Italie avec l’abbé de Louvois, comme son médecin, bien qu’il n’en eût jias encore le titre, car il ne fut reçu docteur qu’im 1701. A la mort de Tourneforl, (ieoffroy le remplaça comme professeur do méîdecino au collège do Franco, et, en 1712, il obtint la chaire do chimie au Jardin du Roi , vacante par 1a mort do Berger.
Étienne-François Geoffroy a laissé un nom célèbre dans la chimie et la matière médicale. C’est à lui que l’on doit les premières tables d’affinité cbimi(|ue, l’un dos travaux (jui ont le plus servi à l’avancement do cotte science dans les [iremières années du dix-liuitièmo siècle. Rien que son caractère fût circonspect, méthodique et ses manières timides, son enseignement était très-suiv|et rivalisait avec celui do Vaillant, de Duverney et de Winslow. 11 mourut en 1731 et fut remplacé par Louis Lémery, fils de Nicolas, à qui la postérité a conservé le titre du grand Lémery.
Il y avait longtemps (pie Louis Lémery suppléait Fagon et Btn'ger dans la cliairc do chimie du Jardin Royid. Il était miîdecin du Roi depuis 1722 et appartenait à l’Académie des sciences. Il accompagna en Franco l’infaiito d’Espagne lors(pi’elle vint épouser Louis W. C’étuil un médecin de cour dans toute l’acce[)tion du mot. Ses manières étaient distinguées , il s’exprimait avec ébîgance et ses écrits sont encore remaupiables aujourd’hui [lar l’ordre, la clarté et
r(Tudition. Les Mémoires de l’Académie contiennent un grand nombre de travaux do chimie qu’il y présenta, et son Traité des alimriits a joui longtemps d’une certaine céb'brité.
IIISTOinE. — 1G35- 1739.
Aux savants que nous venons de nommer, et qui représentèrent renseignement do la chimie' au Jardin du Roi, pendant la période que nous étudions, il faut ajouter le nom de quelques démonstrateurs qui tiennent également une place honorable dans riiistoire de cotte science. Christophe Glaser, Suisse d’origine, apothicaire du duc d’Orléans et plus tard du Roi Louis XIV, fut l’un des derniers sectateurs des principes do Paracelse; Simon Roulduc, membre de l’Académie des sciences, et qui fit faire quelques progrès à la matière médicale, fut remplacé comme démonstrateur, en 1729, par son fils Gille-François Roulduc, aussi do l’Académie , apothicaire du Roi , qui s’occupa avec un succès notable do l’analyse dos eaux minérales.
Avant eux, Moïse Charas, un peu plus avancé dans la philosophie de la science, marqua en (juelquo sorte la transition entre l’école spiritualiste do Van llelmont et la chimie plus rationnelle du .siècle suivant; Charas fut 1e précurseur le plus immédiat de Nicolas Lémery. Né à Uzès, en 1618, d’une famille protestante, il s’était livré de bonne heure à l’étude de l’histoire naturelle et de la chimie. Il publia une véritable monographie sur la vipère, qui, à cette épotiue, était un objet général de curiosité et de terreur. A l’exemple de Nicandre et d’Andrornaquo, il fit suivre ce travail d’un poème latin, l’Echiosophium , sur le même sujet. Autour d’une pharmacopée longtemps célèbre, Charas fut atteint, à l’àge do soixante ans, par la révo(;ation de l’édit de Nantes, et obligé do se retirer en Angleterre. A la mort de Charles 11, il passa en Hollande, puis il alla à Madrid, sur les instances de l’ambassadeur d’Espagne; mais il ne tarda pas à s’y voir exposé aux poursuites de l’inquisition, comme à la jalousie des médecins espagnols, et l’on saisit pour cela une circonstance assez singulière. Un archevêtpie de Tolède ayant été déclaré saint après sa mort, son succes.seur annonça (|ue désormais les serpents et autres animaux venimeux du diocèse perdraient leur venin. Charas, dans une expérience publique, (jui eut lieu chez Don Pèdre d’Aragon, fit mordre par une vipère deux poulets, (jui moururent aussitôt. 11 n’en fallut pus davantage pour le perdre : on l’accusa d’avoir voulu renverser une croyance établie. Il fut obligé do s’enfuir, non, comme le dit Condorcet, pour avoir mal parlé des vipères , mais pour avoir soulevé la rivalité de la médecine espagnole. 11 fut jeté en prison à l’àge de soixante-dix ans. On lui fit son procès; il se défendit avec talent et courage. Enfin, au bout de (piatre mois et demi, la liberté lui fut rendue, au prix de son abjuration. Il revint on faveur, fut admis à l’Académie, et mourut à quatre-vingts ans, justement entouré de l’estime et do la considération générale.
Nous venons d’énumérer les principaux services que rendit à l’établissement la longue et intelligente administration do Fagon. .àprès lui, l’enseignement commença à changer de direction et (juitta la voie exclusive des sciences médicales, pour se porter plus spécialement vers les sciences naturelles. En 1715, il n’y avait encore au Jardin (|uo trois chaires principales: celles do botanique, de chimie et d’anatomie. Chacune d’elles, indépendamment du professeur titulaire, était pourvue d’un démonstrateur, qui, pendant les leçons, exécutait les expériences et les préparations pharmaceutiques. La botaniciue avait, on outre, un sousdciinonstrateur chargé de faire les herborisations à la campagne et do diriger les cultures.
Les choses ne changèrent point sous l’administration de Poirier, (jui avait succédé à Fagon en 1715, et qui ne lui survécut (pie de (piehpies jours. En 1718, l’intendance du Jardin, détachée de la charge do premier médecin du roi, fut confiée à Chirac, jiremier médecin du regent. Pierre Chirac, né à Conques, dans le Rouerguo, <}ui n’a pas laissé un nom bien recommandable dans l’administration du Jardin du Roi, ne mérite pourtant pas d’être oublié dans 1 histoire de la science. D’abord destiné à la théologie, il vint à Montpellier pour achever ses études et y fut distingué par Chicoisneau iière, chancelier de l’Lniversité, (]ui lui confia l’éducation de ses fils, et qui, ayant reconnu son aptitude pour les sciences, le dirigea vers 1 étude do la médecine. Chirac se livra avec ardeur à l’anatomie. Devenu chirurgien de l’armee do lloussillon , il assista, en 1693, au si(-ge de Rosas, finis il alla en Italie avec, le duc dOileans, ipi il guérit d’une blessure au poigiud. Ce prince, (Uqiuis r(*genf , le ramena aii'c
PRlîMlfcRK PvirriK.
lui à Paris, et, après la inmt <lo llomlxirK, lo noniina sou premier mèdodn. Promu à l’iuteiulauee du Jardin du Roi, Chirac se mollira peu soucieux du progrès des sciences naturelles. 11 eul la fatale pensée de retirer le soin des cultures à llernard de Jussieu, pour donner cet emploi à un chirur{^ien qui y était complètement impropre, et ne protéf?eu guère ipie renseignement de l’anatomie, alors professée avec tant de distinction par Duverney, llunauld et \\'inslmv; mais il laissa tomber l’enseignement do la botanique, ipie les Jussieu soutinrent néanmoins à force d’intelligence et de sacrifices. Disons, toutefois, pour relever Cbirac de ses
torts comme administrateur, que, plein de zèle pour les progrès de la cliirurgie, il conçut, le premier, la pensée de la réunir à la médecine dans une Académie Royale, projet tju’il fut sur le point de réaliser, mais dont la mort du régent sus[iendit l’exécution. Cbirac mourut à Marly, d’une pleurésie (1732) , à l’âge de quatre-vingt-deux ans.
l.n grief plus fondé contre Cbirac et son administration , c’est celui d’avoir préparé de longue main sa survivance et de l’avoir fait passer dans les mains de François Cbicoisneau , son gendre, ^'on que Cbicoisneau fût un bommc’sans mérite : il avait fait ses preuves comme médecin habile et même comme homme de cieur pendant la peste do Marseille, en 1720, où Chirac l’avait fait envoyer. Il était doué de savoir, de talents naturels et s'exprimait avec autant de [irécision iiue d’élégance. Cbirac, devenu premier médecin du roi Louis \V, l’appela à la cour et le lit nommer médecin des enfants de France, ce qui était le <lésigner à l’avance comme son successeur. C’est, en effet, ce «jui arriva, et, avec sa charge, il obtint en même temps la surintendance du Jardin.
Cbicoisneau prit peu d’intérêt aux développements de l’institution et ne comprit pas la responsabilité morale et scientifiiiue ipii se rattachait à l’emploi dont il était revêtu. Heureusement, le choix d’un intendant tomba sur un homme d’un mérite incontestable et d’un zèle à toute épreuve pour les intérêts do la science. Cbarbîs-François de Cisternay Dufay avait été d’abord militaire, comme la plupart des membres de sa famille. Lieutenant à l’âge do tpiatorze ans dans le régiment de Picardie, il avait figuré en Fspagne aux sièges do Saint- Sébastien et de Fontarabie. Plus tard , il avait accompagné le cardinal de Rohan dans son ambassade à Rome. Cependant, il n’avait jamais ces.sé de s’occuper des sciences, et particulièrement de la chimie. Il avait lu plusieurs fois à l’Académie des Mémoires pleins d’intérêt, qui, en 1733, le tirent admettre dans cette compagnie. Il (juitta dès lors le service pour se dévouer tout entier à l’étude. Eu quehiues années, il produisit des travaux si divers, (pi’ils auraient pu lui donner entrée dans chacune des six sections dont se coni[)osait alors l’Académie. Il avait trente-cin<j ans lorsqu’il fut nommé intendant du Jardin du Roi.
Dès ce moment, l’établissement prit une direction nouvelle. Dufay rétablit Bernard de Jussieu, (pi’il avait accompagné dans son voyage en Angleteire, dans les fonctions de démonstrateur de botanique et de directeur des cultures. 11 releva les ruines, il étendit le cabinet, il fit renouveler les plantations. Il alla lui-même on Hollande et en .Angleterre [mur se [irocurer de nouvelles plantes, ainsi que des objets d’histoire naturelle. Il installa Duverney neveu comme démonstrateur d’anatomie. Malheureusement, son administration ne devait pas êtro de longue durée. En 1739, atteint do la petite vérole et [irévoyant qu’il ne survivrait [las â cotte cruelle maladie, il légua au Cabinet du Roi sa riche collection de [lierres [irécieusos et désigna Ruffon au ministre , comme son successeur. C’était assurer, plus i|u’il ne l’es[iérait peut-être, les destinées de la science et la pros[)érité future de cette belle institution.