‹ Le muséum d'histoire naturelleChapitre 40 sur 100 · X.i'txrHKS · texte numérisé non relu

X.i'txrHKS

KCOLK DK r.OTWIOl K.

Le san", ijuc ronouvollont sans cosse les aliments que nous prenons, va <léposer dans tons nos organes les matériaux propres à les consolider, et, à son retour, il emporte avec lui les matériaux <jui ont déjà vécu , et que le temps a détériorés ; ces molécules vieillies sont composées essentiellement de carbone (cliarbon) ; elles rendent noir et boueux le sang (|ui les cbarie, et il faut à tout prix ({u’il s’en débarrasse : pour \ parvenir, le sang se rend dans deux sacs celluleux comme une éponge, qui remplissent notre poitrine, et communi(iuent avec l’extérieur par le nez et la boucbe. Ces deux sacs, nommés poumons , reçoivent à cbaque respiration l’air atmospbéri(iuo qui s’y engouffre, et en remplit toutes les cavités. Or, l’air atmospbériqne se compose en partie d’un gaz nommé oxygène, qui a une grande affinité pour le carbone : au moment oîi nous respirons, l’oxygène entre dans notre poitrine, attire, à travers les pellicules du poumon, le carbone qui altérait la pureté du sang; la combinaison s’opère à l'instant, et de cette combinaison résulte un gaz nouveau, composé d’oxygène et de carbone, et nommé gaz acide carbonique. Ce gaz, une fois formé, est cbassé de la poitrine, et se mêle à l’air extérieur; le sang, débarrassé <le ses matières charbonneuses, redevient

rouge (,‘t propre à nourrir les organes.

De ce (pie je viens de vous dire, vous devez conclure <pie l’air sorti do notre poitrine diffère de celui «jui y est entré; en d’autres termes, (pie l’air expiré diffère de l’air inspiré. L’air inspiré contenait beaucoup d’oxygène, l’air expiré en possède Ix'aucoup moins, et la quantité perdue est remplacée par du gaz acide carbonique. Ce gaz est im[)ropre à la respiration ; et ce (jui le prouve, c’est (pie si vous restez longtemps renfermé dans un lieu bien clos, tout Vo.rggène de l’air (jue contient ce lieu devenant acide carbonique au moyen du carbone de votre sang, cet air n’est plus respirable, et vous mourrez asphyxié, comme si vous aviez allumé du charbon dans votre chambre (seulement l’asphyxie est moins rapide qu’avec un réchaud).

De là découle une règle d’hygiène bien importante : c’est qu’il faut ;dler souvent à la promenade, habiter des appartements bien aérés, et surtout ne pas s’em[H'isonner, pendant le sommeil , dans des rideaux oii l’on respire plusieurs fois le même air.

(( Mais, dites-vous, .si l’oxygène est constamment changé en gaz acide carbonique par la (( respiration des animaux, ce n’est pas seulement l’air des maisons (pii est dénaturé; l’air (( extérieur doit au.ssi peu à peu s’altérer, et il viendra un moment, éloigné, mais inévitable, « où l’atmosphère tout entière sera viciée : dès lors l’air n’étant plus respirable, tous les ani- (( maux périront par asphyxie. »

Cette conclusion est logique ; mais rassurez-vous : la Providence a rendu cette catastrophe impossible; elle a placé dans le voisinage des animaux d'autres êtres, qui se font un aliment de ce qui est un poison pour nous : ces êtres sont les Végétaux. L’air chargé d’acide carbonûpie n’est plus propre à notre respiration; il va l’être pour celle des Plantes : leurs feuilles absorbent le gaz acide carbonique par une infinité de petites bouches dont leur épiderme est criblé et qu’on peut voir avec une loupe. Elles décomposent rapidement ce gaz, gaixhmt imur elles le carbone, qui se li(iuéfie, se solidifie et s’ajoute à leur substance, puis elles n'jettent dans l’air l’oxygène , et rétablissent les proportions (pie les animaux avaient détruites en respirant. L’air se trouve de la sorte purifié jiar les Végétaux , à mesure qu’il est vicié par les animaux. Cette respiration des feuilles s’effectue à la lumière. De là le plaisir indéfinissable que nous fait éprouver une promenade matinale dans les bois et dans les prairies , oii nous respirons un air riche en oxygène.

•\insi les Plantes nourrissent les .\nimaux ; mais ceux-ci à leur tour alimentent les Végétaux, et il ne serait pas absurde do dire à un Pommier, dont vous avez autrefois mangé le fruit : En respirant sous ton feuillage, je te rends l’aliment que tu m’as donné.

.le liens de vous exposer rapidement la respiration diurne des feuilles; elles en ont une

autre qui s ofière pondant la nuit : cette respiration nocturne n’est pas utile aux animaux , comme la précédente. On s’est assuré, par des expériences multipliées, (pie, dans l’obscurité, les feuilles absorbent l’oxygène de l’air, et le changent en acide carboniipie au moyen du car-

DKLi.MËMK PAMTIK.

boiio contenu tlat»s la sève qu’elles ont reçue de la racine et de la tige; mais ce larcin (jiie nous font hîs feuilles, en appauvrissant notre atmosphère, n’est (ju’un emprunt qui a pour but de rendre le carbone de la sève 'plus apte à la nutrition de la plante, en d’autres termes, plus facile a digérer. Au retour de la lumière , le gaz acide carbonique formé pendant la nuit est rapidement décomposé; l’oxygène est restitué à l’atmosphère, et le carbone, que sa combinaison avait purifié, s’assimile et s’incorpore à la substance du végétal.

Les Fleurs ont aussi une respiration; mais celle-là ne peut être (jue nuisible aux animaux, car elles absorbent l’oxygène de l’air, le changent en gaz acide carbonique aux dépens de leur propre carbone, et, au lieu de rendre l’oxygène à l’air, en conservant leur carbone, elles rejettent dans l’atmosphère le gaz acide carboni(iue qu’elles ont formé : c’est exactement ce ([ue font les animaux. De là vous conclurez sans peine (lue la respiration des Fleurs, contribuant à vicier l’air, est dangereuse pour nous, et (lu’il y a do l'imprudence à entasser des Fleurs dans son appariement , lors mêmes qu’elles sont inodores.

Les feuilles absorbent donc les li(juides, et respirent les gaz; mais elles possèdent une faculté (jui n’est |)as moins importante (jue les deux premières : c’est d’exhaler le superfiu do l’eau qu’elles ont puisée dans l’air, ou (}ue la sève leur a transmise. Cette fonction se nomme transpiralion. C’est en général sous forme de vapeur que l’eau est rejetée par les feuilles; mais lors(jue la température est froide, comme à la fin de la nuit, cette eau se condense, et apparaît sous forme de gouttelettes, à la surface et sur les hords des feuilles; et ce <iui prouve que cette eau ne vient pas de la rosée atmosphérique, c’est que les feuilles s’en couvrent également lorsque la plante est couverte d’une cloche de verre, et séparée du contact de la terre immide par une pla<iue de plomb.

Si les feuilles absorbent, respirent, transpirent, ce n’est pas seulement pour elles et pour la tige; c’est surtout au bénéfice des bourgeom (lue s’exécute celte triple fonction. Ces bourgeons, (jui sont autant de rameaux futurs, naissent à Vaisselle des feuilles, c’est-à-dire entre leur pétiole et la tige. Si cette tige est herbacée , cha(iue bourgeon se hâte de former un rameau; sur ce rameau naissent des feuilles, protégeant d’autres bourgeons qui ne tardent pàs eux-mêmes à s’allonger, et cette végétation continue jusiju’à l’automne. Dans les végétaux ligneux , c’est-à-dire dans les arbres, les bourgeons ne se développent que lentement : ils commencent à poindre au milieu de l’été, et on les nomme alors yeux ou œilletons; ils grossissent un peu, jusqu’à la fin de la belle saison, et reçoivent alors le nom de boutons. Pendant riiiver, la végétation reste stationnaire, et ils ne prennent aucun accroissement; au retour de la belle saison , dès (lue la végétation recommence , ils grossissent rapidement , et deviennent ûas bourgeons. Mais quehjue faible que soit le développement du boulon pondant l’eté, son volume acquis suffit pour comprimer le pétiole de la feuille ; cette compression continue finit par resserrer les fibres du pétiole, et s’oppose au passage de la seve, qui d’ailleurs, à cette époque, ne possède plus qu’une force d’ascension peu considérable. Ainsi, la nourriture de la fouille est interceptée par le bourgeon, que celte même feuille avait protégé et nourri; bientôt sa couleur verte s’altère, elle prend des nuances variées, et ne tarde pas à se détacher de sa branche : alors a lieu la chute des feuilles. Ce phénomène inspire de la tristesse à beaucoup de personnes, et les poètes l’ont a[ipelé le deuil de la nature; mais, en réalité, il doit etre considéré par tout esprit observateur comme un événement lieureux , puisqu’il est l’annonce certaine d’une végétation prospère pour l’année suivante.

Revenons à nos familles : vous avez vu que les Légumineuses ont, comme les Rosacées, les feuilles alternes et munies de stipules. Il est vrai que la fleur diffère dans les deux familles, si vous l’observez comparativement dans la Rose et dans le Pois de senteur; ce dernier a, comme toutes les Légumineuses d’Europe , une corolle papilionacée et dix étamines , dont neuf sont soudées en tube par leurs filets, tandis (}ue la Rose offre une corolle s\melii(iue et des étamines indéfinies. Mais , dans les Légumineuses exotiiiuos , telles que les Casses et les Mimeuses, la corolle devient presque régulière, et les étamines sont libres et nombreuses, de

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sorte que la limite entre ces deux familles serait difficile à déterminer, si l’on ne l’établissait sur l’orfïane principal'de la fleur, qui est le fruit; or, le fruit des Légumineuses est constamment une gousse.

Remontons quelques plates-bandes ; nous allons visiter une famille nombreuse , et dont la physionomie est très-facile a saisir : c’est la famille des Cvucifèvcs (ce mot signifie PoTte-Gi oix). Cueillez une fleur de cette Giroflée , que l’on cultive dans tous les jardins : vous voyez d’abord un calice formé de quatre folioles bien distinctes les unes des autres, et non soudées par le bas, comme dans les Rosacées et les Légumineuses. Détacb.ez-les du réceptacle , en les abaissant avec une épingle, vous avez sous les yeux la corolle tout entière ; elle se compose de quatre pétales , dont la moitié inférieure est posée verticalement sur le réceptable , mais dont la moitié supérieure se déjette horizontalement on dehors , de manière à former avec les autres pétales une croix à quatre branches arrondies. Enlevez ces pétales , et observez les étamines : il y en a six , qui naissent, comme les pétales, sur le réceptacle (et non sur le calice, comme dans les Rosacées et les Légumineuses, remarquez bien cette différence) ; de ces six étamines qui entourent le [)istil deux sont plus comtes, placées vis-à-vis l’une de l’autre , et répondent chacune à l’une des deux faces de l’ovairo , qui est légèrement aplati; les quatre autres, plus grandes, sont rapprochées deux à deux, et chaque paire embrasse l’un des tranchants ou bords, saillants de l’ovaire. Cet ovaire est terminé à son sommet par une petite fourche humide et spongieuse : c’est le stigmate ; et le petit col d’un vert foncé qui sépare l’ovaire du stigmate , est le style.

Avant d’aller plus loin, je veux vous proposer un petit problème, dont l’examen n’est pas sans intérêt. Vous avez remaniué (jue tes follioles du calice ne sont pas égales entre elles ; il y en a deux qui sont larges, creusées en dedans et renflées en del.ors, comme si chacune d’elles était chargée intérieurement d-’un corps dont la pression permanente tendît à dilater son fond et à faire descendre son point d’aitache. Or, c’est précisément ce qui arrive ici : ces deux folioles concaves, qui ne .sont réellement pas situées sur le même plan que les deux autres, ont leur fond rempli par le filet d’une étamine; si vous examinez cette étamine, ainsi que celle du côté opposé, vous observerez qu’elles n’arrivent pas à la môme hauteur que les quatre autres. Ce n’est pas qu’elles soient plus courtes, mais c’est que, le filet se courbant inférieurement pour se loger dans la cavité de la foliole, la hauteur de l’étamine, .sinon sa longueur réelle, en est diminuée d’autant. Quelle est maintenant la cause de cette courbure? Voilà la question à résoudre.

Abaissez un peu les deux étamines courtes, et vous découvrirez à la base interne de chacune d’elles une petite protubérance arrondie , d’un vert foncé et luisant : c’est cette protubérance qui pèse constamment sur la partie inférieure du filet, le force à prendre un détour, et le raccourcit en apparence. Or, la courbure imprimée au tilet se communique à la pièce correspondante du calice : d’où il résulte que les deux folioles qui reçoivent ces deux étamine.s contournées descendent plus bas, et arrivent aussi moins haut que les deux autres.

Arrachez délicatement l’une des étamines en question , vous verrez que le petit corps vert occupe, non-seulement la base interne du filet, mais l’embrasse complètement, et forme autour d’elle une sorte de piédestal, dans lequel ce filet était comme enchâssé.

^'ous pourrez en môme temps remarquer, au bas de deux étamines raccourcies, une ou plusieurs gouttelettes de liqueur limpide, d’une saveur sucrée. Cette liqueur a suinté des petits corps verts : c’est elle qui attire, dans l’intérieur des corolles, les Insectes que vous voyez s’y plonger avidement. Je vous ai fait connaître le but que la nature s’est proposé en plaçant ainsi des magasins de sucre au fond des Fleurs ; ce n’est pas , vous le savez , au bénéfice exclusif des Insectes, mais bien dans l’intérêt réciproque de la plante et de l’animal que ce nectar est élaboré.

Î)KL’XIK.'\1K l'AnriK,

Le problème (pie vous venez d’examiner fut [iroposé, il y a bien des années, par Jean- Jac(pies Itousscau à M"'® Delessert, (pii voulait donner à sa fille (piebpics notions d(! botanicpie. .)ean-.Iac(pies , vieux et iidirme, en proie i\ des cbagrins de toute es[>èce, avait trouvé dans l’étude de l’bistoire naturelle une puissante consolation. 11 écrivit alors à Delessert, (pi’il appelait sa bonne cousine , (luebpies lettres sur la botani(|uo, et, dans rune do ces lettnis, il lui soumit la ipiestion relative à l’inéf^alité des deux folioles renllées et des deux étamines raccourcies. Delessert résolut la moitié du problème : elle comprit bien (pie les folioles du calice sont renflées parce que les étamines se logent dans leur cavité; elle comprit «pie les étamines paraissent [)lus courtes parce (pi’ellcs sont recourbées, mais elle ne put découvrir la cause première do leur courbure, car elle ne remaniua [las les deux grosses ÿ/rmr/es (pii pèsent sur elles. Si vous avez pu les observer dans la Giroflée , vous les verrez encore mieux dans la fl(;ur du Chou que voici, et, en outre, vous allez en trouver deux autres, moins volumineuses, situées au pied dos deux pair(3S d’étamines longues; mais comme elles sont planti'-esen dehors des filets, ceux-ci ne subissent aucune déviation, et, montant verticaleiiKpit en droite ligne, s’élèvent plus haut (pie les deux autres.

Les huit lettres de Jean-Jac(pies l{ousscnu à M"' ' Didessort contribuèrent singulièrement à répandre en France le goût de l’bistoire naturelle. Les gens du monde , (pii n’avaient vu jus(pie-là dans la botani([ue (pi’une nomenclature de drogues {lurgativcs, diapborétâpies ou alexi[)harma(pies, accueillirent avec empressement l’opuscule de Jean-Jac(iue& , cbef-d’u uvre d’élégance et de simplicité. Ces lettres ont donc, par le s(?rvice (jti’elles ont rendu, une valeur scientifKpie autant (pie littéraire; mais ce qui aebève de les rendre pri;cieuses , c’e.st (jue M. lienjamin Delessert, fils de la bonne cousine, qui est resté possesseur de l’original des Lettres, a groiqié autour de ce manuscrit tous les ouvrages de botanâpie publiés chez les anciens et les modernes jus(pi’à nos jours. 11 s’est formé de la sorte la plus riebe bibliotluMiue botanique (pii soit au monde. Cette bibliotbè(jue est libéralement ouverte [sans vacances!) à tous les amis de la science des Fleurs, qui peuvent y iniiser aux meilleures sources les documents dont ils ont besoin, et y trouvent en outre, comme pièces Justificatives, un immense herbier oii les Plantes de toutes les ri*gions du glotte sont classés avec soin et nettement déterminées.

Il vous reste maintenant à étudier le pistil de votre Giroflée. Vous avez déjà observ(‘ la forme allongée, un peu aplatie, do l’ovaire, son stigmate fourebu et le style très-court (|ui sépare l’un de l’autre; remar(}uez le tissu mou, spongieux, légèrement gluant de ce stigmate : c’est sur ce tissu que va se déposer le pollen ou poussière fécondante, c’est entre ses mailles peu serrées (pie le finllen se fraye un [lassage pour descendre jusqu’aux graines. Prenez maintenant un jûstil bien dévelo[)pé , coupcz-le en travers , et par le milieu , vous verrez qu’il forme deux cavités entre les(pielles est posée une cloison. Maintenant cliercbez à ouvrir une de ces cavités en soulevant, de bas en liant, un des c(Més plats du pistil. 11 y a, sur ce côté plat, une couture (pii vous indûpiera la place oîi vous devez appli(iuer la lame de votre canif : celle couture cédera sans résistance à rinstrument, et vous trouverez, dans l’inb'rieur, des graines aplaties, suspendues à de petits cordons, l.’écartement (pie vous avi^z ojieré par un mécanisme artificiel s’exécute naturellement, (piand le pistil est parvenu à sa maturité. Les lames se voient alors décollées et suspendues par leur extrémité supérieure; puis, avec l’ûge, elles .se détachent tout à fait, et tombent, de manière (lu’il ne reste debout que la cloison, couronnée par le stigmate (pie vous connaissez, et bordée le long de ses côtés par deux ourlets d’oli partent des cordons tortueux , auxiiuels sont suspendues les graines.

Comparez avec la Ciroflée les divx'rses espèces iYllesperis, nommées vulgairement Juliennes, les Choux, les Navets, les lladis, le Cresson de fontaine , le Cresson alénois, le Ihlaspi des jardiniers {Iberis) , dont les corolles ont leurs deux pétales extérieurs plus déveloiipés (jue les deux intérieurs; enfin la Bourse à pasteur [Thlaspi bursa pastoris) , petite plante qui abonde partout et fleurit toute l’anin'e. Vous jugerez sans peine (pie tous ces Végétaux, mal-

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gré la diversité iiui les distingue outre eux, appartiennent, comme la Giroflée, à la famille des Crucifères.

Vous voulez cueillir une petite branche de cette plante dont les feuilles, d’un vert glauque, sont divisées en découpures arrondies; [)renez garde au suc jaune qui suinte de l’extrémité de la tige qm; vous venez de briser : ce suc est très-àcrc et tache fortement la peau. — La plante tpie vous avez sous les yeux est la ChéUdoine {Chelidonium majus) , vulgairement nommée grande Éclaire. — ^'ous croyez reconnaître dans ce végétal un membre do la grande famille des Crucifères : vous voyez eu effet une corolle de quatre pétales disposés en croix, et le pistil se sépare on deux pièces qui tombent et laissent en place un ourlet chargé de graines. .Mais regardez le calice : il est de deux folioles très-cadu(iues ; comptez les étamines : il y en a une trentaine; malgré ces différences, la Cliélidoine est, non pas une Crucifère, mais du moins une alliée de la famille.

C’est à la famille des Pavots ou Papavéracées ({u’appartient la Cliélidoine.

— Voici le Pavot Somnifère, (lue vous pouvez comparer avec elle : calice de deux folioles , corolle de ijuatre pétales , chiffonnés dans la fleur non épanouie; étamines nombreuses naissant sur le réceptacle. Justju’ici, l’analogie est évidente ; mais le pistil offre une différence notable : c’est une capsule, couronnée par des styles en forme do plaques rayonnantes, qui portent, sur leur milieu, des stigmates allongés en lignes brunes; cette capsule est ovale , et renferme un nombre intini de graines blanches qui tapissent des lames saillantes, attachées à ses parois. — Vous voyez un suc laiteux blanc suinter de la tige et do la capsule déchirées ; ce suc laiteux est l’opium, qui, pris en petite quantité, est le plus précieux des calmants , et devient un poison lorsqu’on l’administre à haute dose. Cependant les Orientaux en font un usage immodéré ; ils le boivent , le mâchent ou le fument; mais l’habitude émousse son action narcoti<iue, et un Turc en avale impunément des doses, dont la deux centième partie suffirait pour endormir à jamais un Européen. Toutefois, l’abus de l’opium a cela do grave pour les Orientaux, (pi’ils sont obligés d’user de doses successivement croissantes pour obtenir cette ivresse délicieuse (pi’iis regardent comme la félicité suprême; aussi tombent-ils bientôt dans un état d’abrutissement pliysicpie et moral dont rien ne peut les tirer.

Ce l’avot, (jue vous voyez auprès du Somnifère, et «lui ne s’en distingue (|ue par sa capsule tout à fait sphériciue et ses graines noires, est cultivé en grand dans le nord de la France, où l’on retire de ses graines une huile nommée huile d’œillette, que l’on vend communément à Paris pour de l’huile d’olive.

Ces diverses espèces do Coquelicots que vous voyez ici appartiennent au genre Pavot, comme vous pouvez vous en assurer en examinant leur fleur.

Parmi les VégtUaux à semences nombreuses, le Pavot Somnifère est cité comme l’un des plus féconds; un seul |)ied produit assez de capsules pour fournir en un an 32,000 graines; notez que chaque graine contient dans .son sein le germe d’une nouvelle plante; supposez que ces 32,OO0 graines soient toutes semées convenablement, et réussi.s.sent, vous en aurez, la seconde année, 1,021,000,000; en supposant toujours que ces graines soient toutes semées, et produisent chacune 32,000 autres graines, vous aurez au bout de quatre ans le chiffre 1,048,570,000,000,000,000; d où vous pourrez conclure (jue, si aucune graine no péris.sait, la postérité d’une seule graine de Pavot couvrirait, dès la quatrième année, plus que la surface entière du globe terrestre.

Non loin des Pavots, vous voyez la famille des Jtenoîtculacées. Cueillez cette Fleur à'Ancolie; sou nom latin Aquilegia, signifie réservoir d'eau : ce nom n’est-il pas justifié jiar la forme des cini] pétales creux, et figurant assez bien une urne ou une corne d’abondance? En dehors sont les cin(| folioles du calice, dont la couleur est bleue comme celle do la corolle, et

DEUXIÈME PAiniE.

qui so dëtaclient nettement les unes des autres; on dedans sont les étamines, (lui sont nomblouses, et naissent sur le réceptacle. Le pistil se compose do cinq ovaires bien distincts, qui s’ouvrent à peu près comme de petites gousses, et portent une série de graines le long do leur bord intérieur. Voilà VAncolie, telle que la nature l’a faite. Mais dans les jardins oh on la cultive, la nourriture trop succulente (lu’elle reçoit de la main de l’iiomme altère sa simplicité primitive, et lui fait subir des métamorphoses dont la plus fréiiuente est celle (luo vous voyez ici : les cinq pétales creux en renferment do semblables, emboîtés par séries les uns dans les autres comme des cornets, et diminuant de grandeur à mesure (ju’ils s’éloignent du l»lus extérieur. Il vous est facile do voir <pio cette multiplication de pétales s’est faite aux dépens des étamines, puisque celles-ci deviennent d’autant plus rares (jue les cornets sont plus nombreux.

Cette tendance à la métamorphose, (pii se fait remar(juer surtout dans les Fleurs dont les étamines sont nombreuses, peut s’observer surtout dans les Renoncules modifiées par la culture, et (pic les fleuristes nomment Routons d'or ; c’est ce (]ue vous voyez également dans la Renoncule asiatique, dont les ovaires eux-mêmes so sont changés en pétales. Quant aux Reno7icules simples, leur structure est facile à étudier : cinq folioles distinctes forment le calice; la corolle se compose de citnj pétales d’un jaune vernissé; remanjuez au bas de cha- (pie pétale une petite écaille qui s’applique contre la base interne de celui-ci: elle forme un petit sac, au fond du(iuel est une glande à nectar. En dedans de ces pétales s’élève la phalange des étamines : elles sont nombreuses et posées sur le récejitacle; le pistil est formé de petits ovaires nombreux, qui, au lieu d’être groupés sur un i)lan horizontal, comme dans VAncolie, s’échelonnent en spirale autour du réceptacle, et peuvent facilement se détacher les uns des autres.

Dans les Anémones, vous no trouverez pas de corolle, mais seulement un calice do cinq à quinze grandes folioles colorées comme des pétales; les ovaires offrent la même disi)Osition spirale, et no contiennent qu’une seule graine, comme dans les Renoncules; chez cmelques espèces, et notamment chez VAnémoiie des jmés , nommée vulgairement la Pulsatille, les styles s’allongent à la maturité; ils forment une espèce do (jueue plumeuse qui donne prise au vent, et favorise la dispersion des ovaires, — Les Clématites offrent aussi cet accroissement singulier des styles, mais elles diffèrent de toutes les autres Renonculacées , en ce (pie leur tige est grimpante, et leurs feuilles opposées. Celle-ci {Clematis Vitalba) porto un surnom populaire fort peu élégant. Les mendiants s’en servent pour exciter la pitié publi(iuo : la veille des fêtes patronales, ils s’applicpient sur les bras, sur les jambes ou sur le dos, les feuilles pilées de cette plante; le suc caustique qu’elles contiennent enflamme la peau comme un vésicatoire, et soulève des ampoules énormes; les mendiants enlèvent alors l’épiderme et mettent ainsi à nu une plaie très-rouge et d’un aspect effrayant. Los passants s’empressent de faire l’aumône aux porteurs do ces ulcères hideux , et le lendemain , un peu de beurre frais suffit pour les guérir. Voilà pourquoi la Clématite est surnommée V Herbe aux gueux.

Toutes les lîenonculacées sont des plantes âcres, sans excepter les espèces du genre Ranunculus, dont les tiges fluettes dominent le gazon des prairies, et sont terminées par des Fleurs qui ressemblent à de petits bassins d’or. Ce sont surtout colles (pii croissent dans les lieux humides que les animaux herbivores refusent de i)aître : telles sont la Renoncule rampante et la Renoncide scélérate. Mais ces plantes perdent leur âcreté par la dessiccation, et donnent de bon foin, que les bestiaux mangent volontiers.

De toutes les Renonculacées , la plus vénéneuse est le Napel, qui appartient au genre Aconit, et qu’on rencontre dans tous les jardins : le calice est très-irrégulier, et ressemble à une corolle; la foliole supérieure forme un casque; sous ce casque sont logés deux {(étales.

ÉCOLE DE BOTANIQUE

ayant la forme de capuclions et portés sur un long pied. — Le genre Dauphinelle {Delphi^ nium) offre aussi un calice irrégulier, coloré comme une corolle; la foliole supérieure se relève en bonnet pointu, et renferme dans sa cavité deux pétales soudés, et se relevant en queue. Voici l’espèce la plus commune, nommée vulgairement Pied d'Alouelte; c’est le Delphinium Ajacis.

Vous voyez que dans la famille des Renonculacées , les genres diffèrent beaucoup entre eux par leur calice et par leur corolle, laquelle manque même dans quelques-uns; mais dans tous, les folioles du calice et les pétales sont distincts les uns des autres; les étamines sont nombreuses, et posées sur le réceptacle; les graines ont la même structure; dans presque tous, enfin, les feuilles sont découpées en lanières profondes. C’est donc une famille très-naturelle, malgré la diversité que présentent les organes secondaires de la Fleur.

Descendons quelques plates-bandes; nous rencontrons sur notre chemin la Vigne, qui forme à elle seule une famille. Son origine se perd dans la nuit des temjis. Le roi Géryon la recueillit dans l’Arabie Heureuse, et la transporta en Espagne; les Phéniciens, (]ui exploitaient tout le littoral de la Méditerranée, en dotèrent successivement la Sicile, la Grèce, l’Italie et Marseille. La Vigne s’étendit peu à peu dans la Ganle méridionale, et elle était déjà parvenue dan.s les provinces du centre, lorsipie le farouche Domitien, en l’an de .lésus-Christ 92, la lit extirper complètement dans les Gaules, sous prétexte que sa culture nuisait à celle du blé. La \’igne fut exilée pendant deux cents ans, et ce fut l’empereur Probus qui la rendit aux Gaulois. Vous savez le parti qu’ils en ont tiré. Ils en ont fait non-senlement du vin, mais ils ont su séparer de ce vin l’élément spiritueux (jue la fermentation y avait développé : c’est Arnaud de Villeneuve, professeur de médecine en la Faculté de Montpellier, (jui a le premier distillé Veau-de-vie, que les chimistes nomment alcool.

Voici la famille des Malvacees, qui mérite à plus d’un titre de fixer notre attention. Prenez une de ces fieurs de Mauve, vous verrez un calice à folioles soudées, pourvu extérieurement d’un autre calice semblable à lui; la corolle est de cinq pétales; les étamines sont nombreuses, leurs filets sont soudés en tube dans lenr moitié inférieure, et leurs sommets chargés d’anthères forment une gerbe élégante; les étamines sont posées, ainsi que les pétales, sur le réceptacle do la Fleur; le pistil se compose d’un grand nombre de petits ovaires (]ui forment, par leur ensemble, un petit tourteau et portent chacun un style; tous ces styles réunis montent dans le tube formé par les étamines. Vous trouverez ces caractères avec des différences de nombre, do grandeur et de forme, dans tous les genres de la famille des Malvacées, tels que les Mauves, les Guimauves, les Sida, les Abutilon, les Alcées ou Poses Trémières, etc.

Le Cacaoyer, petit arbre do l’Amérique méridionale, dont les graines, légèrement torréfiées et broyées ensuite, fournissent à l’homme l’aliment nommé chocolat, appartient aux Malvacées. C’est à la même famille (jue nous devons ce duvet précieux qui est l’objet d’un commerce si considérable entre l’ancien et le nouveau monde. Le Coton est une sorte do chevelure entourant les semences du Cotonnier herbacé et du Cotonnier arborescent; les filaments soyeux qui le constituent sont garais, sur toute leur longueur, de petites dentelures visibles à la loupe : c’est ce qui explique comment ces filaments, (juoique trèscouits, peuvent s’ajuster bout à bout les uns aux autres, et former ainsi un fil d’une longueur indéfinie. Enfin, c’est dans la famille des Malvacées que vient se ranger cet immense Baobab , dont nous verrous dans les serres un jeune individu ; le tronc de ce géant du lîègne végétal peut acquérir quatre-vingt-dix pieds de circonférence.

Auprès des Malvacees , nous trouvons les Géraniées , dont les genres, quoicjuo d’aspect bien différent , se rapprochent par des caractères communs. Voici d’abord les espèces du genie Géranium , ainsi nommé parce (|ue le fruit a la forme d’un bec de grue. 11 y en a plusieurs dont les lleuristcs font grand cas. Voici la Capucine , originaire du Pérou , et

Cotonnier.

CsnAiccM llOBiiir.

DELXIË.ME PAirriE.

cultivée nujourd'liui dans toute l'Europe , comme plante potagère et comme plante d’ornement. Toutes ses parties ont une saveur Acre et piipiante, assez agréalde. La tille de Linné a observé la première, sur la Ca[)ueine, un phénomène très-curieux : dans les beaux jours d’été, vers le crépuscule du soir, il sort de la tleur une lumière vive comme l’éclair, qui ressemble à une étincelle électri(]ue; quebiues cbimistes attribuent ces petits éclairs à une production de phosphore exhalé par la Heur et s’entlammant A l’air. Voici la lîahamine , originaire de l’Inde, qui est cultivée dans tous les jardins, oîi elle double facilement; i>rès d’elle est la Balsamine jaune , nommée aussi Noli Tangere (i\e me touchez pas). Ces deux espèces forment le genre Inipalienle; vous comprendiviz la signification de ce nom . si vous touchez le pistil mûr do l’une de ces Plantes ; les ovaires se roulent en dedans avec élasticité , et lancent au loin les graines qui y sont renfi'rmées. Le genre le plus intéressant (pour l’homme) de la famille des Géraniées, est le Lin, dont mie espèce, originaire du plateau de la haute Asie, est devenue indigène en Europe; les fibres de son écorce, [>réparées [»ar le rouissage, se séparent facilement , et servent à faire les tissus de fil les plus fins , et même les dentelles. Les graines sont enqiloyées en médecine , et on en extrait une huile grasse, très-employée [lour la peinture.

Nous passons devant la Bue , sur hnpielle nous avons observé les manœuvres des étamines; près d’elle est le Dklame Fraxinelle , ([ui est de la même famille ipie sa voisine. Sentez- vous l’odeur pénétrante ipie réfiaiid celte plante? Elle est loin d’être aussi désagréable ipie celle do la Bue. La vapeur qu’elle exhale est une liuile volatile, réiluite en gaz; si, à la fin d’une chaude journée d’été , vous vous ap[)rochez d’elle avec une bougie allumée, l’atmosphère (jui l’envelopiæ s’enflamme sans endommager la |)lante. Vous pourrez aussi observer sur la Fraxinelle le mouvement des étamines (jue vous a présenté la Bue.

Nous voici devant la famille des Carioplujllées, l’une des plus naturelles du Hègne végétal ; une tige herbacée, noueuse, avec des feuilles opposées, naissant par paire de cha(]ue nœud, un calice à cimi folioles ordinairement .soudées en tube; une corolle de ciiuj pétales libres, dix étamines posées sur le réceptacle, un pistil formé d’un ovaire à graines nombreuses, et couronné par deux, trois ou cin([ styles: voilà les caractères de cette famille. Ses genres principaux sont les OFillets, les Saponaires, les Lychnis, les Cérastes, les Stellaires, dont une espèce fournit la Morgeline ou Mouron des petits oiseaux. — Parmi les Lychnis, il y a une espèce très-commune dans les camjiagnes : c’est le Lychnis blanc {Lychnis dioïca), dont les Fleurs, inodores pendant le jour, répandent un parfum suave à l’entrée de la nuit. Ces Fleurs pré.sentent une particularité dont je vous ai déjà parlé : les unes sont [tourvues d’étamines seulement; les autres n’ont qu’un i>istil; les Fleurs à pistil et les Fleurs à étamines se trouvent sur des [deds séparés.

I.a famille des Crassulées va vous offrir de nouveau les étamines posées sur le calice, comme vous l’avez vu déjà chez les Légumineuses, et surtout chez les Rosacées; ce caractère est très-important, et vous saurez bientôt pouniuoi j’appelle sur lui votre attention. — La tige est ordinairement herbacée; les fouilles sont épaisses, charnues. Le calice est profondément divisé, c’est-à-dire ([ue ses folioles ne sont soudées ensemble (jue [lar leur base; la corolle a ses pétales en nombre égal à celui des folioles du calice ; ces pétales sont tantôt libres, tantôt légèrement soudés; les étamines sont tantôt en nombre égal à celui des pétales, tantôt en nombre double; et, dans ce dernier cas, elles sont alternativemont attachées à la hase du [)étale et à la base du calice. C’est ce que vous voyez très- bien dans le Sedum bridant {Sedum acre) : les ovaires sont en nombre égal à celui des pétales, disjjosés en

ÉCOLE DE noTANIOLE.

corde, flistiiicls les uns des autres, terminés par un stylo court et pointu; à la base externe de cliaque ovaire est une écaille ou glande nectarée ; à la maturité, les ovaires s’ouvrent par une fonte longitudinale placée à l’angle intérieur, les graines sont nombreuses et attachées au bord interne des ovaires. Les Sedum , les Crassnles , les Joidmrbcs sont les principaux genres de cotte famille , qui fournit à nos parterres (pielques jolies plantes d’ornement.

Lon Nopalées , (jui sont des Plantes grasses, comme les Crassulées , ont des tiges charnues , épineuses , des feuilles petites, caduques, peu apparentes, flont les fonctions sont évidemment remplies par la tige. Los Fleurs sont ordinairement solitaires et sessiles sur la tige. Le calice est adhérent à

Seuvm bbueant.

l’ovaire; les pétales sont en nombre indéfini, insérés vers le haut du calice, soudés par la base, et disposés sur plusieurs rangs; les étamines sont nombreuses, et naissent sur le haut du calice comme les pétales; le pistil se compose d’un ovaire surmonté d’un seul style.

Le Cierge raquette {Cactus opuntia) a sa tige composée d’articles aplatis, ovales; ces articles sont traversés par un axe ligneux, et leur apparence foliacée provient du grand développement qu’a pris le parenchyme; en vieillissant, ils deviennent ligneux et cylindri(pies. Cet arl)risseau, originaire de l’Amérique, est maintenant naturalisé dans le midi de la Franco. C’est sur lui et .sur le Nopal {Cactus coccinilifer) que vit la Cochenille, petit insecte trèsemployé dans la teinture pour la fabrication du carmin et de la laque carminée. La femelle se fixe sur la tige du Nopal, fait sa ponte et meurt; mais, utile encore à sa famille, son corps desséché et changé en coque lui sert de rempart contre toute cause extérieure de destruction, llientôt, l^s œufs étant éclos, les petits se répandent par milliers sur la plante, s’y attachent, et y subis-^ent toutes leurs métamorplioses. V la dernière, les femelles prennent l’état d'immobilité de leur mère; c'est alors ([u’on les recueille; on les dessèche au soleil, et on les envoie en Europe.

I.e Cierge du Pérou {Cactus Peruvianus) est une des plus belles espèces de la famille. On en apporta, en 1700, un individu au .Jardin; il y fut planté, n’ayant que «juatre pouces de hauteur et deux pouces de fliamètre; il devint bientôt si grand, (lu’en 171.3, sa tige s’élevant au-dessus de la .serre dans laquelle il était placé, on fut obligé d’en brûler le sommet avec un fer rouge, pour arrêter son accroissement. C(?la ne l’empêcha [)as tie pousser des jets latéraux; en 1717, il avait vingt-trois pieds de hauteur et .sept pouces de diamètre.

On prit ensuite le parti de construire autour de lui une cage vitrée ([u’on exhaussa à mesure qu’il grandissait, et qui bientôt s’éleva à (]uarante pieds do hauteur. Enfin, on fut forcé doledétmire, parce (jue les serres ne pouvaient

Cierge ur P.'nor.

le suivre dans son ascension, et vous verrez l’im de ses rejetons, qui occupe un coin de la serre carrée de l'Ouest. Ce Cierge, dont l’histoire fera épo(iue*dans les annales du Jardin, avait des racines peu étendues; on n’arro.sait jamais la terre (pii le .soutenait, il |)ompait sa nourriture dans l’air atmosphéri(pie, par la seule succion de son écorce. Il se couvrait toutes les années de tleurs (lui se fanaient en vingt-quatre heures , mais qui se succédaient pendant un mois.

Je ne veux pas repasser devant le Pistachier, dont nous avons diqà parlé, sans vous dire un mol de la famille k la(iuelle il appartient : la famille des Térébirithes est très-nombreuse eu arbres et en arbustes; nous y trouvons d’abord le Pistachier commun {Pistacia vcra)\ pui.s le Pistachier à mastic {Pistacia lenticus) ; de son écorce exsude une résine balsami(iue (jue les Orientaux mâchent pour se parfumer l’haleine et fortifier les gencives. Le mastic fourni par les Térébinthes do l’île de Scio est exclusivement réservé pour les odalis(pies du Crand Seigneur. N'approchez pas de cet arbrisseau grimpant : c’est le Sumac vénéneux {Ithus toxi-

DEUXIEME PAirriE.

codendntm) , dont la tige produit des racines aériennes, et dont le suc est si causti<iue, (ju’une seule goutte, touibéti sur la peau, suffit pour causer une iiillainmation qui s’étend bientôt à toute la surface du corps. L’attouchement dos feuilles produit des démangeaisons cuisantes et des ampoules; la vapeur môme <[ui s’exhale do toute la plante peut occasionner, la nuit surtout, de graves accidents. C’est aussi à la famille des Térébinthes ([u’appartiont ce bel arbre do la Ciiine, \' Aîlantus, qui s’est naturalisé on France. Enfin VEnccns et la Myrrhe, dont l’origine est encore peu connue, sont probablement fournis par des arbres de la môme famille.

Nous voici [)rès de la cabane du jardinier, derrière laquelle s’étend la famille des Ombellifères; c’est un des groupes les plus naturels du Itègne végétal. Les feuilles sont ordinairement très-découpées ; leur pétiole est creux à sa base, et enveloppe la tige, qui est presque toujours herbacée. Les pédoncules des fleurs divergent comme les branches d’un parasol; chaque pédoncule se subdivise en pédoncules secondaires, qui ilivergent à leur tour, et dont chacun porte une fleur. Examinez la fleur de cet Ileracleum : vous verrez cinq pétales blancs posés sur le haut du calice, ipii est tout à fait soudé avec le pistil ; entre ces cinq pétales vous com[)tez cinq étamines posées, comme les pétales, sur une espèce de petit disque tjui couronne le pistil, et que traversent deux styles; ([uaud le fruit est môr, il se divise en deux ovaires qui ne contiemient chacun qu’une seule graine.

L’espèce la i)lus historique de celte famille est la Grande Ciguë {Coinum macnlatum) , dont vous voyez la tige manjuée de taches vineuses, el fjui exhala une odeur de souris très-prononcée : ce fut le poison de Socrate et de l'iiocion, les deux plus vertueux citoyens d’Athènes. La Ciguë (ie nos pays n’est nas aussi vénéneuse (pie celle de la Grèce, c’est néanmoins une plante narcotiiiae (jue l’on emploie en médecine avec beaucoup de prudence. h'AiAs , le Fenouil ,

V Angélique , la Coriandre, la Carotte, le Cerfeuil, le Fanais, \a Persil ,

VOËnanlhc , le Phellaudi iiun , la Cicutaire , VlJthuse, appartiennent à cette familie : les premiers sont aromaliiiues , les autres ont une odeur suspecte et sont très-va'néncux. Il est surtout une espèce, nommée vulgairement Petite Ciguë {Æthusa Cynapium) , (psi est facile à confondre avec le Persil; ce (]ui la rend encore plus dangereuse , c’est (ju’elle croît dans tous les lieux cultivés, môlée avec le Persil, el donne lieu fré(iuemment à des méprises funestes. Comment distinguerez -vous le poison de la plante utile? Nous avons sous les yeux le Persil et la Petite Ciguë : comparez d’abord hmr fleur : le Persil a des fleurs jaunes; la Petite Ciguë a des fleurs blanches. — Le Persil porte à la base de son parasol gén(*ral une collerette formée de quel(]ues petites folioles; la Petite Ciguë n’en a pas du tout. — Le Persil porte à la base de chacun do ses pfdits parasols secondaires une collerette de plusieurs folioles arrondies et rangées circulairement ; la Petite Ciguë porte aussi une collerette à la base de ses petits parasols, mais celte collerette, au lieu d’être circulaire, se compose de trois folioles longues et effllées , qui sont situées à l’extérieur du polit parasol , et dirigent leur pointe en bas. Ces caractères distinctifs sont très-faciles à saisir et à comparer, (luand la plante est en fleur; mais ce n’est pas le Persil monté qu(> l’on va cueillir pour la cuisine; c’est l’herbe encore jeune, et n’ayant que sa tige et ses feuilles: comment donc la distinguerons-nous de la Petite Ciguë , quand toutes les deux sont peu développées? Remarquez (|ue dans le Persil , les h'uilles sont d'un vert clair et gai ; dans la Petite Ciguë , d un vert sombre et triste. — Dans le Persil , les découpures de la fouille sont assez larges; dans la Petite Ciguë, la feuille est très-finement découpée. — Dans le Persil, les feuilles, froissées entre les doigts, ont une odeur franchement aromati(}ue; dans la Petite Ciguë, cette odeur est désagn^able et suspecte. — Enfin, si vous examinez le bas de la tige dans la Petite Ciguë, vous h; verrez marqué en long de lignes rougeâtres, (jui n’exislenl jamais dans le Persil.

Ceci n’est pas une leçon de médecine, c’est au contraire un document qui vous dispensera

CpANSE CiCl’Ë.

ÉCOLE DE DOTANIQUE.

d’y avoir recours; et si je suis entré dans quelques détails sur le signalement du Persil et de la Petite Ciguë, c’est qu’il ne faut pas, pour l’honneur de la botanique, que votre cuisinière en sache là-dessus plus que vous.

Ne confondez pas avec les Ombellifères ce Vi07-ne et ce Sureau qui tes avoisinent. La disposition dos Fleurs est la même en apparence; mais le plus léger examen vous fora voir que les pédoncules, quoiiiue partant d’un même point, et divergeant d’abord régulièrement comme les branches d’un parasol , se subdivisent ensuite plusieurs fois avec une grande irrégularité. — D’ailleurs, la corolle a ses pétales soudés en une seule pièce; le fruit est une baie succulente , et les feuilles sont opposées ; malgré ces différences , la famille des Chèvrefeuilles n’est pas éloignée de celle des Ombellifères.

Voici la famille des Rubiacées, famille à laquelle nous devons quelques espèces exotiques bien précieuses dont je vais vous entretenir. Cueillez une branche do Caille-Lait {Gallium), observez d’abord la disposition des feuilles qui forment autour de la tige des groupes circulaires ; la corolle est petite , de quatre pétales soudés en un seul , et formant une petite croix étalée. — Entre chaque division de la croix est une étamine ; les quatre étamines sont , ainsi ([ue la corolle, posées sur le haut du calice, qui est ici complètement soudé avec le pistil, comme dans les Ombellifères ; le fruit est aussi composé do deux ovaires soudés.

Vous obsei’verez cette structure de la fleur dans la plupart des Rubiacées européennes, telles que les Caille-Laits , les Aspéniles et les Gai'ances; c’est une espèce do ce dernier genre, le Rubia Tinctoria, dont la racine fournit un principe colorant rouge, que l’on emploie pour la teinture des laines. — Parlons maintenant des Rubiacées étrangères.

Le Quinquina, que les médecins regardent comme le plus héroïque des Fébrifuges fournis par le Règne végétal , est l’écorce d’une Rubiacée américaine. —

Les espèces de Quinquina sont nombreuses, ce sont de grands arbres dont les fleurs sont disposées on grappes comme celles du Lilas. Leur port est trèsélégant; les feuilles sont opposées par paires, et la base de leur pétiole est garnie de deux stipules cadiniues. Le Quinquina vient du Pérou, et la découverte de ses propriétés médicales est enveloppée d’une obscurité qui a donné lieu aux versions les plus contradictoires. On raconte qu’un naturel du pays , s’étant désaltéré, pendant un accès do fièvre, à une fontaine dans laquelle plongeaient dos branches d’arbre à quinquina, fut guéri de sa fièvre, et découvrit ainsi la vertu de ce végétal. Mais comment cette découverte fut-elle communiquée aux Européens? Quelques-uns disent qu’un indigène guérit, avec la poudre do l’écorce du Quinquina, un Espagnol logé chez lui , et que l’homme rendu à la santé publia l’histoire de sa guérison. Si l’on on croit quelques autres , les sanguinaires dominateurs du Pérou , étant moissonnés par une fièvre intermittente d’un caractère pernicieux , les naturels , qui connaissaient les propriétés du Quinquina , voyaient mourir les Espagnols , sans leur indiquer le remède spécifique, et laissaient à la fièvre le soin de les délivTer de leurs oppresseurs; mais un jeune Péruvien , qui aimait la fille du gouverneur, et qui la voyait dépérir, sacrifia son patriotisme à son amour, et fit prendre secrètement plusieurs doses do Quinquina à sa maîtresse; on épia ses démarchés , et son secret fut découvert. Ceci est plus poétique encore que l’hospitalité généreuse dont je vous parlais tout à l’heure : mais ce qui décolore un peu toutes ces traditions, c’est le témoignage positif de l’illustre voyageur, ,M. de Ilumboldt, qui a longtemps résidé dans la patrie des Quinquinas , et qui assure que les naturels du pays en ignorent complètement les propriétés. Au reste, il est certain qu’en 1638, la femme du comte del Cinclion, vice-roi du Pérou, que tourmentait depuis longtemps une fièvTe intermittente rebelle , fut guérie par un corrégidor do Loxa , qui lui fit prendre du Quinquina. A son retour on Espagne, en 1649, la comtesse y rapporta une provision de l’écorce salutaire, et en distribua de la poudre à plusieurs personnes ; de là le nom de Poudre de la Comtesse, qui lui fut d’abord donne, tors 1649, les jésuites de Rome, en ayant reçu d’Amérique une grande quantité, le

. DKIJXFÈMK PAHTIK.

iniront eu vogue, et il fut nommé Pondre des Jésuites, car ils la distribuaient toujours en poudre, afin d’en tenir l’origine cachée. Enfin, dans l’année 1770, Louis XIV en acheta le secret d’un Anglais, nommé Talbot, qui avait guéri avec cette poudre le Dauphin, fils du roi; c’est depuis cette époque seulement qu’on a reçu en France du Quinijuina en écorces. Vous avez souvent entendu parler de la Quhiine : c’est le princi|)e fébrifuge du Quiiaïuina. La préparation de cette substance est une des plus belles découvertes do la chimie moderne, et le service le plus important qu’elle ait rendu à la médecine depuis le commencement du dixneuvième siècle, puisque sous un petit volume, et sans fatiguer le malade, on peut administrer des doses énormes de Quinquina , et opérer les guérisons les plus difficiles.

Si je ne craignais d’arrêter trop longtenijis vos idées sur la médecine, je vous parlerais de Vlpécacuanha , racine précieuse que nous donne la famille des Rubiacées, J’aime mieux vous conduire devant cet arbrisseau , à la taille svelte , aux rameaux élégants , ornés d’un feuillage lisse et toujours vert ; ses fleurs sont blanches , groupées à l’aisselle des feuilles supérieures , et elles exhalent une odeur suave. Le fruit est une haie rouge, grosse comme une cerise, et contenant, au centre d’une pulpe douceâtre pou abondante, deux semences cartilagineuses; ces semences ne sont autre chose que le

L’histoire do la découverte des vertus du Café n’est pas moins obscure que celle du Quinquina ; selon les uns, des chèvres ayant brouté de jeunes pousses de Caféier, passèrent la nuit à cabrioler, et révélèrent ainsi le Café au berger qui les gardait. Selon (luelques autres , le prieur d’un couvent de .Maronites, ayant par hasard mangé un grain de Café, et n’ayant pu dormir la nuit suivante, eut l’idée d’en faire prendre à ses religieux, pour leur faciliter les moyens de lutter contre le sommeil pendant les matines. — Les sectateurs de Mahomet revendiquent, pour, les vrais croyants , l’honneur de la priorité : ce fut, disent-ils, le mollah (ihadelly qui usa le premier de cette boisson afin de prolonger ses prières nocturnes; les derviches arabes l’imitèrent; leur exemple entraîna les gens de la loi; bientôt ceux même qui n’avaient pas besoin de se tenir éveillés adoptèrent le nouveau breuvage. Il était déjà en crédit à Constantinople en 1550, et Prosper Albin, célèbre botaniste du seizième siècle, rapporte que les Arabes en vendaient au Caire sous le nom de Caovâ.

Raynal, dans son Histoire philosophique , nous apprend que le Caféier est originaire de la haute Étliiopie, d’où il a été transporté dans l’Arabie heureuse, vers la fin du (juinzième siècle. Si l’.Vrabie n’est point la première patrie du Caféier, elle est du moins sa patrie adoptive, son séjour de prédilection; nulle part il no prospère mieux, nulle part sa graine ne possède de qualités plus généreuses que dans la province d’Yemen, aux environs de Moka. C’est de là que le Hollandais Van Ilorn fit transporter, en 1090, à Batavia, des plants, qui réussirent à merveille; un de ces plants fut adressé, en 1710, à Witsen, consul d’Amsterdam, et déposé par ce magistrat dans le Jardin botanique de cette capitale. Lejeune arbrisseau fleurit, et donna des fruits féconds; un des individus qui en provinrent, fut offert à Louis XIV; ce prince le fit placer dans les sen-es du Jardin des Plantes. On en forma des boutures qui réussirent parfaitement , et ce fut alors que le Gouvernement français entreprit d’acclimater le Café dans nos possessions des Antilles.

La torréfaction développe , dans la graine de Caféier, un principe aromatique , qui excite les fonctions des organes digestifs , et surtout celles du cerveau ; cette influence spéciale du Café sur les facultés intellectuelles est connue de tout le monde , mais on l’a beaucoup exagérée : le bon versificateur Jacques Delille, qui n’était j»as un grand poète, a prodigué au Café des éloges emphatiques , dont il s’applique une bonne part avec un enthousiasme fort peu modeste :

A peine j’ai senti la vapeur odorante,

Soudain de ton climat la chaleur pénétrante

Réveille tous mes sens; sans trouble, sans chaos, ^

Mes pensers plus nombreux arrivent à grands flots.

ÉCOLK J)E nOT \N!()L K.

Mon idée étail triste, aride dépouillée ;

Elle rit, elle sort richement habillée,

Et je crois, du génie éprouvant le réveil.

Boire dans chaque goutte un rayon du soleil-

Au-dessus des Rubiacées s’étend l’immense famille des Composées, dont on connaît neuf mille espèces, et qui forme la dixième partie du Règne végétal. Cueillez cette fleur de Chicorée : au premier aspect, vous croyez voir une fleur à pétales nombreux, entourée d’un calice à plusieurs folioles disposées sur deux rangs ; observez avec plus d’attention , cherchez au centre les étamines et le pistil , vous ne trouverez que des lames bleues , semblables à celles de la circonférence, mais moins épanouies que ces dernières. Si enfin vous enlevez une de ces lames bleues, en ayant soin de la détacher, par sa base, du réceptacle qui la supporte, vous vous convaincrez que c’est une fleur complète, (jui a son calice, sa corolle, ses étamines et son pistil, et que ce qui vous avait semblé tout à l’heure une fleur unique, est réellement 1 assemblage d’une centaine de fleurs distinctes.

Vous voyez en effet une corolle irrégulière, d’une seule pièce, ayant la forme d une languette roulée à sa base en petit cornet ; ce cornet est posé sur le haut du calice , qui est soudé avec l’ovaire, et n’a de libre qu’un petit rebord frangé; sur la -corolle sont attachés les cinq filets des étamines; leurs anthères, qui sont longues et effilées, se soudent ensemble et forment un tube ; ce tube est traversé par le style , qui se sépare en deux stigmates. Sur les fleurs les plus extérieures, vous pouvez voir très-bien les deux stigmates qui dominent le tube formé par les anthères; dans les fleurs voisines du centre , le style est encore trop court , et ne dépasse pas les étamines; mais quand son tour sera venu, il s’allongera rapidement, montera le long du tube formé par les anthères , et , chemin faisant , il se chargera de leur pollen ; enfin il se dégagera du foun’eau qu’il vient de traverser, et paraîtra à la lumière avec le pollen qu’il a enlevé dans son passage; bientôt les deux branches qu’il forme à son sommet s’écarteront pour recevoir sur leur surface intérieure le pollen qui doit féconder l’ovaire. Vous pouvez facilement distinguer, même à l’œil nu , et encore mieux avec une loupe , de petits poils qui hérissent le dehors des branches du style; ce sont ces poils qui ont brossé, en passant, le fourreau formé par les anthères; ce sont eux qui ont enlevé le pollen, et c’est pour cela que les botanistes leur ont donné le nom de poils balayeurs. Remarquez maintenant la surface intérieure des branches , vous y verrez de petites saillies humides; ce sont les papilles du stigmate, chargées de happer le pollen. Mais le pollen enlevé par les poils balayeurs du style, est-ce aux stigmates de ce même style qu’il est destiné? 11 suffit, pour résoudre cette question, de jeter un coup cihcouîe d’œil sur les fleurs voisines : évidemment le pollen de l’une servira au pistil de l’autre, et il leur sera bien plus facile de se féconder mutuellement, qu’il ne le sera au pollen de se transporter des poils balayeurs aux papilles stigmatiques d’un même style. Cette disposition merveilleuse explique l’intention qu’avait la Nature en groupant ensemble un nombre aussi considérable de fleurs.

Toutes les graines de ces fleurs, une fois fécondées et mûries, que vont-elles devenir? Les unes tomberont à terre et germeront; les autres seront la pâture des Insectes et des Oiseaux. Les Oiseaux surtout en avaleront une grande quantité, dont une partie sera digérée par eux, et le reste rejeté avec leur fiente , qui deviendra pour les graines un fumier précieux : c’est ce qui arrive à beaucoup d’espèces de la famille des Composées. Mais si par leur petitesse, par leur nombre, par leur consistance, par leur saveur ou par toute autre cause, ces graines échapiænt aux animaux, tomberont-elles toutes sur le sol, où l’entassement et le mamiuo d’esfiace les feraient bientôt périr? Voici une Fleur de Pissenlit, qui va répondre à cette ques-

DELXIKME PAHÏIE.

tion : voyoz-vous, sur lo sommet du pédoncule, cette sphère transparente, dont la surface est formée par des fils de soie disposés en soleils avec une admirable symétrie? Chacun do ces petits soleils est soutenu par un long col, et ce col repose à son tour sur un ovaire renfermant une graine : le réceptacle qui porto tous ces ovaires, dans les petites fossettes dont il est creusé , est bombé pour leur permettre de s’espacer et de mûrir. Il faut maintenant qu’ils abandonnent la plante-mère , et qu’ils se dispersent pour aller au loin chercher une nouvelle patrie. Les voiles sont tendues, ils sont prêts à partir, et c’est l’atmosphère qui sera leur océan : le moindre vent va les lancer ; Vaigreüe rayonnante qui leur sert de parachute les soustraira f>resque complètement aux lois de la pesanteur, et ils ne toucheront terre qu’après avoir vogué longtemps, et franchi des distances considérables. Il vous est airivé bien des fois à vous-même d’être , à votre insu , l’instrument de la Providence , lorsque , cueillant par badinage une tige do Pissenlit , vous vous êtes évertuée à chasser d’un seul souffle tous les ovaires dont son réceptacle était chargé.

Cueillez maintenant ce Dluot : ce que vous aviez pris tout à l’heure pour un calice dans la Chicorée n’cn est pas un non plus dans le Bluet. Qu’est-ce donc que ces petites feuilles qui sont imbriquées les unes sur les autres comme les tuiles d’un toit, et cjui accompagnent les fleurs? On a donné à ces feuilles lo nom de bractées, quels que soient d’ailleurs leur forme, leur nombre et leur couleur; rappelez-vous les collerettes qui entourent la base des parasols dans les OmbeUifères ; ce sont aussi des bractées ; vous en verrez encore dans nos autres familles, et vous les reconnaîtrez sans peine, malgré leur diversité, en ce qu’elles accompagnent les fleurs sans en faire partie , et sont différentes des euilles ordinaires.

Écartez les bractées coriaces qui protègent les fleurs du Bluet; vous verrez, comme dans la Chicorée, un grand nombre de fleurs posées sur le réceptacle, et séparées, les unes des autres, par des soies courtes qui tiennent solidement à ce réceptacle. Celui du Pissenlit ne portait pas cette bourre soyeuse, mais ce n’est là qu’une différence peu importante; observez la forme régulière dos fleurs, et rappelez-vous celle do la Chicorée. Dans cette dernière, la corolle, loin d’être symétrifjue, était déjetée en languette et ne formait qu’à sa base un cornet très-court; dans le Bluet, la corolle est régulière , et se compose de cinq pétales soudés dans leurs deux tiers inférieurs. Sur cette corolle sont attachés les cinq filets des étamines, qui portent leurs anthères soudées en tube. Ici, vous pouvez voir le stylo (|ui vient de traverser ce tube, et dont les deux branches sont à peine écartées l’une de l’autre ; les poils balayeurs , au lieu d’être dispersés sur ta face externe de ces branches , sont ramassés en petit bouquet , et forment un petit anneau au-dessous d’elles. Vous pouvez voir que chaque fleur est pourvue d’un ovaire, et que cet ovaire porte à son sommet une couronne de poils; ici Vaigreüe est beaucoup plus courte que dans le Pissenlit , mais dans tous les deux , ce n’est autre chose que la partie libre du calice, laquelle forme, dans la Chicorée, une espèce de rebord frangé.

Quant aux fleurs les plus exténeures du Bluet, dont la couleur azurée et la forme élégante charment vos yeux, ces fleurs sont stériles ; regardez à leur base, vous n’y veri’oz [)as d’ovaire; examinez leur cornet, vous y chercherez en vain des étamines et un style; c’est le luxe qui les ruine : tout le suc qu’elles ont reçu de la lige a été dépensé pour leur parure; elles sont brillantes au dehors , mais dans leur intérieur on ne trouve <iue misère et stérilité.

Si vous coupez verticalement le réceptacle du Bluet, vous verrez (ju’il est épais et charnu, et que les bractées qui s’y attachent y sont fixées par une base également charnue ; rappelezvous maintenant V Artichaut : qu’est-co (jue le légume qui porte ce nom? C’est tout simplement le boîiton d’un énorme Bluet. Que mangez-vous dans l’Artichaut? D’abord les bractées, que vous détachez pièce à pièce du réceptablo, et ensuite ce réceptacle lui-même, sur lequel vous pouvez voir les fleurs à peine formées , et le foin qui les sépare.

Voici une troisième Composée, qui va nous offrir la combinaison des formes que nous

Duit.

ÉCOLE F3E BOTANIQUE

avons vues séparées dans le Bluet et dans la Chicorée : c est une Cuiiiomi'le {Anthémis) ; à la circonférence rayonnent les fleurs analogues à celles de la Chicorée ; au centre , sont les fleurs qui vous rappellent en petit celles du Bluet. Les fleurs de la circonférence diffèrent un peu cependant de celles de la Chicorée : examinez le petit cornet que forment les languettes à leur base : il n’y a là qu’un système court, qui est posé sur un ovaire ; les étamines manquent , et ces fleurs en languette auront besoin, pour porter graine, de recevoir le pollen des fleurs régulières du centre. Ces dernières sont posées sur un ovaire sans aigrette.

La famille des Composées est divisée en trois tribus , d’après la forme des fleurs ; la première renferme les Plantes dont toutes les fleurs sont irrégulières et en languette : on la nomme la tribu des de7ni- Fleuronnees, la Chicorée en est le type; la seconde renferme les Plantes dont les fleurs sont régulières, et en tube à cinq divisions; le Bluet appartient à cette tribu, que l’on nomme la tribu des Fleuronnées ; enfin la troisième tribu comprend les Plantes , (jui , dans une même tête do fleurs , présentent des fleurons au centre et des demi-fleurons à la circonférence : c’est la tribu des Itadièes. La plupart des demi-Flosculeuscs ont des fleurs jaunes, vous en voyez peu qui portent des fleurs bleues; beaucoup d’entre elles ont un suc laiteux amer : voici les Laitues, dont une espèce est narcotique {Laccutta virosa), les Scorsonères, les Salsifis, les Crépides, les Laitrons, les Éper'vières, etc. Parmi les Flosculouses , remarquez les Chardons , les Carlines , les Dardanes , les Centaurées (le Bluet est une espèce de Centaurée). Les Radiées se distinguent des deux autres tribus, non-seulement par leurs caractères botaniques , mais encore par leurs propriétés physiques , telles (jue la saveur, et surtout l’arome pénétrant que possèdent la plupart de leurs espèces : c’est ce que vous pouvez véiâüer sur les Absinthes ou Armoises, les Camomilles , les Malricaires , les Chrysanthèmes , les Tanaisies, les Soucis, les Années , les Hélianthes ou Soleils , les Asters, etc.

Les fleurs d’un grand nombre d’espèces de cette famille (et surtout les dcmi-Flosculeuses) offrent les phénomènes de veille et sommeil que Je vous ai signalés dans les feuilles de (iueli|ues Légumineuses : ainsi le Pissenlit s’éveille, c’est-à-dire ouvre ses fleurs à six heures du matin, et s’endort, c’est-à-dke ferme ses fleurs, à neuf heures du matin; la Crépide des toits s’éveille à cinq heures du matin, et s’endort à midi; la Laitue cultivée s’éveille à sept heures du matin, et s’endort à dix heures ; VÉpervière piloselle s’éveille à huit heures du matin , et s’endort à deux heures de l’après-midi; le Souci des champs s’éveille à neuf heures du matin, et s’endort à trois heures de l’après-midi. C’est sur cette régularité des fleurs à s’épanouir et à se fermer (pie Linné a fondé son horloge de Flore.

Chez quelques autres Plantes de la famille des Composées, la veille et le sommeil, au lieu de se régler sm’ le soleil , dépendent des vicissitudes atmosphériques , et les annoncent même plusieurs heures d’avance , de sorte qu’on pourrait établir sur les habitudes de ces végétaux un baromèC'e de Flore. Ainsi le Souci pluvial , fermé le matin , annonce un jour pluvieux ; le Laitron de SibéiHe , fermé la nuit, présage une journée sereine; et si ses fleurs sont ouvertes, il pleuvra le lendemain.

Ne confondez pas avec la famille des Composées ce groupe peu nombreux qui l’avoisine, et qui se compose des Scabieuses et des Cardères, c’est la famille des Dipsacées; les fleurs sont réunies en tête , et entourées par des bractées ; mais les étamines ont leurs anthères libres. Voici le Chardon à foulon {Dipsacus fullonum), qui n’est pas un vrai Chardon; les bractées qui séparent ses fleurs sont longues et recourbées en crochet ; les bonnetiers et les fabricants d’étoffes do laine ont tiré parti do cette structure des têtes de fleurs pour peigner leurs tissus et en tirer les poils.

Les dernières familles que vous venez do passer en revue vous ont offert une corolle dont les pétales sont soudés ensemble; quand la corolle semble ainsi formée d’un pétale uni(iue,

D KL’ XI K MK PAirriK.

nn h\ Ali monopétale. Vous nvoz vu que, dans toutes les Plantes à corolle monopétale, les étamines étaient insérées sur la corolle môme, de sorte qu’en enlevant la corolle, on enlève ' aussi les étamines. Cette union des étamines et de la corolle monopétale est ^ règle générale presque sans exception en botani(jue. Voici pourtant une

petite famille où nous verrons la corolle être d’une seule pièce , sans que les étamines soient soudées avec elle; ce sont les Campanules : la corolle est on forme de cloche plus ou moins évasée, de là le nom de Campanule , qui en latin veut dire Clochette. Les étamines sont au nombre de citai ; leurs filets sont élargis à la base, et naissent sur le calice qui est soudé, par sa moitié inférieure, avec l’ovaire; si vous coupez celui-ci en travers, il vous présentera trois ou cinq loges (pii renferment des graines nombreuses, il y a autant de stigmates que de loges. Les Campanules sont, pour la plupart, dos Plantes trornemenl ; leurs corolles bleues , disposées ordinairement en longs épis à l’extrémité dos liges , sont d’un très-bel effet dans les jardins.

Il ne faut pas quitter ces plates-bandes sans Jeter un coup d’reil sur celles où sont rangées les Éncinées , famille élégante, dont beaucoup d’espèces seraient avidement recherchées par les amateurs, si elles n’abondaient dans nos bois. La corolle est monopétale, insérée sur le fond du calice , et persiste ordinairement après la fleuraison ; les anthères sont fourchues à leur base; l’ovalro présente plusieurs loges remplies de graines très-menuès.

Voici V Arbousier ou Busserole , les Azaléas, le Ithododendrum qui croît sur le sommet des Alpes, à la limite des neiges éternelles; voici la série des espèces du genre Bruyère {Erica), qui a donné son nom à la famille.

Vous allez maintenant connaître un groupe de familles qui ont entre elles des liens do parenté , et se reconnaissent cependant à des caractères faciles à distinguer. On a donné à ces familles le nom de Corolliflores : leur corolle est toujours monopétale, et s’insère, non pas sur le calice , comme dans les familles que vous venez de quitter, mais bien sur le réce[)table. Quant aux étamines, comme elles sont soudées avec la corolle, leur insertion est nécessairement la môme, c’est-à-dire que, comme la corolle, elles naissent sur le réceptacle.

La première famille (jue nous rencontrons est celle dos Jasminées , f|ui se compose d’arbres ou d’arbrisseaux à feuilles opposées. La corolle est régulière, et ne renferme (jue deux étamines; le pistil se com{)ose d’un style, de deux stigmates et d’un ovaire à deux loges. Voici le Jasmin commun {Jasminurn officinale), qui nous est venu de la côte de Malabar, et qui s’est facilement naturalisé en France; le Jasmin cytise {Jasîninmn fndicans) ; \e Jasmin modeste {Jasminurn hurnile), etc. Voici le Troène {Uguslrum vulgare) , Aoni on fait des palissades; le Lilas {Syringa vulgaris), originaire d’Orient, ainsi que son frère le Lilas de Perse, qui ne s’élève guère au delà d’un mètre de hauteur. Cet arbre, au feuillage blanchâtre et monotone, est V Olivier {Olea europœa), l’un des végétaux les plus précieux que nous ait donnés l’Asie, et qui fut apporté en France par les Phocéens, fondateurs de Marseille. L’huile <iue fournit son fruit vous est connue; ce n’est pas de la graine (]ue provient cette huile , comme cela a lieu pour toutes les autres plantes : elle est exprimée du tissu même de l’ovaire; exception uni(jue dans tout le llègne végétal. Le Frêne apj)artient aussi aux Jasminées; vous en avez devant vous deux espèces : l’une est le Frêne élevé [Fraxinus excelsior) , qui se trouve abondamment répaiiflu dans nos forêts, et sert pour les constructions; l’autre est le Frêne A fleurs {hraxinus ornüs), de l’écorce dinjuel exsude une matière sucrée solide, connue en médecine sous le nom do Manne.

La famille des Apocynées aies feuilles opposées, comme la précédente; la corolle est divisée en cinq lobes; les étamines sont au nombre de cinq, et le pistil se compo.se de deux ovaires, ordinairement libres, et s’ouvrant par leur bord intérieur, comme ceux que vous avez observés dans VAjicolie; les graines sont ordinairement chargées d’un duvet cotonneux. Les Pervenches font seules exception à ce dernier caractère. Voici la petite Pervenche {Vinca minor), dont on

I^ICOLK Dlî notAMOLK.

couronnait jadis la tüde des Jeunes tilles mortes avant l’hyménée; la grande Pervenche [Vinca major) n’a pas une tige rampante comme sa sœur, elle n’en diffère du reste que par ses proportions; la Pcri'énche rose {Vinca rosea), originaire de Madagascar, dont la corolle est quel(}uefois blanche, est une plante d’ornement , très-commune chez les fleuristes. Voici les Asclepias, dont la fleur présente une structure qui sera toute nouvelle pour vous ; les divisions de la corolle sont repliées et légèrement obliques , les cinq étamines sont réunies par leur filet en un tube anguleux, qui se pose sur la base de la corolle; ce tube porte à son sommet une couronne de cinq écailles, au milieu desquelles sont les cinq anthères, qui sont elles-mêmes terminées par une membrane; les loges de ces anthères contiennent un pollen qui, au lieu d’ètre poudreux, comme vous l’avez vu dans toutes les autres familles, est aggloméré en masses compactes ; ces masses pendent , par leur sommet aminci , aux loges de leur anthère ; le stigmate forme un petit bouclier à cinq lobes arrondis. L’espèce la plus commune de ce genre si curieux est le Dompte-venin {Asclepias vincetoccicum) , dont les tiges sont grêles et très-flexibles ; son titre pompeux de Dompte-venin n’a pas été confirmé par l’expérience. L’Asclepiade de Syrie {Asclepias syriaca), qui vous montre ses fleurs penchées, a reçu le nom i\' Apocyn d la ouate, à cause de la finesse, du moelleux et de l’éclat de ce coton qui recouvre ses graines. C’est aussi aux Apocyné*es qu’appartient le Laurier rose {Neriuin oleander) , arbrisseau toujours vert, dont les feuilles sont opposées trois par trois, et qui fait le plus bel ornement de nos jardins pendant l’automne. Enfin les Apocynées exotiques renferment le genre Strychnos, dont deux espèces fournissent les graines connues sous le nom de Fève Saint-Ignace et de Noix vomique, La chimie a extrait de ces graines la Strychnine, l’un des plus redoutables poisons du Règne végétal,

La famille des Gentianées , qui se compose presque exclusivement du genre (pii lui a donné son nom, présente toujours une tige herbacée et lisse; les feuilles sont ordinairement opposées. La corolle est à cinq divisions, quelquefois à (juatre , quelquefois à huit ; mais , dans tous les cas , il y a autant d’étamines (|ue de divisions à la corolle; l’ovaire offre une ou deux loges qui renferment des graines nombreuses. Les principales Gentianées sont d’abord la Gentiane jaune {Ge7itiana lutea), qui croît dans les Alpes, et dont un roi d’Illyrie, nommé Gentlus, découvrit jadis les propriétés; la Gentiane fleur-des-vents {Gentiana pneumonanthe) , dont les corolles ressemblent à de grandes cloches d’un beau bleu; \o petite Centaurée {Gentiana Centaurium) , dont le centaure Chiron , précepteur d’Esculape , se servait pour guérir les fièvres intermittentes (notez que ceci n’est pas de la médecine, c’est tout simplement une tradition mythologique) ; enfin le Ményanthe ou Trèfle d’eau {Menyanthes trifoliata) , plante de marécage, dont les fleurs forment un épi court au .sommet de leur pédoncule, et dont les corolles blanches, un peu rosées, sont couvertes, à leur face exterae, de longs poils glanduleux. ’

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