‹ Le muséum d'histoire naturelleChapitre 41 sur 100 · I.IPEEOU · texte numérisé non relu

I.IPEEOU

Dans la famille des Convolmilus . vous trouvez une tige qui, le plus fréquemment, est grimpante et s’enroule autour des corps voisins.' Les feuillets sont alternes, la corolle est en cloche; il y a cinq étamines, et le fruit est un ovaire à deux loges. Voici le Liseron des haies {Co?ivolvulus sepium) , dont la corolle grande et blanche se détache du vert gai des feuilles. Le Liseron des champs est plus faible et plus petit; ses corolles, d’un blanc rosé, exhalent une odeur délicieuse d’amande amère. Le Liseron tricolore {Convolvulus tricolor), originaire de Barbarie , n’est pas grimpant; ses corolles sont bleues dans leur milieu , blanches sur le bord , et jaunes dans le fond.

Vous pouvez ranger dans cette famille la Polémoitie ou Valériane grecque {Polemonium cæruleum et \g Cobœa scandens, arbrisseau du Mexiipie , qui (jrimpe aiec une si piodigicuso rapidité, et forme, dans beaucoup de

deuxième PAirriE.

(|Ucirtiors do Paiis, des guirlandes, des arcades, des ponts suspendus d’une admirable élégance.

\oici 1a faniillo des Boraginées , (|ui nous présente une tige herbacée, des feuilles alternes, liérissées de poils riules au toucher, et des Heurs disposées en épis ou en grap|)es, (jiii , avant l’épanouissement, sont roulées en (]ueuo de scorpion ; la corolle, ainsi (jue le caÜQo, est à cinij divisions , et porte souvent des écailles variées ; il y a cinq étamines , et le pistil se compose de (luatro ovaires à une graine, du milieu descjucls s’élève un style. Aoici d’abord \e genre Jléliolrope , dont une espèce, V Héliotrope du Pérou {Heliotropium peruvianum) , est cultivée partout comme plante d’ornement. Les Vipérines, les G ré mils, les Piilmonaires , les Orcanelles, les Lgeopsis, les Buglosses , les Bourraches , les Cynoglosses , sont les principaux genres de cette famille; ne passez pas outre, sans donner un regard au Myosotis, dont la plus jolie espèce vous est connue sous ce nom populaire : i\e m’oubliez pas.

La nombreuse famille des Labiées fait suite à la précédente; le pistil offre la même structure dans les deux familles, et ce rapport établit entre elles une affinité ({u’augmente encore la forme irrégulière de la corolle chez les Lycopsis et les Vipérines. Les Labiées ont en effet une corolle irrégulière, figurant deux lèvres : la lèvre supérieure porte le nom de casque, et présente ordinairement deux divisions; la lèvre inférieure en présente trois. Il y a quatre étamines, dont deux plus courtes que les autres; en outre, la tige est carrée, les feuilles sont opposées, et presque toutes les plantes de cette famille ont une odeur pénétrante. Cette réunion de caractères constitue l’un des groupes les mieux circonscrits que la Nature nous présente dans les végétaux. Les Labiées se ressemblent tellement <iue leurs genres sont peu tranchés, et, par consé(;uent, difficiles à distinguer les uns des autres : ce .sont les Bomarins, les Sauges, les Bugles , les Germandrées , les llyssopcs , les Marrubes , les Lavandes , les Thyms , les Sarriettes, les Menthes , les Mélisses, les Origans , les Basilics, les Prunelles, etc.

Il y a deux genres (]ui, par exception à la règle générale, n’ont que doux étamines, au lieu d’en avoir «juatre; ce sont les genres Romarin et Sauge.

Ouvrez la corolle de cette Sauge, vous verrez distinctement , à côté des grandes étamines, deux petits filets renflés à leur extrémité : ce sont les deux autres étamines qui ne se sont pas développées. Remarquez en même temps , sur la fleur comme sur les feuilles, ces petits globules d’un jaune doré transparent : ce sont de petites outres, pleines d’une huile volatile odorante, que vous brisez par la moindre pression, et qui imprègnent vos doigts du liquide qu’elles contenaient.

Vous connai.ssez le Basilic {Ocymum Basiiieum) : c’est une petite plante annuelle, native des Indes orientales de la Chine, qui réussit [)arfaitement dans nos jardins , et à laquelle les médecins d’autrefois attribuaient de merveilleuses propriétés : de là son nom do Basilic , qui signifie 7'oyal,

Voici une Bimnclle [Brunella vulgaris); tâchez de découvrir dans sa fleur une espèce û' anomalie, dont l’observation causa jadis à Jean-Jacques Rousseau les émotions flatteuses d'une véritable découverte : chaque filet d’étamine est fourchu ; l’une des dents de la petite fourche est nue, l’autre porto une anthère. Jean-Jacques était si content d’avoir bien vu ce petit détail de structure, qu’il s’en allait, demandant à tous ses amis : « Avez-vous vu les cornes de la Rrunelle? » Ce fut par cotte question bizarre (}u’il aborda, pendant plusieurs jours, toutes les personnes de sa connaissance; « à [>eu près, raconle-t-il lui-même dans ses

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Lettres, comme La Fontaine, qui disait à tout venant : «Avez-vous lu Baruch? c’était un beau génie (}ue Barucli !»

Vous avez vu que la nombreuse famille des Labiées tient à celle des Borraginées par la structure de son pistil; vous allez voir maintenant sa parenté avec une autre famille, fondée sur une ressemblance frappante dans la corolle, et surtout dans les étamines : celte famille est celle dos Personées. Vous pouvez prendre pour type le Muflier [Anthirrhinum majus), que l’on appelle vulgairement Gueule de lion ; la corolle est très-irrégulière et partagée en deux lèvTes bien distinctes , qui figurent une gueule béante quand on presse ses côtés entre deux doigts; cette gueule est même pourvue d’une langue hérissée de poils et un peu fourchue à son sommet. La forme de la corolle imite assez bien celle des masques de théâtre dont se servaient tes anciens ; de là le nom de Personées , car le mot latin persona signifie masque, « nom très-convenable assurément à la [)tupart des gens (jui portent parmi nous le nom de personnes, » disait avec amertume le pauvre Rousseau, dans ses Lettres sur la Botanique. Ouvrez maintenant la corolle ; elle renferme quatre belles étamines, dont deux plus courtes que les autres ; les anthères forment un bissac volumineux , rempli de pollen; le pistil se compose d’un long style, terminé par un stigmate, et posé sur un ovaire simple ; ouvrez-le transversalement , vous y verrez deux loges, séparées l’une de l’autre par une cloison, et, sur chaque côté de cette cloison, une espèce de bouclier ou d’écusson arrondi, (jui porte des graines nombreuses. Celle différence notable dans le pistil est le caractère (}ui sépare les Personées des Labiées; en outre, les Labiées ont toujours les feuilles opposées , tandis que les feuilles des Personées sont ordinairement alternes.

Auprès dos âlufliers, vous voyez les Linaires, qui ne diffèrent de leurs voisins que par la base de leur corolle ; celle-ci , au lieu de s’arrondir en sac, comme dans les Mufliers, se prolonge en un long cornet, creux et pointu. Voici les Digitales, dont l’espèce la plus commune est la Digitale pourprée [Digilalis purjmrea) ; la corolle no figure pas mal un dé à coudre, de là son nom de Digilalis. Vous pouvez vérifier la justesse de cette comparaison; toutefois, avant de loger votre doigt dans la corolle, faites-en sortir ce gros Bourdon qui y fait son repas , et punirait votre imprudence par une cruelle piqûre. La Digitale est une plante vénéneuse ; mais la poudre de s(^s feuilles, administrée à petites doses, est un précieux médicament, et, dussiezvous me reprocher de man(]uer à ma parole en vous parlant do médecine, je ne puis me dispenser de vous apprendre ([ue la Digitale est efficace pour calmer les palpitations de cœur.

Je n’ai rien à vous dire des Bhinanlhes, des Pédiculaires, dus Scrofulaires, des Mélampgres , des Puphraises, des Grasseltes, des IJlriculaires, (}ui constituent les principaux genres de celte famille. Voici une espèce intéressante, la Gratiole [Gratiola officinalis) , (jui, comme la Sauge dans les Labiées, se distingue du reste de la famille par le nombre de ses étamines; il y eu a deux (jui sont réduites à l’état de filets stériles. La Véronique, dont les espèces sont nombreuses, offre la môme exception, elle n’a jamais que deux étamines, et sa corolle est peu irrégulière; mais ces variations de nombre et de forme sont compensées par la structure du pistil et de la graine , qui légitime pour les Véroniques le titre de Personées.

Les Orobanches pourraient aussi réclamer contre l’exclusion (jui les a repoussées de cette famille. Ce sont dos plantes d’un aspect triste, dont la tige semble flétrie et desséchée; elles ont, au lieu de feuilles, des écailles jaunâtres ou violettes, et leurs fleurs sont de la même couleur. Les Orobanches croissent sur des végétaux vivants , et se nourrissent de leurs sucs. IjO fruit , il est vrai , est à une seule loge, et la position de sa graine , ainsi que sa structure, diffère un peu de ce qu’on trouve dans les Personées; mais il y a beaucoup de plantes, les Centianéos, par exemple, dont le fruit est tantôt à une, tantôt à deux loges, sans que ruiiité

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(Ifi la famille en soit détruite. Quant à l’absence des feuilles, vous concevrez sans peine que les Orobanches n’avaient pas besoin de ces organes. Quelles sont, en effet, les fonctions des feuilles? Elles absorbent, respirent, transpirent, pour modifier la .sève (jui a monté dans leur tissu, et cette sève devient propre à nourrir la plante. Or, la parasite Orobanebe a enfoncé ses racines dans celles d’un autre végétal : elle pompe , par ses suçoirs , la sève tout élaborée de ce même végétal ; dès lors les feuilles vertes lui deviennent inutiles , et voilà pourquoi la Nature, (jui ne fait rien en vain, no lui en a pas donné.

Si les Personées tiennent au.v Labiées par leur corolle et leurs étamines , la structure de leur fruit les rapproche de la famille des Solanées, dont l’iiistoire n’est pas sans intérêt. Dans les Solanées, en effet, l’ovaire est à deux loges, .séparées i)ar une cloison portant sur chacun de ses cètés un écus.son arrondi chargé de graines; mais la corolle est régulière dans la plupart des genres , et il y a cinq étamines qui alternent avec les cinq divisions de la corolle.

I.a plupart des Solanées ont un aspect sombre et une odeur désagréable; leur fruit est pres(pie toujours vénéneux et narcotique : ce fruit est tantôt succulent, et il fonne alors une baie; tantôt sec, et il porte alors le nom do capsule.

La Belladone {Atropa Belladona), dont la physionomie e.st suspecte, malgré l’élégance de son port , produit des fruits nombreux qui , à leur maturité , ressemblent à des cerises noires ; les enfants s’y trompent quebiuefois; et les vieux employés du Jardin des Plantes vous raconteront que, pendant la révolution, de petits orphelins, qu’on élevait à l’hospice de la Pitié, et que l’administration employait à sarcler les mauvaises herbes, remarquèrent dans le carré des Plantes médicinales les fruits de la lielladone, leur trouvèrent une saveur douceâtre, et en mangèrent une assez grande quantité; quatorze de ces petits malheureux moururent quelques heures après. Le nom générique de la plante [Atropa) est donc justifié par cette lamentable catastrophe, cav Atropa vient d'Atropos, la Parque au fatal ciseau. Le nom spécifique offre des images plus riantes : il signifie belle dame, et fait allusion à la grande renommée dont jouit cette plante en Italie, où l’on emploie l’eau distillée de Belladone comme un cosmétique précieux pour entretenir la fraîcheur de la peau.

La Mandragore , qui est une espèce du même genre, croît dans les lieux sombres , comme l’inditiue l’étymologie de son nom [ornement des cavernes). Cette plante, connue et célébrée depuis un temps immémorial , était employée par les magiciens et les sorciers pour donner des hallucinations bizarres et troubler la raLson. Les feuilles sortent du collet de la racine, et forment un largo faisceau; entre ces feuilles naissent plusieurs pédoncules, portant chacun une fleur, dont la corolle est velue en dehors, et d’une couleur blanchâtre teintée de violet.

^■oici les nombreuses espèces du genre Morelle [Solajium) : il y en a quelques-unes qui n’ont pas l’extérieur repou.ssant des autres membres de leur famille; leurs feuilles sont d’un vert gai, et leurs fleurs exilaient un parfum très-agréable. Cet arbrisseau sarmentenx, dont la lige est grêle, ligneuse à sa base et herbacée dans le reste de son étendue, est la Douce- Amère [Solanum dulcamara) ; scs fleurs sont violettes et disposées en grappes pendantes ; le fruit est une baie rouge. Cette Morelle, dont l’ovaire prend un développement énorme, est la Mélongène ; son nom vulgaire ü' Aubergine lui a été donné à cause de la ressemblance de son fruit avec un œuf; co fruit est tantôt d’un blanc de lait, et alors on le prendrait pour un œuf cuit, dépouillé de sa coque; tantôt il est de couleur violette; lor.s(iu’il est parvenu à sa maturité, il sert de nourriture à l’homme dans les provinces méridionales de la France. La Tomate ou Pomme d’amour [Solanum Igcopersicoîi) est originaire du Brésil; on la cultive partout à cause do ses baies rouges , aplaties , partagées en côtes an’ondies et irrégulières , (}ue l’on emploie dans les sauces et les ragoûts. La Morelle noire [Solanum nigrum) est une petite plante qui croît abondamment le long des murs des villages et dans les lieux cultivés; elle vaut mieux que sa réputation, car on l’emploie impunément, à la manière des épinards, dans les .\ntilles, aux îles de France et de Bourl)on, et tous les consommateurs lui trouvent un goût délicieux.

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