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ÉCOLE DE DOÏAMQLE.
Mais de toutes les espèces du genre Solaiium , la plus utile , sans comparaison, c’est la Marelle tubéreuse {Solarium tuberosum), connue du monde entier sous le nom de Pomme de terre.
Parmi les Solanéos qui ont pour fruit une baie , nous ne devons pas oublier celte herbe annuelle, originaire do rAmérique méridionale, dont rovairo, oblong et d’un rouge vif, possède une saveur poivrée, (lui le fait recbercher comme assaisonnement : c’est le Piment { Capsicumannuum).
Passons maintenant en revue les Solauées dont l’ovaire est une capsule : voici la Jusquiame {Ilyoscyamus niger), dont la tige est recouverte d’un coton visqueux , et exhale une odeur repoussante ; ses corolles sont d’un jaune pâle, veiné de pourpre; su capsule s’ouvre par le soulèvement d’une petite calotte qui forme son tiers supérieur : c’est ce que vous pouvez vérifier vous-mème en enlevant ce couvercle , dont le bord est saillant.
\'oici la Pomme épineuse {Datura Stramonium) , dont la capsule, hérissée de piquants, offre quatre loges au lieu de deux. Ses semences sont trèsnarcoti<iues ; et vous pourrez lire h ce sujet, dans les Causes Célèbres, le procès d’une compagnie pomme de TEsnE. de voleurs , connus sous le nom û'endormeurs ;
Pomme épixeose. ils mêlaient du tabac à de la poudre de Datura; puis, dans les lieux publics , dans les diligences , ils se plaçaient à côté de gens auxquels ils offraient fré(juemment du tabac, et, dès (}u’ils les voyaient endormis ou délirants, ils les dépouillaient sans obstacle.
Au genre Datura appartiennent le Datura ferox , ainsi norrimé, à cause des épines qui arment son fruit, et le Datura fastuosa, dont la corolle double et triple quelquefois; la forme et la magnificence de cette corolle lui ont fait donner le surnom de Trompette du jugement dernier.
Cette plante, dont vous admirez les larges fouilles et les fleurs roses, disposées en épi rameux au sommet des branches, est le Tabac [iMcotiana Tabacum),
Nous ne quitterons pas la section des Corolliflores , sans jeter un coup d’œil sur une famille très-voisine des Personées : c’est celle qui a pour type le genre Bignonia, dédié à l’abbé Bignon, protecteur des savants dans le dix-septième siècle.
\ oici d’abord le Bignonia catalpa, cultivé dans queK|ues jardins comme plante d’ornement; et le Bignonia radicans , arbrisseau grimpant, aux fleurs grandes et éclatantes; sa tige offre, d’espace en espace, des nœuds Tebac. d’où partent des racines aériennes.
Dans les familles Corolliflores que vous venez de pas.ser en revue, vous avez pu remarquer que toujours les étamines sont alternes avec les divisions de la corolle, c’est-à-dire placées entre ces divisions. La famille des Primulacées présente une excej)tion à cette règle générale : examinez un instant cette fleur do Lysimaquie , vous verrez sans peine (jue les cinq étaniine.s qu’elle porte sont exactement vis-à-vis des pétales soudés de la corolle. Il suffit, pour s’en assurer, d’enlever un de ces pétales, vous enlevez en même temps une étamine qui se pose précisément sur sa base, et lui est par conséquent opposée. C’est à la famille des Primulacées (lu’apparlient le joli genre Anagallis, dont une espèce à fleur tantôt bleue, tantôt d’un rouge vif {Anagallis aiTcnsis), abonde dans les lieux cultivx%, et présente un ovaire qui s’ouvre en
DKL'XIÈME PARTIE.
(Jeux moitiés hémisphëriquos , comme une boîte à savonnette ; c’est ce que vous avez vu tout à l’îieure dans la Jus(|uiame. Le Cyclamen, dont les corolles ont leurs divisions longues, tordues et ddjetées en arrière, comme une chevelure qui flotte au vent, est aussi une Primulacée; enfin le type de la fatnille est h; genn} Primevère {Primula) , dont toutes les espèces fleurissent au commencement du printemps, et dont vous ne voyez ici que les calices et les ovaires dessèches,
La série des familles (|ue nous allons visiter maintenant ne nous offrira pas l’éclat que vous avez admire dans les Corollitlores. Ce sont des plantes dans les(iuelles il n’y a t}u’une enveloppe florale, c’est-à-dire un calice; quehiuefois , il est vrai, les folioles de ce calice sont disposées sur deux rangs; mais leur couleur est pres(iue toujours verte, si ce n’est dans deux ou trois familles. Voici, par exemple, les Nyctayes, (]ui doivent leur nom à leur vie nocturne; c’est, en effet, vers le crépuscule du soir que s’éveille leur fleur, qui reste épanouie jusqu’au jour, et se ferme alors pour no plus se rouvrir. L’espèce 1a plus répandue dans les jardins est le Nyctaye faux Jalap {Mirabilis Julapa), connu sous le nom de lielle-de-Nuit , et dont le calice, ordinairement rouge, est iiuelquefois jaune, blanc ou panaché. Cette plante est annuelle dans nos climats froids; mais elle est vivace dans le Pérou, sa patrie primitive. Le Nyctaye à lonyne (leur {Mirabilis lonyillora) est originaire des hautes montagnes du Mexique; ses calices sont remai’(iuables par la longueur de leur tube, et lorsqu’ils s’ouvrent, vers la nuit, ils répandent une odeur suave. Remarquez bien que le calice des Nyctages forme à sa partie inférieure un p(>tit étranglement au-dessus de l’ovaire, et l’enveloppe sans y adhérer; si vous ouvrez adroitement cette partie du calice qui entoure l’ovaire, vous verrez qu’elle n’y est qu’appliquée et non pas soudée; vous verrez en même temps le point où naissent les étamines, c’est un disque écailleux posé sur le réceptacle.
Les Amaranthes ont aussi, pour la plupart, leur calice coloré; les Plantains ont deux enveloppes florales, dont la plus intérieure peut être considérée comme une véritable corolle. Il en est de môme des Dentelaires ou Plombayinées , dont une espèce, le Gazon d’ Olympe {Statice nrmeria), est cultivé'e pour bordure dans les jardins.
Les Arroches formeraient peut-être la moins brillante des familles du règne végétal, si elles n’avaient à leur tête le Phytolacca, herbe de trois à quatre mètres de hauteur, dont la tige rougeâtre et rameuse porte de belles feuilles et d’élégantes grappes de fleurs. Les autres membres de la famille compensent leur peu d’éclat par des qualités utiles : ce sont V Épinard commun {Spinacia oleracea), dont vous connaissez l’usage; les diverses espèces du genro Salsola, plantes qui croissent sur les bords de la mer, et dont la cendre fournit la Soude, qui sert de base aux savons et aux lessives; enfin la Bette {Beta vulyaris), cultivée dans tous les jardins. Cette espèce présente deux variétés principales : l’une, nommée Poirée, a sa racine dure et cylindri(iue; ses feuilles sont larges, et leur côte longitudinale est employée comme aliment sous le nom de carde; l’autre a sa racine grosse, clianme et pleine de suc : c’est la Betterave ou Bacine de disette , dont la culture rivalise maintenant avec celle de la Canne à sucre. *
La famille àcs Polyyonees ou Benouées renferme, comme vous le voyez, des Plantes herbacées, dont Tovairo, dans (juelqucs espèces, contient une fécule nutritive très-abondante : voici \c Sarrasin {Polyyonum fayopymm), végétal précieux, originaire d’Asie, qui prospère dans les terres les plus maigres, et alimente les habitants de la Bretagne et de la Xormandie; voici les Bumex, dont deux sïirtout contiennent un sel acide qui les fait employer comme plante potagère ; ce sont la yrande et la petite Oseille; voici enfin les Bheum, dont la racine est connue sous le nom de Bhubarbe. La Rhubarbe par excellence nous vient de la Chine, mais nous ne savons pas encore quelle espèce de Bheum la produit ; on en a cultivé en France plusieurs espèces, et aucune n’a donné une racine semblable à celle dont les Chinois nous cachent soigneusement l’origine.
lios Lauriers sont des arbres élégants, ornés en tout temps de feuilles lisses et luisantes;
ÉCOLK DK BOTAMQLK.
<lc môme ([uo les Polygouées et les Airoches , ils n’ont (lu’un calice sur le(iiiel sont posées les étamines. Le Laurier franc {Laurus nobilis) est originaire des contrées méridionales de l’Europe et de l’Asie Mineure. Je n’ai pas besoin de vous rappeler que cet arbre fut jadis la belle Daphné : depuis le jour où , poursuivie par Apollon, elle fut changée en Laurier, le Laurier est consacré au dieu du génie, et son feuillage, orné de ses fruits, sert à couronner les héros, les poètes et les bacheliers {buccal aureali). Toutes ces fictions avaient leur mérite au temps oii les guerriers ne cherchaient que la gloire, où les poètes faisaient difficilement des vers faciles, où les bacheliers savaient le latin; mais, hélas! de nos jours, il y a des esprits positifs
Qui ne trouvent le laurier bon Que pour la sauce et le jambon.
A quoi les apothicaires ajoutent que Vo/iffuent de Laurier est souverain pour les douleurs rhumatismales.
Au reste, l’origine mythologique du Laurier lui faisait attribuer, chez les anciens, des propriétés merveilleuses : Pline rapporte que le Laurier avait le privilège d’écarter la foudre, et de servir d’ornement et de sentinelle au palais des Césars. L’empereur Tibère , dans les temps d’orage, y cherchait un abri. Cette superstition des Romains devient sublime dans la bouche du vieil Horace, défendant son fils vainqueur :
Lauriers sacrés, rameaux qu’on veut réduire en poudre,
Vous qui mettez sa (cte à couvert de lu foudre....
l.es autres espèces de la famille que vous avez à connaître nous rejettent ilans l’épicerie et dans la droguerie : c’est un Laurier {Launts cinnamomuin) , qui nous donne la Cannelle; c’est un Laurier {Laurus camphora), (}ui fournit le Camphre; c’est un Laurier {Myristica moschata) , qui produit la Muscade et le Macis; je vous fais grâce du Malabathnim, du Cassia lignea, du Sassafras, du Pichurim et du Culilawan.
Descendons maintenant vers l’autre extrémité du carré (jue nous venons de parcourir; nous allons y trouver des familles dans lesijuelles les fleurs sont diclines , c’est-à-dire que les étamines et les pistils occupent des fleurs différentes.
La première famille qui s’offre à nos regards est celle des Euphorbiacées , qui varient beaucoup par leur port. Voici les espèces du genre Euphorbia, type de la famille : à leur tète est V Euphorbe officinale, qui ressemble singulièrement, pour le port, à un cierge; les Euphorbes ou Tithymales, renferment un suc laiteux très-âcre. Les Buis et les Mercuriales appartiennent aussi à cette famille. Voici les Ricins, dont l’espèce la plus commune est le Palma-Christi , plante herbacée dans nos climats rigoureux , mais formant un arbre de quarante pieds dans l’Afri(ju(!, sa patrie. Son nom de Palma-Christi {Main du Christ) lui vient de la forme de ses feuilles. Nous verrons dans les Serres (iuel<]ues Euphorbiacées exotitpies, (jui pourront vous intéresser.
Les Lrticées, voisine des Euphorbes, sont plus utiles à l’homme que ces dernières; ce n’est pas aux espèces du genre Ortie {Urtica) que s’applique cette observation. Leurs feuilles et leur tige sont hérissées de poils , dont la piqûre est suivie d’une cuisson douloureuse ; cette douleur n’est pas causée par le poil lui-môme; elle provient d’une liqueur irritante (jui est entrée en môme temps (jue lui dans la plaie. Pour bien comprendre la piqûre do l’ortie, il faut, non pas se faire piquer par elle, mais observer avec une lou[>e les poils (jui couvrent sa tige : vous verrez que ces poils sont creusés en gouttière sur toute leur longueur, et se posent, par leur base, sur une glande en forme de sac, pleine d’un .suc causti(}ue; (juand on touche la plante, les poils, qui sont roides et acérés, se glis.sent sous la peau, mais en môme temps, la glande (]ui est au bas du poil est pressée, et laisse suinter sa liqueur âcre; cette liipieur coulo
DEUXIÈME PAIITIE.
le long (lü la raiimro du poil , pcMiètro avoc lui dans la peau, et, par son contact, détermine la douleur que vous connaissez. Ce mécanisme est tout à fait analogue à celui de la morsure des Serpents venimeux. La dent du Serpent est creusée d’un canal; à ce canal aboutit le conduit excréteur do la glande qui fournit le poison ; ligurez-vous une bouteille de gomme élasti(|ue à long goulot, et pleine do licjuide, vous aurez l’idée du réservoir à venin. Au moment où l'animal mord, les muscles do ses mùclioircs, en se contractant, compriment la glande, et lo venin qui coule le long du canal de la deiit (Mitre avec elle dans la plaie de la victime.
Quand les Orties sont sèches, elles ne produisent aucune douleur : c’est qu’alors les glandes du suc âcre sont desséchées; les poils existent toujours, ils peuvent numie pénétrer sous la peau, mais cotte blessure est sans cuisson.
I;aissons là ces vipères végétales, (ju’il est dangereux d’aborder : le jeu de leurs étamines vous aurait intéressé, si vous aviez pu l’étudier sans accident, mais vous pourrez observer un phénomène semblable sur la Pariétaire, petite plante inoffensive, ipie l’on rencontre dans les fentes dos vieux murs et quelquefois le long des haies. Les Heurs sont ramassées par petits pelotons ; vous en trouverez (pii renferment un pistil seulement au milieu d’un calice à (|uatre folioles; d’autres n’ont que dos étamines, qui sont au nombre de (luatre, et opposées aux folioles du calice; d’autres entlii sont complètes et possèdent étamines et pistil dans le mémo calice. Prenez une fleur à étamines, (jui no soit pas encore épanouie, ouvrez-la doucement avec une épingle, vous verrez tout à coup une ou deux des (Hamines, dont les filets étaient enroulés comme des ressorts de montre, vous les verrez, dis-je, se dérouler avec une élasticité singulière, et rester ensuite dressées; vous verrez en mémo temps s’élever un petit nuage do poussière : c’est le pollen, que cette secousse a chassé de l’anthère, et (pii se disperse sur les fleurs à pistil environnantes. Vous pourrez provoquer successivement cette explosion sur chacune des quatre étamines, en ayant soin de ne les visiter (juc l’une après l’autre, avec la pointe de votre épingle.
Lo Chanvre {Cannabis saliva) est originaire de la Perse, mais il s'est parfaitement naturalisé dans toutes les contrées do l’Europe. Les fibres de cette plante ont beaucoup de ténacité : c’est avec elles que l’on prépare cette filasse si précieuse pour la fabrication dos toiles et des cordages. liC Houblon {Huniulus lupulus) ressemble au Chanvre, mais sa tige est grimpante; ce sont ses fleurs à pistil, réunies en petites têtes, (jue les brasseurs emploient dans la préparation de la bière, pour lui donner de l’amertume.
Ne vous récriez pas en voyant le Marier et le Figuier dans la famille des Orties. La consistance ligneuse et la hauteur des tiges distinguent, il est vrai, ces arbres de l’humble Pariétaire; mais la structure de la fleur et de la graine est identique dans toutes ces plantes; d’ailleurs, les h'uilles du Figuier et du Mûrier ne sont pas sans analogie avec celles du Houblon. Et si vous aviez sous les yeux tous les membres de la famille répandus sur la surface du globe, vous verriez qu’entre la Pariétaire et le Mûrier, il y a des espèces intermédiaires (|ui établissent le passage de l’une à l’autre par des nuances presque insensibles.
Le Mûrier a ses fleurs à pistil réunies en têtes ovales comme le Houblon ; chaque fleur a un calice de (piatro folioles cpii entourent un petit ovaire renfermant une seule graine : ces folioles, en mûrissant, se gonflent de sucs, et leur ensemble forme le fruit qu’on nomme la Mure. Ainsi, dans la Mûre, ce sont les calices de plusieurs fleurs réunies que vous mangez. — Le Mûrier noir {Monts nigra), (^ui s’est naturalisé en Europe, est originaire de la Perse; le Mûrier blanc {Monts alba) est plus petit que le précédent; il est originaire de la Chine, où on le cultive pour l’éducation des Vers à soie : le Mûrier blanc est en effet lo seul arbre dont les feuilles puissent nourrir la Chenille de ce précieux Bombix. Deux missionnaires grecs l’introduisirent en Europe dans le sixième siècle ; ils apportèrent à Constantinople des graines do Mûrier et des œufs do Vers à soie : la culture du Mûrier se répandit bient(M dans le Pelopo-
nèso, et fit donner à celte partie do la Grèce son nom moderne de Morée {.Morus). De là, l(;s Mûriers et les Vers à soie passèrent en Sicile et en Italie, et prirent dans la (/ulabrc une
ÉCOLK DH nOTWIOlJI'!. 5.')
nxteii.sion rapido. Quel»iues gentilsliommos français, qui avaient fait la guerre en ld9-1, sous Charles MU, ayant compris tous les avantages que rjtalic retirait de cette branche d’agriculture, voulurent en doter leur patrie, et firent apporter de Naples des Mûriers qu’on planta dans la Provence et dans le Dauphiné. Charles VIll encouragea les soieries qui s’étaient établies à Lyon et à Tours; Henri IV, malgré la résistance de Sully, établit de nombreuses plantations de Mûriers, et convertit en pépinière son jardin des Tuileries; le grand ministre Colbert alla plus loin ; il fit planter des Mûriers, aux frais do l’Etat, dans dos propriétés particulières, mais les particuliers acceptèrent avec répugnance une richesse que leur imposait l’arbitraire; les plantations furent négligées; alors Colbert fit annoncer qu’il paierait une prime de vingt-quatre sols pour tout arbre qui aurait atteint l’âge de trois ans; la prime fut exactement payée, et dès lors la culture du Mûrier se répandit rapidement dans les provinces du midi et du centre de la France.
Le Mûrier à papier {Broimonetia papyrifera) croît en Chine et dans les îles de la mer du Sud ; son écorce sert à fabriquer du papier de Chine , qui est très-recherché pour l'impression en taille-douce; c’est aussi avec cette écorce que les insulaires préparent une toile non tissue, dont ils se font des vêtements. Le Mûrier à papier me rappelle l’iiistoire de Potaveri, ce jeune Otahitien que Bougainville avait amené en France. Le pauvre insulaire, étranger à nos mœurs, à notre langage, à nos plaisirs, languissait loin de sa chère Otahiti : toutes les caresses qu’on lui prodiguait glissaient sur son âme, et il restait silencieux et solitaire au milieu des fêtes brillantes dont il était l’objet. Un jour, on l’avait conduit dans les jardins de Versailles, dont on lui montrait avec empressement les richesses et les beautés : tandis qu’il promène ses regards distraits sur cette foule de Végétaux rassemblés à grands frais de toutes les parties du monde, il aperçoit tout à coup un Mûrier à papier. A cette vue, son œil éteint se ranime; d s’élance d’un bond vers l’arbre de son pays, il l’entoure de ses étreintes convulsives, et s’écrie en sanglottant : Otahiti! Otahiti! Ce mot fut le seul qu’il fit entendre: il le répéta bien des fois, et chaque fois ce mot prenait dans sa bouche un accent nouveau, qui révélait aux spectateurs les émotions variées et rapides dont son cœur était agité. Connaissezvous un discours sur V amour de la patrie, plus éloquent, plus complet, plus sublime que celui-là? Tous les assistants fondaient en larmes: il fallut l’arracher de ce lieu qu’il ne voulait pas quitter, et (juand l’infortuné se vit entraîner loin de l’arbre d’Otahili, on eût dit, à son désespoir, qu’il venait do quitter sa patrie une seconde fois.
Le Figuier est originaire de l’Orient; il fut apporté à Marseille par les Phéniciens, six cents ans avant l’ère chrétienne. Les fleurs sont renfermées dans un réceptacle creux, dont la forme est celle d’une poire; son extrémité élargie est percée d’un trou bouché par des écailles; le.s fleurs à étamines occupent la partie supérieure, les fleurs à pistil, plus nombreuses, sont placées au-dessous d’elles et tapissent la paroi du réceptacle, à laquelle elles tiennent par un petit pied. — Que mangez-vous donc dans le fruit du Figuier? en un mot, qu’est-ce que la Figue? C’est un réceptacle charnu, dans l’intérieur duquel sont logés les ovaires, qui vous craquent sous la dent. Il y a dans les serres une Vrticée voisine du Figuier, chez laquelle ce réceptacle, au lieu de se redresser et de former un corps creux, reste étalé prescpie horizontalement et porte à sa surface les fleurs à étamines et à pistil, mélangées : c’est le Dorstenia contrayerva, dont la racine est employée au Brésil contre 1a morsure des serpents venimeux. {Contrayerva signifie contre-poison.)
Dans nos Figuiers cultivés, le parenchyme du réceptacle se développe outre mesure, et les étamines avortent, mais dans le Figuier sauvage, ou Capri figuier de la Grèce et do l’Asie Mineure, l’organisation des fleurs est complète : or, il y a un insecte, appartenant au genre Cynips, qui dépose ses œ'ufs dans le réceptacle des Caprifiguiers les plus précoces; les Orientaux, qui connaissent cette manœuvre, enfilent ces jeunes Figues en chapelets, (]u’ils suspendent aux branches des Figuiers cultivés. Bientôt les jeunes Cynips, que la Figue sauvage recélait, sortent de leur prison, chargés de poussière fécondante : ils s'introduisent fiar l'œdl
• DKl \1KMK PAirriR.
(le la Figue cultiv('*e daus le réceptacle ou sont nicluîs les pistil?, portent ce pollen sur les stigmates, (d provo(pient ainsi la maturité du fruit. Cette fécondation artificielle se nomme caprification.
A la famille des UrUcées appartient encore le Jaquier, que l’on cultive dans les régions tropicales, et dont le fruit, du volume de la tête d’un homme, renferme une pulpe blanche et farineuse, qui a la saveur de la mie de pain frais, et fournit à l’homme un aliment sain et agréable ; c’est ce qui a valu au .la(iuier {Artocarpim) son nom populaire d' Arbre à Pain.
liOs Cucurbitacées sont des herbes dont la tige flexueuse est souvent grimpante, soit par sa propre torsion, soit par le moyen des vrilles que vous pouvez observer ii l’aisselle des feuilles (le beaucoup d’entre elles. — La corolle est posée sur un calice à cinq divisions, (jui se soude par toute sa partie inh^rieuro avec le pistil. Dans les fleurs à étamines, les anthères sont flexucuses et soudées ensemble do manière à former trois groupes. Le fruit, qui se compose du calice soudé avec l’ovaire, devient très-gros et contient des graines nombreuses : voici la plus commune des Cucurbitacées, la Bryone {Bryonia clioïca), dont la tige grimpante cl les feuilles découpées comme colles de la Vigne, lui ont valu les noms populaires de Coxileuvrée et de Vigne blanche ; la racine de cette faible plante est d’un volume (momie. — Voici la Coloquinte , les Melons, avec toutes leurs variétés, le Concombre, dont les fruits jeunes, confits au vinaigre, portent le nom de Cornichons; la Calebasse, le Pastèque ou Melon d'eau, le Potiron ou Citrouille; tous ces Végétaux .sont originaires d’Asie, et .se sont facilement naturalisés dans nos climats. Le Melon a passé d’Afrique en Espagne, puis en Italie, d’où le Roi Cbarles VIII l’a transporté en France.
Les deux familles (lu’il vous reste à connaître, avant de (piittcr ce Carré,
lillïONE.
.se composent d’arbres dont les e.spèces constituent presque à elles seules nos forêts d’Europe : ce sont les Amentacées et les Conifères.
Los Amentacées , que l’on nomme aussi /i/bres à chatons , ont des feuilh.'S (pu tombent tous les ans et sont garnies à leur naissance de deux stipules : les fleurs à étamines sont disposées en épis, oii le calice maiKjue ordinaiioment et est remplacé par des bract(;es ; les fleurs à pistil varient beaucoup : tant(jt elles forment des éf)is nommés Chatons , tantôt elles sont solitaires et entourées de bractées dont la forme est diverse. — A la tête do la famille est le Chêne, dont le fruit est un Cland , c’est-àdire un ovaire entouré de bractées serrées (pii forment à sa base un godet. Le Chêne rouore , ou Chêne commun , fournit son bois pour les constructions (]ui demandent surtout de la solidité; son écorce, nommée tan, sert aux tanneurs pour durcir le cuir. Le Chene liege croît dans les provinces méridionales de la l' rance; c’est la partie extérieure de son écorce (pii fournit cette substance spongieuse et élasti(^ue que l’on nomme le liège. Le Chêne ii galles est un arbrisseau qui croît dans l’Asie .Mineure ; un Cynips, peu différent de celui du l' iguier ,
ClttME Ll^(ii.
ÉCOLE DE BOTANIQUE
pique le pétiole de sa feuille pour y déposer ses œufs ; les sucs végétaux s'épanchent à l’endroit qui a été piqué, et y forment une excroissance ou tumeur qu’on nomme Noix de galle. Les œufs renfermés dans ces excroissances acquièrent du volume et de la consistance; il en naît de petits vers sans pattes, qui rongent l’intérieur de la tumeur sans nuire à son développement , et y restent cinq ou six mois dans cet état. Quand l’époque de leur métamorphose est arrivée, ils percent la coque qui leur a fourni à la fois le vivre et le couvert, et l’on peut voir h la surface des galles des trous ronds qui annoncent que l’animal en est sorti. — Les Noix de galle, infusées dans de l’eau qui tient du fer en dissolution, forment la liqueur nommée encre. Vous pouvez remarquer des excroissances semblables sur les feuilles du Chêne commun ; elles sont molles et de couleur rose; il s’en forme aussi sur le Rosier églantier, que l’on nomme Mousse chevelue. Coupez ces productions en deux moitiés, vous verrez les petites cellules où sont logés les vers.
Le Noisetier ou Coudrier [Corylus avellaiia) a un fruit que vous connaissez et qui «liffère du gland de Chêne, en ce que les bractées qui environnent l’ovaire sont grandes et foliacées. Dans le Châtaignier {Caslanea), le fruit est aussi protégé par des bractées, mais celles-ci sont épineuses, et enveloppent en entier les ovaires, qui sont ordinairement au nombre de trois à quatre; chaque ovaire, dans sa jeunesse, est à six loges et porte six styles; chacune des loges renferme deux graines; mais bientôt ces loges avortent, et se réduisent à une seule, qui renferme trois graines; quand la nourriture destinée à ces trois graines se jette sur l’une d’elles, celle-là prospère aux dépens des autres et forme le Marron. Ainsi, sur douze graines que contenait le jeune ovaire, il arave souvent qu’une seule réussisse. — Cette enveloppe épineuse, qui protège les ovaires, est le seul point de ressemblance du Châtaignier avec le Marronnier d’Inde, bel arbre, qui fait l’ornement de nos jardins publics ; encore cette re.ssemblance n’est-elle qu’apparente, car, dans le Châtaignier, l’enveloppe épineuse est formée par des bractées, et ne tient en rien aux ovaires, tandis ([ue dans le Marronnier d’Inde, au contraire, c’est l’ovaire lui-même qui la constitue.
Le Hêtre {Fagus) se rapproche beaucoup du Châtaignier pour la structure des fleurs; son fruit est aussi enveloppé par une coque, mais les bractées qui la forment sont des épiiu^s moins dures et moins piquantes que celles du Châtaignier; il y a deux fleurs dans chaque enveloppe; chaque ovaire est triangulaire, et présente trois loges renfermant deux graines; bientôt deux de ces loges avortent, et le fruit ne contient plus qu’une ou deux graines anguleuses qui portent le nom de Faînes, et qui donnent, par expression, une huile douce propre à entrer dans nos aliments. Quand vous cueillez de ces faînes, en vous promenant dans les bois, vous pouvez vous assurer qu’elles ont un goôt très-agréable, mais n’en mangez pas une grande quantité, car elles produisent l’ivTesse et tous les phénomènes qui l’accompagnent.
Les Saules sont nombreux en espèces, qui toutes se f)laisent dans les lieux humides, sur le bord des ruisseaux et des rivières; la plus belle espèce est le Saule j)leureur, originaire du Levant, (|ue Linné a nommé Saule babylonien {Salix babylonien) , parce (ju’il a supposé que c était 1 arbre aux branches duquel les Israélites, dispersés et captifs, avaient suspendu leurs harpes. Vous rappelez-vous les strophes touchantes de l’Écriture?
.tu bord du fleure de fîabylone,
Nous nous assîmes et mus pleurâmes,
Car nous nous souvenions de Jérusalem, etc.
L'espèce la plus élégante du genre Peuplier est sans contredit le Peuplier d’Italie {Populus fasligiala) , dont les rameaux effilés, droits et serrés contre la lige, donnent à l’arbre l’aspect d une longue pyramide. Il est originaire de l’Asie Mineure, d’où il passa en Italie; il n’est culti\é en !■ rance que depuis quatre-vingts ans, et déjà il forme des rideaux autour de la plupart de nos prairies.
i)Ei'\[i<:MK P Ain' IR.
l’Eri'UEn SUISSE.
Tn EM n I, r.
Les autres Amenlaoées sont les Doulenvx, nommées charmilles; les Platanes, grands et beaux arbres , remaivjuables par leur écoree (jui tombe cbariue année on lambeaux ligneux, et par leurs feuilles grandes, coriaces et découpées : le Platane d’Orienl , originaire de l’arcbipel grec, orne nos jardins et nos bosquets; le Platane d'Occidenl nous vient de l’Amérique sef)tentrionalo , et no diffère do son frère <iue par les découpures moins nombreuses de ses feuilles. Les Ormes, qui se rapprochent des i'rticées , et le Micocoulier {Celtis) , arbre du midi do la France , dont le bois , presque incorruptible, est très-recberçhé par les ébénistes, appartiennent également à la famille des Amentacées.
Les Conifères sont des arbres ou des arbrisseaux , dont la plupart conservent leurs feuilles pendant l’iiiver; do là le nom d' Arbres verts (]u’ils ont reçu. Leur tige renferme souvent une résine li(iuide qui suinte naturellement de l’écorce, et porte le nom de térébenthine.
Le premier genre de la famille est celui des Pins. Dans toutes les espèces, les feuilles sont longues et acérées, et naissent deu.x ou plus't
les Aunes, le Charme, dont on fait des baies
A VXï COMHt.X.
ensemble, d’un petit fourreau arrondi et
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membraneux; les fleurs à tHamines sont disimséos on grappes; chaque fleur est une bractée qui porte à sa base deux antlières à une logo. Les fleurs femelles sont réunies en chaton. Ce chaton se compose de bractées coriaces : chaque bractée ou écaille porte à sa base deux fruits, recouverts chacun d’une membrane qui se prolonge en lame sur la bractée. Le fruit, dans les Pins, est réduit à la structure la plus simple ; non-seulement le calice et la corolle lui manquent, mais il n’a même pas d’ovaire; une bractée seule lui tient lieu de cos trois enveloppes ; la graine est nue, et la peau membraneuse dont je vous parlais tout à l’heure lui appartient en propre. De ce qu’il n’a pas d’ovaire, vous devez conclm-e qu’il n’y a pas non plus de style ni de stigmate, puisque ces deux organes sont une continuation de l’ovaire. Comment donc, allez-vous dire, s’opère la fécondation de la gi-aiue? Par un orifice existant sur la graine même; et cela est d’autant plus facile, tpio, dans la jeunesse des fleurs , les bractées qui les protègent sont écartées les unes des autres , et que , d’une autre part, il pleut des branches supérieures, où sont les fleurs à étamines, une énorme quantité de pollen; (juand la fécondation est assurée, les bractées s’épaississent et s’allongent de manière à former une massue anguleuse à son extrémité; elles se refoulent ainsi les unes les autres, et ferment exactement les intervalles qui les séparaient dans leur jeunesse; c’est alors que leur ensemble forme une espèce de cône; de là le nom de Conifères, donné à la famille qui a pour type le Pin.
Les Sapins présentent la même organisation dans leur fleur, mais les écailles de leur cône sont minces, aiTondies au sommet, nullement épaissies ni anguleuses. En outre, leurs feuilles sont solitaires et ne sortent pas d’une gaine commune.
Les Mélèzes diffèrent des deux gem'es précédents, en ce (jue leurs feuilles sont réunies en touffe à leur naissance, puis solitaires après l’allongement des jeunes pousses; c’est à ce genre qu’appartient le Cèdre, originaire du mont Liban, dont le bois, célébré dans les livres saints, est supérieur aux autres par sa légèreté et son incorruptibilité.
Los Cyprès ont leurs fleurs à étamines disposées sur (juatre rangs; chaque rang se compose de quatre à ciiKj écailles; chaque écaille ou bractée porte quatre anthères. Les fleurs à pistil sont de petits chatons arrondis, composés de bractées peu nombreuses qui sont portées sur un pied et ont la forme d’un bouclier; à leur base est posée la graine, qui, au lieu d’être suspendue comme dans les genres précédents, est dressée, c’est-à-dire que son extrémité libre est dirigée en haut. Ces écailles, après la floraison, se soudent et forment par leur réunion un cône presque sphérique, qu’on nomme improprement Noix de cyprès : à la maturité, les écailles se dessèchent, se séparent par des fentes d’une élégante symétrie, et laissent sortir les graines. Les deux espèces de ce genre, le Cyprès pyramidal et le Cyprès horizontal, ne diffèrent l’une de l’autre (jue par la direction de leurs rameaux; ces rameaux sont carrés, entièrement couverts de petites feuilles imbriquées, disposées sur quatre rangs. — Les Cyprès sont originaires d’Orient; les anciens les avaient consacrés aux dieux infernaux, et en ornaient le champ des morts.
Dans les Genéoriers, le cône ne se comi)oso que de trois bractées concaves et rapprochées les unes des autres : à la base de chacune d’elles est une graine dressée ; ces bractées deviennent succulentes à leur maturité, et se soudent ensemble, de manière à imiter une baie. Les espèces de ce genre sont des arbrisseaux; tel est \ç> Genévrier commun (Juniperus communis), dont les feuilles sont opposées trois [>ar trois, aiguës et piquantes; ses fruits, improprement nommés ZJrties de Genièvre, donnent, par la fermentation, une espèce d’eau-de-vie que recherchent les habitants du Nord.
Enfin, le genre If vous présente un fruit encore pins simple que dans toutes les autres Conifères, puisipi’il se compose d’une graine nni<jue, dont l’orifice est béant pour recevoir le pollen des fleurs à étamines, et qui n’est protégée (pie par les écailles mêmes du bourgeon <lont elle est sortie; bientôt, entre elle et ces écailles, se développe un petit godet, qui croît
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