‹ Le muséum d'histoire naturelleChapitre 43 sur 100 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

peu à peu, devient rouge et succulent, et finit par enchâsser la graine presque en entier. Ce godet n’est autre chose que !e pied inânie i)ur lepiel la graine tenait à la tige, et qui s’est énormément dilaté [)our fournir au fruit une espèce de manteau protecteur; c’est ce <|uc les botanistes nomment une arWe. \: If commun {Taxus baccata) croît dans les pays montueux; son feuillage est d’un vert pres<iue noir, excepté à l’extrémité des jeunes pousses; les feuilles sont rangées comme les dents d’un i^igne sur les deux cùtés opposés de la lige. Cet arbre a toujours été regardé comme très-vénéneux : les (Jrecs prétendaient (lu’il donnait la mort à ceux qui s’endormaient sous ses rameaux. Quelle que soit l’exagération do cette croyance, il est certain (pie l’ombre do l’If est funeste aux Plantes, et que son voi.sinage peut causer do violents maux do tète, soit à ceux qui se roi)osenl sous son ombrage, soit aux jardiniers qui taillent ses branches.

Remontons maintenant le Carré pour en sortir, et <ionnez, en passant près des bassins, un coup d’œil aux plantes aquaticpies qui les décorent : les plus éclatantes de toutes sont les Nénufnrs, plantes voisines des Pavots et dos Renoncules. Le I^énufur blanc {Nijmpliœa alba) et le Nenufar jaune {Ni/mphœa lulea) , sont les deux espèces qui croissent en France. Nulle Plante ne montre aussi clairement que les Nénufars l’analogie qui existe entre les étamines et les pièces de la corolle : vous voyez en dedans du calice du ISénufar blanc les premiers pétales larges et uniformes dans leur couleur; ceux qui les avoisinent .sont un peu plus allongés; puis, à mesun' (pi’ils se rapprochent des étamines, ils .se rétrécissent, et prennent une couleur jaune vers leur extrémité; bientôt les loges do l’anthère se dessinent au sommet du pétale aminci, et, par des transitions insensibles, vous arrivez à des étamines parfaitement conformées.

Le Carré que nous allons visiter fuit partie de V Ecole de Botanique, comme celui que nous venons de (luitter; mais il renferme beaucoup moins de familles, et ne nous arrêtera pas longtemps. Toutefois, avant do commencer la revue de ces familles, je dois vous dire quel- (lues mots sur l’organisation des Graines : ceci complétera les notions dont vous avez besoin sur la structure des diverses parties de la Heur, et vous facilitera l’intelligence des principes (pli ont guidé dans lu classification du Règne végétal les botanistes philosophes dont je vous parlerai bientôt.

Si vous enlevez la pellicule (|ui recouvre une graine, lorsque cette graine est fraîche ou lors- (lu’elle va germer, il vous sera facile de vous convaincre que celte pellicule cache une véritable plante en miniature. Prenez un Haricot ; si vous n’en trouvez pas de frais, faites tremper un Haricot sec dans do l’eau tiède pendant quelques heures. Cela fait, enlevez la peau ramollie j}ui recouvre Ja graine, vous avez sous les yeux deux placpies ovales, échancrées sur un bord, convexes sur l’autre, et juxtaposées par leur surface plane. Avant de les séparer, remortiuez que du milieu de leur échancrure il part un petit corps ayant à peu près la forme d’un fuseau, c’est-à-dire renflé à son milieu et aminci à son extrémité libre. Ouvrez maintenant la graine, en |)assant une épingle dans la fente ([ue forment les deux pla»|ues le long de leur bord convexe; elles vont s’écarter sans résistance, et vous laisser voir les organes délicats qu’elles protégeaient. Ce sont d’abord deux petites lames blanches, pres(|uo transparentes, ayant la forme d’un demi-fls de pique, et s’emboîtant l’une dans l’autre; elles tiennent, par leur base, à ce petit corps arrondi en fuseau, (lue vous avez vu tout à l’heure en dehors des plaques; il est facile de voir (jue chacune de ces petites lames est j)liée en deux, de sorte (}ue si vous les déployez doucement avec votre épingle, au lieu d’une moitié d’as de piijue, vous aurez un as entier; vous pouvez distinguer, même sans loupe, dans l’epaisseur de cette lame, de grosses fibres, presque transparentes comme elle; vous pouvez voir aussi, dans chacune des plaques, un petit enfoncement qui formait une niche pour les lames en forme d’as de pique. Si vous poussez votre examen plus loin, vous apercevrez entre ces deux lames, et a leur base, doux

(il

ÉGOLK DK BOTAMOLK,

fielites saillies qui, feuilletées par votre épingle, vous montreront plusieurs autres petites lames emboîtées les unes dans les autres. Arrêtez-vous là : vous connaissez maintenant la structure des graines de toutes les familles que vous avez vues dans le premier Carré do VÉcole. Vous dirai-je les noms qu’on a donnés à l’enveloppe de la graine et aux divers orsraiies que vous venez de voir? Je m’en garderai bien; il suffit que \ous sachiez ce quo deviendront ces organes, quand la graine germera pour devenir semblable à la plante-mère. D’abord, l’extrémité amincie du petit fuseau [>oussera des fibres qui s’enfonceront dans le sol : cette extrémité est donc la racine ; ensuite, l’extrémité opposée, qui s’attache aux deux plaques ovales, s’allongera en montant vers la surface du sol, soulèvera les plaques, et sortira de terre avec elles ; bientôt les petites lames en as de pique s’écarteront l’une de l’autre, étaleront leurs moitiés pliées, prendront une couleur verte , et grandiront rapidement ; les petites lames étroites qui étaient placées à leur base s’allongeront à leur tour, verdiront, et formeront de véritables rameaux ; ce sont donc des bourgeons ; les lames à l’aisselle desquelles sont nés ces bourgeons sont donc des feuilles ; et l’extrémité du petit fuseau qui porte ces feuilles et l’attache aux deux plaques ovales est donc um lige. Racine, tige, feuilles, bourgeons, n’est-co pas un Végétal complet? Allez voir maintenant, dans le jiremier Carré potager, des Haricots en germination , et il vous sera facile de vérifier en grand l’analyse que vous venez do faire eu petit.

Vous pouvez aussi donner le titre de feuilles à cos deux plaques ovales qui constituent presque le volume total de la graine : eu effet, elles sortiront de terre avec la Jeune tige, s’écarteront et verdiront comme les feuilles ordinaires; mais, leurs fonctions étant accomplies, elles no tarderont pas à se flétrir et à tomber. Quelles étaient ces fonctions? Les mêmes quo celles des feuilles à l’égard du bourgeon. Ces plaques ont protégé la jeune plante, tant que cette jeune plante est restée sans germer; quand les circonstances favorables à la germination ont été réunies, le .suc, qui formait la substance des deux plaques, s’est modifié dans ses éléments; l’humidité du sol l’a délayé, il est devenu liquide et facile à absorber; il a passé dans la jeune tige, il l’a nourrie, fortifiée, augmentée, ainsi que la jeune racine; toutes deux alors, pouvant se suffire à elles-mêmes, et puiser dans le sol et dans l’air les matériaux nécessaires à leur développement, s’allongent en sens inverse l’une de l’autre, la tige vers le ciel, la racine vers le centre de la terre, et la germination est achevée.

Malgré ma répugnance à charger votre mémoire de termes techniques, il faut absolument que je vous fasse connaître le nom que la science a donné à ces plaques, protectrices et nourrices de la jeune Plante. On les appelle cotylédons ; voilà encore un mot grec que vous êtes condamné à retenir; mais. Dieu merci, ce sera le dernier.

Dans toutes les familles que renferme le Carré dont vous venez de sortir, la graine est conformée comme dans le Haricot, c’est-à-dire que la jeune tige, la jeune racine, le jeune bourgeon (en un mot la jeune Plante) , sont pourvus de deux cotylédons. Quand ces cotylédons sont peu volumineux , la Nature place auprès d’eux une matière ordinairement farineuse; c’est un dépôt de nourriture (jui suppléera à leur insuffisance et sera absorbé par la jeune plante à l’époque de la germination.

Les familles que nous allons voir dans le second Carré de l’École ont toutes des graines où la jeune [)lante, au lieu d’être pourvue de deux cotylédons, n’est prott'igée ((ue par un seul; mais, comme compensation, dans la plupart de ces familles, la graine renferme, à côté du cotylédon unique, un dépôt considérable de cet aliment supplémentaire (jue je signalais tout à l’heure à votre attention.

fiU première famille (juc vous avez à observer dans le Carré où nous entrons , est celle des Liliacées , à laquelle nous comparerons ensuite toutes les autres. CBAsiüÉe. Vous connaissez déjà la fleur du Lis: un calice do trois folioles, une corollç do

DKLXlfe.MK PAllTJE.

tiois pt'tiilüs, six otiiiiiiuos , uii sUlo, un ovitirc à trois lopcs ot îi {cruinos nonihrousos , voilà lo caractère (|iie nous trouverons dans toute lu l'aiuille. Dans la plupart des Kcnros, le bas de la tige forme uii vignon , c’est-à-dire un plateau entouré de feuilles nombreuses dont la base, plongée dans lo sol liumide et à l’abri do la lumière, reste décolorée, et se gorge de sucs; c’est la réunion d<? ces buses de feuilles qui forme les tuniques do l’oignon; au-dessous du plateau, naissent des libres blanclies, qui sont les racines.

liinne qui, dans son imagination poétifiue, considérait les Végétaux comme une grand(\ nation répandue sur la surface de la terre, les avait classés (>n plusieurs ordres, à l’instar du peuple romain. Les Liliacées occupaient un rang élevé dans \lhat. « Les Lis, disait-il, sont les patriciens de l’empire; ils portent les étendards, et sont tiers de leur toge éclatante ; ils éblouissent h^s yeux, et décorent le royaume [»ar la splendeur de leurs draperies. » Le. Lis {Liliuin candidnm), dont la rube est d’un blanc si pur, mérite d’être placé à la tête de cette aristocratie. Le Martagon, dont les Heurs pendantes sont parsemées de taches purpurines, vient après lui.

Le genre Tulipe présente ({uelques espèces cpii no sont pas moins élégantes : d’abord la Tulipe des jardins {Tulipn Gessneriana) , dont la culture a ruiné des millionnaires en Hollande; elle est originaire d’(3rient, et nous est venue de Constantinople en 1557; les Orientaux en font l’emblème des parfaits amants : « J’offris en tremblant, dit le l‘aria de la Chaumière indienne, une Tulipe dont les feuilles rouges et le conir noir exprimaient les feux dont j’étais brûlé. » La Tulipe œil de soleil {Tulipn oculus solis), tpii croît dans les cham[)s de la Provence, est plus belle encore que celle des jardins: sa fleur est rouge, et à la buse des pétales est une longue tache d’un bleu noir, bordé do jaune. La Frilillaire impériale est originaire d’ürient; sa tige, nue dans le milieu, porte à son sommet une houppe de feuilles, au-dessous de Unpielle naît une rangée de grandes fleurs orangées pendantes. .Au fond de ces fleurs sont six gouttelettes d’une liiiueur limpide, produite {»ar les glandes à nectar. La Frilillaire pintade {Frilillaria rneleagris) a sa fleur rnanjuetée comme un damier; viennent ensuite les Jncinlhes {Jlgadnlhus) y dont la principale espèce, cultivée dans nos jardins {llgacinlhus orientalis) , a été apportée d’Asie par les Croisés; les Hémérocnlles, dont le nom signilie beauté d’un jour ; les Scillcs, dont l’espèce la plus commune {Scilla jiutans) orne les bois de ses fleurs bleues au commencement du printemps. Les Aloès, (lue nous verrons dans les serres, et Y Ornithogale en ombelle, vulgairement nommée Daine d’onze heures, parce qu’elle ne s’épanouit (ju’une heure avant midi.

Les autres Liliacées ont l’ovaire adhérent au calice, c’est-à-dire (|ue la base du calice se soude et se confond avec l’ovaire, de sorte que l’ovaire paraît situé au-dessous du calice, bien qu’en réalité il ne soit inférieur (ju’à la partie libre et colorée de celui-ci. Ce sont les Amaryllis, dont une espèce, le Lis Saint-Jacques {Amaryllis formosissima), nous a été envoyée du Mexi(|ue en 1593. Sa fleur est grande, d’un rouge velouté et sablé d’or au soleil ; les Narcisses, qui ont leur corolle couronnée par un god(‘t accessoire, dont la couleur tranche souvent sur celle de la fleur; les Perce-neige {Leucoium et Grt/rtwfAMs) , (pii fleurissent en février; la Tubéreuse {Polyanthes Tuberosa), originaire de l’île de Ceylan, et dont les fleurs exhident une odeur suave, surtout à l’entrée de la nuit; enlin V Agacé, originaire de l’Améri(iue méridionale, naturalisiie maintenant dans le midi de la France; s(;s feuilles longues, épaisses et pointues, forment des haies impénétrables, et son pédoncule floral croît d’un pied eu un jour.

Le Muguet, le Sceau de Salomon, V Asperge aux fleurs petites et pou brillantes, font aussi partie de cette famille, et leur ovaire (‘st libre. Il en est de même des nombreuses espèces du genre Ail, telles qiuî VOignon de cuisine, le Poireau, l’-li/, V Fchalotte , la Civette, la Ilocambole, etc. Toutes ces IMantes exhalent, lorstpi’on hîs froisse, une odeur désagréable; mais do tous les le plus fétide ('st sans contredit VAil cultivé.

\lphonse, roi de Castille, fonda dans le ([uatorzième sièch; un ordre de chevalerie, dont les

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vertu sp(';ciale colle cl’exdtor à la gaieté, en termes techniques, d’Atre un exhilarant (ceci ne vous apprend rien en médecine, je ne man(iue donc pas à mes engagements). C’est aussi aux liidéesqu appartiennent le Glaïeul des jardins {Gladiolus communis) et cette superbe Tigridie, dont l’épanouissement ne dure que quelques heures.

Les plantes de la famille des Orchidées constituent , par les formes hizarres de leur fleur , un des groupes les plus tranchés du Règne végétal ; leur tige est lierbacée et peu élevée dans nos climats ; mais elle giimpe souvent à des hauteurs considérables dans les régions tropicales. Vous verrez dans les serres plusieurs Orchidées grimpantes , dont la plus connue est celle qui nous donne la \anille, L('s fleurs sont disposées en épis ou en grai>pes ; le calice a trois folioles colorées, soudées inférieurement avec l’ovaire ; la corolle est aussi composée de trois pétales ; l’un d’eux, qui a reçu le nom de tablier , est plus grand que les autres, et il offre quel([uefois les ressemhlances les plus singulières. Il y a des Orchidées dont la fleur imite un sahot, une mouche, une araignée, un bourdon, un singe à longue queue, un homme pendu par la tête. Les étamines sont le plus souvent réduites à une seule, par l’avortement des deux autres; leur pollen est solide, comme dans les Asclépiades, et non i)ulvérulent comme dans tous les autres végétaux. Prenez cet Orchis, passez une épingle dans les deux petites fentes de son anthère qui est adossée au style, vous en f(>rez sortir un petit corps vert, en forme de massue, tenant, par son extrémité amincie, à un petit écusson : c’est le pollen ; quand les loges de l’anthère s’ouvrent, cette petite massue de pollen tombe d’elle-mème sur une cavité luisante et visqueuse que vous voyez au-dessous de l’anthère ; cette cavité est le

stigmate ; dès lors, la fécondation est as.surée. OuvTez maintenant l’ovaire, il est à une seule loge , et renferme des graines menues comme de la sciure de bois.

En continuant notre revue, nous allons voir dans les familles la structure de la fleur se simplifier de plus en plus, et en quelque sorte s’appauvrir. Ainsi les Joncs nous offrent encore deux enveloppes de trois pièces , qui protègent la fleur ; mais ces enveloppes sont sèches et écailleuses ; et vous les prendriez pour des hractées si elles n’étaient pas groupées circulairement comme un calice double.

Les Joncs nous conduisent à la nombreuse famille des Graminées , oü l’on ne trouve ni corolle ni calice ; les fleurs sont disposées en épis, serrés comme dans le froment, ou lâches comme dans l’avoine. Clnuiue fleur se compose d’un ovaire à une graine , surmonté de deux stigmates plumeux ; sur le réceptacle qui porte cet ovaire sont trois étamines, à filets déliés et à longues anthères qui ont la forme d’un fer de flèche. Rien de f)lus élégant que ces fleurs sveltes de nos prairies, d’où pendent ces étamines et ces stigmates que le moindre contact peut hriser. Chaque fleur, ainsi conformée, est protégée à sa hase par deux bractées, siRiées un peu au-dessous l’une de l’autre , et dont la plus grande emboîte la plus petite ; en dehors de ces bractées, il y en a deux autres qui forment une seconde enveloppe, soit pour une fleur unique, soit pour plusieurs fleurs groupées en épillet : ce sont ces bractées qu’on nomme la bille, et c’est la bâle fournie par Y Avoine que les gens de la campagne emploient pour la garniture de leur lit.

La tige qui porto le nom de chaume , est fortifiée d’espace en espace par des nœuds d’où partent des feuilles qui s’enroulent d’abord autour de la tige, de manière à former un fourreau fendu dans sa longueur, puis se déroulent en lame allongée et pointue. Il y a souvent, à la limite du fouiTeau et de la feuille proprement dite, de petites écailles, ou des poils, ou des taches, qui forment de bons caractères distinctifs pour la description des espèces.

Je ne vous décrirai pas les genres nombreux qui composent cette famille, et dont vous avez sous les yeux les principales espèces : Je me contenterai de vous citer celles qui sont le plus utiles à l’homme : à leur tète, il faut placer, .sur une même ligne, le Fromeyit et le lUz ; la patrie du premier est inconnue, l’autre est originaire de l’Inde. Le Maïs , le Seigle , Y Orge et la Canne à sucre viennent ensuite ; le Maïs nous est venu de l’Amérique méridionale, l’Orge do la Sicile , la Canne à sucre a pour berceau les Indes orientales ; les anciens n’en cm-

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